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09H12 - vendredi 21 octobre 2022

Iran 2022 : les enfants assassinés par la terreur

 

Dans la cinquième semaine de la révolte contre la république islamique, les Iraniens découvrent qu’encore « plus de violence est à l’ordre du jour ».

Amnesty international avait déjà déploré la mort d’au moins 23 enfants. Des centaines d’autres auraient été blessés, détenus et torturés lors de récentes manifestations pacifiques, défenseurs des droits humains dans le pays et à l’étranger.

En Iran, tout le monde le sait : ces 23 vies perdues ne sont qu’une triste sous-estimation des chiffres réels face à la violence de la république islamique. Ce chiffre de vingt-trois enfants tués correspond en réalité aux enfants dont les parents ont osé parler. Et cela ne correspond aussi qu’aux manifestations en cours.

Il nous fallait attendre l’an 2022, c’est-à-dire quarante-trois ans après l’avènement du régime des ayatollahs, pour qu’on comprenne enfin que ce totalitarisme religieux se caractérise aussi par l’assassinat des enfants. L’Iran fait partie des rares pays au monde qui ont aussi eu coutume d’exécuter des mineurs.

En réalité, ces faits illustrent l’exercice du pouvoir total de l’État sur tous les domaines de la vie humaine. Il est partie intégrante d’une idéologie qui veut étendre davantage ses propriétés étatiques sur tous, y compris les enfants ; et ce avec plus de violence.

Lors des quatre dernières décennies, la dictature islamiste a tout fait pour susciter en vain l’exaltation des enfants en faveur de son régime. Ces enfants qui sont nés et qui ont grandi dans cet État autoritaire et total, visent désormais le noyau le plus profond du régime, à savoir le guide suprême.

Dans ce contexte, la république islamique a imaginé l’hymne de « Salam Farmandeh » qui dit en français « Bonjour le commandant » afin de susciter l’enthousiasme des enfants vis-à-vis du guide suprême. Cet hymne jugé comme répugnant fut dans un premier temps l’objet des moqueries. Depuis cinq semaines, le refus de le chanter et d’assister aux cérémonies liées à cet hymne paraît comme une véritable arme de désobéissance civile pour ces enfants !

Cet hymne démontre aussi que la propagande de la république islamique n’est qu’une adaptation artisanale de la propagande fasciste qui avait « son penchant pour les mouvements de masse et de sa qualité dynamique, de son amour de la quantité, de bruit et de l’accélération, de sa prédilection pour les dimensions gigantesques et pour les manifestations les plus éclatantes du pouvoir ». Cette description de José Ortega y Gasset à propos du fascisme reste entièrement valable pour la république islamique.

Alors que le régime voudrait intégrer les enfants dans son dispositif « de soutien de masse », ces enfants qui tiennent tête au régime défient la volonté du régime qui veut le contrôle le plus total sur les individus. Ils font s’effondrer toute possibilité de mensonge étatique. Face à eux, l’idéologie répressive de la république islamique ne peut qu’échouer.

Cet échec de l’État signifie « l’impossibilité d’un totalitarisme complètement achevé ». Par conséquent et afin de se venger de cet échec jamais avoué, la terreur choisit les enfants comme cible privilégiée.

À l’instar de chaque régime totalitaire, dans l’obscurité de la terreur totale, les victimes sont choisies sans tenir compte de leur appartenance ou de leur âge, mais uniquement selon la nécessité objective du processus de survie de l’idéologie totalitaire en question. Le but de la terreur est que la force de l’idéologie stabilise tous les hommes en sa propre faveur. La terreur ne tolère aucun acte, même ceux des enfants, des enfants dont le cri est un des gestes antitotalitaires les plus forts.

Les enfants qui manifestent dans les rues d’Iran et qui scandent des slogans portant véritablement les valeurs universelles dans leur sein, ont d’ores et déjà intégré l’idée de la démocratie. Le système despotique de la république islamique n’a jamais jugé ces enfants – comme les femmes par qui cette révolution arrive­ – aptes à demander leur droits individuels et politiques. Mais ces enfants ont compris que ce système est à la recherche de la soumission complète de tout individu à un État incarné par la figure du guide suprême comme « Volonté objective ». Les enfants d’Iran aujourd’hui font partie intégrante de ce grand combat contre la soumission des individus à cette soi-disant volonté. Ils refusent de faire corps avec elle au prix de leur vie ; car cette volonté objective n’est guère leur réalité.

Les Iraniens qui sont restés dans un deuil sans fin depuis quarante-trois ans, continuent de murmurer chaque jour sur les corps des plus beaux enfants de leur mère patrie.

Quant au monde aveuglé et silencieux, il préfère river ses yeux vers un ailleurs amnésique du sort des iraniens.

Ouvrons nos yeux face au plus brutal des intolérables.

 

Azadeh Thiriez-Arjangi

Philosophe franco-iranienne, spécialiste de Paul Ricoeur  

 

 

 

 

 

 

 

À leur mémoire :

Pedram AZARNOUSH (16 ans), Ali BARAHOUIE (14 ans), Amir Hossein BASATI (15 ans)

Sarina ESMAILZADEH (16 ans), Amir Mehdi FARROKHIPOUR (17 ans),

Mohammad Amin GAMSHADZEHI (17 ans), Samer HASHEMZEHI (16 ans),

Zakaria KHIAL (16 ans), Sodeys KESHANI (14 ans), Siavash MAHMOUDI (16 ans),

Amin MAREFAT (16 ans), Abdollah MOHAMMADPOUR (17 ans),

Mehdi MOUSAVINIKOU (16 ans), Javad POUSHEH (11 ans), Mohammad RAKHSHANI (13 ans),

Omid SAFARZEHI (17 ans), Omid SARANI (12 ans), Mohammad Reza SARVARI (14 ans),

Nika SHAKARAMI (16 ans), Nima SHAFAGHDOOST (15 ans), Yaser SHAHOUZEHI (16 ans)

Jaber SHIROOZEHI (12 ans), Setareh TAJIK (17 ans)

Cette liste s’est bien allongée depuis.

 

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