Edito
08H16 - vendredi 16 janvier 2026

Nos vœux aux armées : doubler les effectifs de Sentinelle pour réinvestir les territoires perdus de la République. L’édito de Michel Taube

 

Nos vœux aux armées : doubler les effectifs de Sentinelle pour réinvestir les territoires perdus de la République. L'édito de Michel Taube

Emmanuel Macron a donc présenté, au nom des Français, ses vœux aux armées. Un exercice rituel, ponctué de formules nécessaires. La patrie reconnaissante : hommage aux soldats engagés sur les théâtres d’opérations extérieures, rappel du soutien logistique et diplomatique apporté à l’Ukraine face à l’agression russe, reconnaissance du rôle stratégique de nos forces dans la défense de l’Europe et la stabilité internationale. Des vœux républicains, où le président souligne l’adaptation permanente de nos armées et la nécessité de moderniser la dissuasion, la cyberdéfense et les capacités opérationnelles. Mais au fond, rien qui ne vienne réellement combler le fossé qui ne cesse de se creuser entre la nation et ceux qui risquent leur vie pour elle.

Car c’est bien là que réside la faiblesse fondamentale du modèle français : le lien armées-nation s’est dangereusement distendu. Ce que le chef de l’État aurait dû décider dès 2017, ce n’est ni un « service national universel », échec complet de la décennie Macron, ni un vague service volontaire réservé à quelques milliers de jeunes triés sur le volet. Non : c’est le retour soit d’un service militaire obligatoire, soit d’un service national réellement obligatoire, engageant chaque jeune Français, garçon ou fille, à consacrer entre six et douze mois de sa vie à la défense et à la protection de la communauté nationale — dans l’armée, la gendarmerie, la police, les pompiers, les services d’urgence hospitaliers ou toute autre mission d’intérêt supérieur. Il faut l’espérer : ce débat crucial sera au cœur de la présidentielle de 2027, car il conditionne notre capacité, dans les décennies à venir, à demeurer un pays souverain et résilient.

Mais ce lien vital entre la nation et ses armées se pose aussi sous un autre angle, plus brûlant encore. Face à l’embrasement du narcotrafic, à la multiplication des violences urbaines, à la prise de contrôle de quartiers entiers par des gangs, des mafias locales et des jeunes ultra-violents, il faut regarder la réalité en face : la police nationale, même épaulée par des polices municipales souvent démunies, n’a plus les moyens d’endiguer seule cette insécurité d’un nouveau genre, territorialisée, paramilitaire, tentaculaire.

 

Une génération perdue de la République a donc fait florès dans des territoires perdus de la République !

L’Etat et l’autorité doivent y revenir en force !

Or depuis 2016, l’opération Sentinelle mobilise environ 10 000 soldats dans nos rues pour prévenir les actes terroristes. Ce dispositif a prouvé son efficacité, sa dissuasion, sa réactivité.

Il est temps désormais de franchir un cap historique : nous formulons le vœu que dès 2026, ou à défaut immédiatement après l’élection présidentielle de 2027, les effectifs de Sentinelle soient doublés, et qu’une force permanente de 10 000 femmes et hommes soit spécifiquement déployée dans les mille points les plus sensibles du territoire — ces zones où prospèrent narcotrafic, islamisme radical, économie parallèle, trafic d’armes et violences répétées. Une présence fixe, déterminée, inébranlable : voilà ce que réclame la reconquête républicaine.

Cette proposition pose bien sûr la question du rôle des armées dans le contrat social qui les lie à la nation. Mais faut-il encore se voiler la face ? L’armée est une arme au service de l’État, et l’État a aujourd’hui le devoir absolu d’assurer la sécurité des Français. La police ne peut plus, seule, garantir la sûreté quotidienne. Ce constat peut déranger, mais il n’en est pas moins implacable. Seul un dispositif coordonné, associant polices nationales, polices municipales, gendarmerie, forces armées et acteurs de la sécurité civile, permettra d’inverser le rapport de force dans cette guerre déclarée contre la France par les trafiquants, les caïds et les délinquants qui gangrènent nos villes.

À l’aube de cette nouvelle année, nous adressons nos vœux les plus chaleureux et les plus respectueux à tous les militaires, en métropole comme sur les terrains les plus hostiles du monde, qui portent sur leurs épaules une part décisive de notre sécurité, de notre liberté et de notre avenir collectif. Mais l’armée doit réinvestir le champ social pour sauver notre première des libertés : la sécurité.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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