Edito
14H26 - lundi 12 janvier 2026

TRUMP IMPERATOR. La tribune de Michel Scarbonchi

 

TRUMP IMPERATOR. La tribune de Michel Scarbonchi

Drôle de début d’année 2026 ! Ne voilà-t-il pas que le Président américain fait enlever, dans sa capitale, Caracas, le Président du Vénézuéla et le conduit devant une juridiction New-Yorkaise sous l’inculpation de terrorisme et de narcotrafic.

Ce fait d’armes- personne ne se plaindra de la chute du dictateur Maduro- vient s’ajouter à une série d’événements qui ont marqué le début de mandature du nouveau Président américain. De la guerre de Gaza qu’il voulait transformer en nouvelle Côte d’Azur aux frappes de destruction des sites nucléaires iraniens, en passant par sa volonté d’annexer le Groenland et les frappes contre les Houtis au Yemen et Boko-Haram au Nigéria jusqu’à l’interdiction de territoire américain visant de Hauts fonctionnaires européens dont un ancien commissaire européen français coupable des Data Acts chargés par l’UE de réguler les GAFAM, ces géants américains du numérique, les décisions de Trump témoignent d’une volonté de casser l’ordre mondial établi en 1945 et régissant depuis, par le droit, les relations internationales.

« Chamboule-tout » notifié par la récente note statégique de sécurité nationale de son administration. Au monde bipolaire issu de la seconde guerre mondiale, modifié par l’effondrement de l’Union soviétique en 1989 et remplacé depuis par une trilatérale avec la Chine, le Méphisto américain substitue un monde unipolaire, le sien, celui de la force contre la raison. Mort au droit et au multilatéralisme !

Sa méthode prédatrice à l’international illustrée par la volonté de vassaliser l’Amérique latine et du Sud par la mise en place de chefs d’Etat affidés et la prise de contrôle d’intérêts économiques sensibles (pétrole, lithium, nickel entre autres) se complète, depuis le discours de Munich du vice-Président Vance, par la déstabilisation de l’Union européenne en soutenant les partis d’extrême droite.

Cette stratégie a pour objectif un ordre mondial non plus géré par les institutions internationales sur la base du droit mais par les Etats-Unis, au moyen de la force et à leur seul profit.

D’aucuns diront que, depuis Yalta, les Américains ont toujours fait ce qu’ils voulaient : guerres du Vietnam, Balkans, Irak, Libye, Afghanistan sans oublier Panama et Grenade, sans oublier non plus le « plan Condor » en 1970, visant à éliminer tous les régimes marxistes du continent dont le Chili d’Allende fut le symbole.

Alors pourquoi s’offusquer aujourd’hui de « l’America First ».

Parce que depuis 2000, nous vivons dans un monde multipolaire avec une mondialisation sensée apporter paix et prospérité à l’humanité. Les dérèglements, avec les droits de douane appliqués à tous les pays et le rejet du droit international, provoqués sciemment par Trump, viennent se fracasser contre le modèle -certes imparfait- régissant notre « vivre ensemble » depuis plus de deux décennies.

La situation des rapports transatlantiques est ainsi clarifiée. L’Union européenne est désormais confrontée à deux fronts comme le souligne Dominique MOÏSI, un front stratégique face à la Russie et un front idéologique face à l’Amérique. Nous n’avons plus la même conception des valeurs qui ont fondé notre civilisation.

Car, n’ayons aucun doute : le « Néron » qui gouverne sous la férule des milliardaires de la Tech, n’est pas notre ami. Cet homme n’a ni amis, ni alliés, seulement des intérêts comme le soulignait, en son temps, le Général de Gaulle.

Trump veut donc sortir l’Europe de l’histoire !

Comment lui répondre ? En reprenant le flambeau de leader du monde libre dont il n’a que faire. Cela suppose de « désaméricaniser culturellement » notre continent, d’accélérer « l’autonomie stratégique » de l’UE. En créant aussi un « G6 européen » regroupant aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, puissances nucléaires, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie et la Finlande afin de construire « l’Europe puissance ». Une Europe qui ne sera plus seulement le plus juteux marché économique du monde avec ses 450 millions de consommateurs mais aussi une puissance militaire et politique. Nous en avons tous les atouts.

Ne manque que l’essentiel : une vraie volonté politique. 

 

Michel Scarbonchi

Ancien député européen

Ancien député européen