La chronique de Jean-Philippe de Garate
17H32 - jeudi 13 octobre 2022

Chronique de Jean-Philippe de Garate pour la nouvelle époque

 

Le premier acte concentre nombre de sentiments.

De la salle, le spectateur découvre, s’étonne, voit son attention attirée par tel ou tel relief, le profil d’aigle de l’acteur ou les balcons de la duchesse, sursaute à la résonnance du parquet de la scène et surprend un second rôle qui baille.

Au deuxième acte, l’intrigue étant nouée, une sorte de faux-calme s’installe, on reconnaît les choses, et physiquement relâché, un peu dans la peau d’un passager d’une confortable berline entre Avallon et Autun, on en adopte la vitesse de croisière. On ne sommeille pas, mais disons que les grands émois, sauf « coup de théâtre », ne sont plus là.

C’est exactement ce qui se passe pour cette fin de règne présidentiel. Mon hypothétique modestie n’en souffrira pas, j’avais – pour l’avoir vu plaider pour la financiarisation des forêts dès 2015 – décelé en 2017 Macron le « lessiveur ». C’est le mot précis que j’avais employé. Et il lui va comme un gant.

Entendons-nous bien : la morale n’a rien à faire dans tout cela. Macron a fait un choix, qui est celui de la mobilité des atomes, hommes ou capitaux, l’indifférence des choses, la normalisation de la France et le formatage à outrance. La France n’a pas de singularité, et le baptême de Clovis, cette alliance du ciel et de la terre, de Dieu et du roi, lui sont essentiellement étrangers. Certains l’ont dit un peu crûment : il porte jusqu’aux habits cintrés des sous-directeurs de banque, cerné de commis courtisans encore plus typés.

La tragédie qui se noue est simple. La France, beaucoup d’autres l’ont écrit avant Charles de Gaulle, n’est pas n’importe quel pays. Après les masques, ce sont les pompes à essence qu’on nous dit « sans problème », avec ce même amateurisme officiel et pontifiant et ces moues d’experts. Oui, certes ! La finance et les petits arrangements existent. Mais la pesanteur demeure une loi. Et vraiment, vraiment, l’Elysée se trouve à des années-lumière de Machiavel.

Les lames de Mac Beth commencent à luire, parce que le lessivage de la succursale France est consommé : disparition du Corps diplomatique – je pense à Roland Dumas, centenaire, et à ce grand diplomate que fut Couve de Murville- et maintenant, dissolution de la police judiciaire. On liquide et on s’en va ?

Mais là, ce n’est pas Machiavel, mais Lénine qui manque à la culture de notre ex-jeune premier. Toucher aux forces de sécurité, surtout celles qui traquent le crime, dans un monde et sur une planète sur-criminalisée – c’est vraiment astiquer les armes susceptibles de se retourner contre soi. Oublions même ici la cohorte de ministres convoqués ici ou là par des juges. La corde est remisée, et les peines éventuelles n’empêcheront pas ces has been d’échapper à l’EHPAD.

La pièce est dite : le pays réel se déconnecte et si dissolution il y avait, le raz-de-marée protestataire balaierait les derniers carrés de partis politiques acquis au pouvoir, partis dont la plupart des Français ignorent jusqu’aux noms.

 

Jean-Philippe de Garate

Dernier livre paru : « Trois Petits Tours », éd. le Lys Bleu, Paris.

Jean-Philippe de Garate