
Fahimeh Robiolle est franco-iranienne. Arrivée en France après la révolution de 1979, ingénieure dans le nucléaire en Iran puis au CEA en France. Elle enseigne dans plusieurs universités françaises (l’ESSEC, à Assas, à l’Institut catholique de Paris, à Cergy-Pontoise) et est très engagée dans la défense de la jeunesse iranienne et pour les femmes afghanes.
Auteure du livre « Femme, Vie, Liberté — parlons-en », elle a reçu la Légion d’honneur en 2024.
Opinion Internationale : Fahimeh Robiolle, merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale. Comment qualifieriez-vous le soulèvement qui secoue l’Iran depuis quinze jours ?
Fahimeh Robiolle : C’est l’aboutissement de quarante-sept ans de révoltes. Dès l’arrivée de Khomeiny, les premières femmes ont manifesté quand il a imposé le port du voile. Depuis, les contestations n’ont jamais cessé : enseignants, retraités, ouvriers de la pétrochimie, et bien sûr le mouvement Femme Vie Liberté en 2022, inédit par son leadership féminin.
Mais aujourd’hui, il y a autre chose : la jeunesse iranienne n’a plus d’avenir. Neuf millions de personnes ont quitté le pays. Il y a des catastrophes environnementales, des pénuries d’eau et d’électricité, une inflation catastrophique.
Avant la révolution, un dollar valait 70 rials. Aujourd’hui, il vaut 1 470 000 rials. La valeur de la monnaie s’est effondrée de manière inimaginable.
La corruption est omniprésente : 2 000 familles pillent l’Iran, détournent les richesses via les proxys et contournent les sanctions.
Les Iraniens disent depuis des années « non à la République islamique ! », mais ils n’avaient pas d’alternative organisée. Depuis plusieurs mois, cette alternative s’est cristallisée autour du prince Reza Pahlavi.
Il ne demande pas à être roi, il propose un leadership de transition : un consensus autour de trois principes — intégrité territoriale, démocratie et laïcité, libre choix par les Iraniens de leur avenir politique.
La jeunesse adhère massivement. Il y a des millions de personnes dans les rues, dans les petites comme dans les grandes villes. Ce n’est plus un mouvement ponctuel, c’est une révolution politique.
Donc pour vous, malgré la répression, nous sommes à la dernière étape avant la chute du régime ?
Absolument. Il n’y a aucun doute : c’est la dernière étape.
Quelles mesures concrètes attendez-vous de la communauté internationale ? Au-delà des discours, quelles actions ?
Première urgence : rétablir les communications. Le régime a coupé internet, les téléphones portables et même la téléphonie fixe. Le pays est dans le noir. On ne sait pas combien de personnes ont été tuées, mais les chiffres se comptent en milliers.
En 2025, rien qu’en une année, il y a eu 1 900 exécutions : une toutes les deux heures.
Ensuite : des actes politiques forts. Il faut fermer les ambassades du régime iranien en Europe. Ce sont des nids d’espionnage et de terrorisme. Nous le demandons depuis des années.
Enfin : il ne sert à rien d’envoyer des aides médicales tant que le régime est en place. Le seul moyen de sauver la population est de faire partir ce régime.
Donald Trump a été le seul, depuis le début, à envoyer un message clair en disant que si le régime tue les manifestants, il réagira fortement. On attend. On espère.
Je pense qu’il se prépare des actions ciblées. Trump n’est pas favorable aux interventions militaires, mais il agit de manière ciblée, notamment avec Israël, comme il l’a fait au Venezuela.
Quel rôle particulier la France pourrait-elle jouer ?
La France a manqué plusieurs occasions d’être utile au peuple iranien. Aujourd’hui, elle doit cesser de donner la parole uniquement aux anciens marxistes, aux Moudjahidines du peuple ou à des figures qui n’ont plus aucune légitimité en Iran.
Pendant des jours, certains médias français ont tenté de réduire les manifestations à des revendications économiques. C’est faux.
C’est une révolution. Et elle se déroule dans un silence assourdissant des autorités.
Pourquoi ne pas inviter Reza Pahlavi dans les médias ? Pourquoi ne jamais lui donner la parole dans les grands médias ?
En Iran, la jeunesse scande « Vive le Shah » et « Pahlavi, reviens ».
On voit dans les manifestations en Europe des milliers de drapeaux de l’Iran d’avant 1979. On ne peut pas ignorer cela.
On ne peut pas, encore une fois, se tromper comme en 1979 lorsque la France a accueilli Khomeiny.
Propos recueillis par Michel Taube



















