
L’avis rendu par l’Autorité de la concurrence en février 2026 marque un tournant décisif dans le débat sur la vie chère en Martinique. Pour la première fois depuis la crise sociale de 2024, les mécanismes de formation des prix sont analysés froidement, méthodiquement, sur la base de données vérifiées. Le résultat est sans appel : le diagnostic ayant servi de fondement à la loi dite “vie chère” est totalement faux.
Cette loi, portée dans l’urgence, reposait sur trois postulats majeurs : l’existence de surmarges massives dans la grande distribution, la domination de monopoles abusifs, et un contrôle des prix exercé par quelques acteurs économiques. Or l’Autorité de la concurrence démontre précisément tout l’inverse. Les marges observées en Martinique sont comparables à celles de l’Hexagone, parfois inférieures. Les marges nettes des supermarchés sont faibles, voire négatives. Aucun mécanisme de prédation n’est établi au contraire la concurrence est vive.
Ces conclusions rejoignent les alertes déjà formulées par les acteurs économiques martiniquais mais aussi la Cour des comptes et par le Sénat : l’absence d’étude d’impact sérieuse, l’élaboration d’un texte sous pression émotionnelle, et une construction juridique fondée sur des hypothèses fragiles. La loi “vie chère” est bien un texte conçu sans socle économique solide, pleinement déconnecté des réalités structurelles des territoires ultramarins.
L’enjeu n’est pas de nier la gravité de la vie chère. Elle est réelle, ancienne, documentée. L’État lui-même la reconnaît depuis les années 1960 à travers la prime de 40% de vie chère accordée aux fonctionnaires. Mais précisément parce que le problème est structurel — insularité, dépendance aux importations, étroitesse des marchés, coûts logistiques, fiscalité locale — il ne peut être traité par des réponses idéologiques ou des dispositifs juridiquement fragiles et lourds à mettre en place. Cette loi a pour ambition de tout administrer jusqu’à l’asphyxie totale de l’économie.
La publication de cette étude impose une refondation complète de la politique publique en matière de vie chère, comme nous le réclamons depuis des mois. Cette refondation doit associer la nouvelle ministre des Outre-mer, les élus locaux qui refusent l’anti-entreprise de principe, les acteurs économiques, et les institutions indépendantes. Ils ont aujourd’hui la responsabilité de sauver les Outre-mer d’une erreur historique, née de la propagande et non du pragmatisme, des manoeuvres et de l’idéologie de quelques intrigants autour d’un ancien ministre.
Une nouvelle loi, – la loi cadre promise par Naïma Moutchou ? -, doit se fonder sur les faits, les données, et l’expertise économique, non sur des récits militants. C’est à ce seul prix que des réformes efficaces, durables et socialement justes pourront enfin voir le jour.
L’Autorité de la concurrence vient de démontrer avec méthode que le projet de loi Valls ne peut être simplement amendé. Cette loi doit être reconstruite sur des bases nouvelles, à la lumière du réel désormais établi.
Michel Taube

















