Edito
15H52 - jeudi 8 janvier 2026

Jacques Cardoze : « Ce que la danse classique m’a appris du journalisme »

 

C’est une question que l’on me pose souvent. Quel lien peut y avoir entre la danse classique et le journalisme ? Au premier abord aucun, pourtant je suis convaincu que mon parcours de danseur m’a beaucoup aidé. 

 

La première fois que je me suis présenté devant une caméra, je n’étais pas effrayé comme peuvent l’être certains jeunes confrères. Durant plusieurs années d’apprentissage de la danse, j’ai fréquenté la scène, les lumières qui éblouissent l’orchestre qui impressionne et bien sur le public. Que l’on devine plus qu’on ne le distingue. J’ai commencé la danse à l’âge de 7 ans. Chaque fin d’année, ma classe présentait son travail dans l’auditorium de Saint-Maur. Un petit spectacle. Puis il y a eu l’école de danse de l’opéra et le conservatoire de Paris. J’ai enchainé des grosses productions. A l’opéra j’ai été un petit mirliton de Casse-noisette, à la comédie française un danseur baroque du bourgeois gentilhomme. Durant mes années de Conservatoire, je donnais le change à mon professeur Attilio Labis qui se produisait sur les scènes de région parisienne avec la danseuse étoile Françoise Legrée. Je n’avais pas 18 ans et j’avais déjà emmagasiné de l’expérience au moins une centaine de spectacle, ce qui n’a rien d’extraordinaire. 

 

En tant que danseur professionnel des compagnies d’Anvers puis Nancy, j’ai dû accumuler une cinquantaine de spectacle par an, dont des tournées au Japon, aux Etats-Unis en Italie en Espagne ou dans le sud de la France jusqu’au palais des sports à Paris. Je n’appréhendais plus la scène. Avec le Ballet Français de Nancy de Patrick Dupond, nous étions une compagnie heureuse de danser, de rigoler, de partager des bons moments pendant et autour des spectacles. On en venait à se faire des blagues sur scène. On se tirait la langue, on se chuchotait des mots dans l’oreille pour faire rire son partenaire en plein spectacles. Dos au public bien sûr ! Signe que nous n’étions plus vraiment impressionnés par le public. 

 

Toutes ces années d’expériences, j’en suis sûr, ont fini par constituer un vernis face à la peur, une couche de protection blindée face à l’objectif de la caméra. 

 

En faisant mes premiers pas à la télé, aux côtés de William Leymergie dans la chronique sports de Télématin, je ne pensais pas à ceux qui pouvaient se trouver « derrière » les caméras. Il ne faut surtout pas y songer me disait-on. J’avais un peu d’avance. J’étais bien plus effrayé à l’idée de commettre une faute de français ou de trébucher dans mes propos. La scène donne beaucoup de force. 

 

Et puis il y a l’école de rigueur, de la discipline. C’est typique de la danse classique. Façonner son corps dans un studio tous les matins, m’a permis d’avoir une certaine exigence de moi-même. Pendant 15 ans j’ai habitué mes muscles à une épreuve physique. Une classe de deux heures quotidiennes auxquelles s’ajoutent les heures de répétitions. Tout cela devient une routine qui fonctionne comme une drogue et sécrète l’hormone du plaisir, similaire à celle des joggeurs. Beaucoup de danseurs vous diront avoir besoin de cette classe et ne plus pouvoir s’en passer : même longtemps après avoir arrêté leur carrière professionnelle. Je dirais même que mon corps avait besoin d’une certaine violence. Je devais me faire mal pour m’améliorer. J’estimais que je devais passer cette épreuve et ainsi avoir le droit de profiter de la vie. C’est resté comme cela durant mes années de journalisme. Il fallait que je cavale, que je cours après les reportages, que je « croque » le micro comme on dit. Je devais faire ça pour rendre la chance qui m’a été donnée de faire ce métier. La danse m’a donné la condition physique. Ce n’était pas un problème pour moi de dormir à la dure ; dans un entrepôt pendant les quinze jours de reportages après le passage de l’ouragan de St Martin dans les caraïbes. 

 

Je ne sais pas bien ce que le journalisme pourrait apporter à la danse classique. Mais j’ai toujours été convaincu que l’inverse devrait être une formule d’enseignement. Commençons par une discipline artistique et l’on aura l’exigence du résultat ! 

 

Jacques Cardoze

Journaliste

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