
Michel-Édouard Leclerc a déclaré et pour justifier son éventuelle décision de se présenter à l’élection présidentielle, par une phrase définitive : « Je ne suis pas plus con qu’un autre. »
Je lui laisse aisément la paternité, et la responsabilité, de cette déclaration, qui, à mon avis, me paraît optimiste, vis-à-vis de l’autre…
Ce mot, vulgaire il est vrai, a l’avantage de s’appliquer à tous les âges.
En tous cas, j’ai eu, moi, l’âge de vieux aux environs de l’âge de dix ans. Ceci est d’ailleurs une phrase que j’ai écrite dans l’un de mes romans (Le Pic Vert). J’ai eu l’âge de vieux à la suite de l’assassinat de mon frère Émile, qui, lui, avait 16 ans, en Algérie.
En prenant de l’âge, je me suis souvent (c’était juste avant mai 68) entendu traiter de jeune con. J’avais beau assurer que j’avais l’âge de vieux depuis longtemps, j’étais un jeune con. J’en déduis qu’avant 68 il était obligatoire que, vu mon âge, je ne pouvais être qu’un jeune con, et pas un vieux con.
Bon. J’en suis resté à mon âge de vieux, qui n’était pourtant ni une promotion ni un affublement générationnel, cet âge de vieux ne méritant pas un qualificatif, insultant ou gentil. Mon âge de vieux n’était qu’une blessure immensément triste, ouverte à jamais.
Et mai 68 est arrivé. J’ai alors assisté à une sorte de miracle. Une organisation disciplinée, un nouvel ordre « d’uniformatisation ». J’ai vu les soi-disant jeunes cons d’hier, ceux que les vieux cons nommaient ainsi, devenir des vieux cons à leur tour, rejoignant de cette façon ceux qu’ils traitaient, en réaction, la veille même, de vieux cons. Tous ensemble désormais. Unis. Réunis.
Nivellement des générations. Par la connerie. Du coup, comme on dit aujourd’hui, plus de jeunes cons, plus de vieux cons. Tous les mêmes, ceci permettant, comme on l’a vu, de faire du jeunisme immédiatement, jusque dans l’élection, le fait d’être âgé n’étant plus un obstacle, pas plus que le fait d’être trop jeune.
« Uniformatisation ». Les jeunes vieux cons d’hier sont restés les vieux cons d’aujourd’hui, qui accompagnent les jeunes identiques à eux-mêmes, ceux de demain étant déjà là. Le tout pensant, agissant, de la même façon. Je n’ose dire le tout réfléchissant de la même façon.
Écoutons, du moins, ceux qui ont pris le pouvoir. Dans tous les secteurs. Justice, administration, journalisme, télévision comprise. Écoutez-les. Il vous est asséné chaque jour des vérités premières ; regardez les visages, très jeunes, et déjà si sûrs de tout, en communion avec les plus âgés devenus mentors. Ils savent déjà tout. Les plus âgés depuis longtemps, et les plus jeunes depuis toujours. Ils savent tout. Mais ne savent que ça.
En tous cas, je refuse de me voir pas plus con que les autres. Donc je suis inéligible, et avec exécution provisoire en plus.
Jean-Marie Viala
Ecrivain, avocat
















