La chronique de Jean-Philippe de Garate
09H45 - jeudi 10 février 2022

Vent d’est, vent d’ouest

 

L’unité géographique de la France demeure, pour une grande majorité d’entre nous, une évidence. Les premiers mots de la constitution ne sont-ils pas pour rappeler l’indivisibilité de la république ? Le temps passe, et – comme le chantait Françoise Hardy, sur des paroles de Brassens et Aragon – « rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force ni sa faiblesse ».

L’actualité nous démontre que de vastes, très vastes taches brunes affectent cette unité de façade. Les zones de non-droit ne sont pas seulement ces cités dans lesquelles la police ne pénètre pas, ni même les EHPAD sur lesquels il n’y a plus grand-chose à ajouter. On pourrait trouver bien d’autres « territoires » d’où la loi est absente. Il n’est nul besoin de s’éloigner des villes pour le constater.

Ce qui frappe, c’est « le retour du refoulé ». Si l’on regarde une carte de 847 (en illustration), date du traité de Verdun ayant dépecé l’empire de Charlemagne et dissocié ces deux sœurs siamoises qu’étaient France et Allemagne, avec ce couloir lotharingien des échanges, issu des foires et ports des Flandres pour rejoindre les Cités et comptoirs d’Italie, Lyon demeurant le centre de gravité, on s’aperçoit que la zone occidentale est demeurée des siècles durant sous influence maritime, océanique, britannique, libérale, et que l’Est s’est trouvé transformé en zones de conflits, Verdun et le lion de Belfort demeurant les figures majeures de la résistance – au sens étymologique- française. Ces quasi-lapalissades sont confortées aujourd’hui par l’inexistence de notre politique étrangère, ou pour dire les choses sans s’arrêter aux derniers avatars macroniens, à l’absence de pensée construite.

Nous savons aussi que la guerre n’est plus possible, mais probable, et qu’elle débutera à l’est, Taïwan ou Ukraine, Cachemire ou Proche-Orient.

On peut aussi se faire la réflexion, en marchant le long de notre littoral occidental, de Dunkerque à Hendaye, que la liberté, la première des valeurs de notre république, comme les libertés, usages locaux d’Ancien régime, demeurent à l’Ouest. La Vendée n’était pas seulement une insurrection contre telle forme de gouvernement, mais la défense de libertés – à commencer par la liberté religieuse, et les Girondins -Guadet, originaire de Saint-Emilion, par exemple- luttaient, eux aussi, pour des usages issus de l’Océan.

Le plus frappant, comme d’habitude, c’est de constater -autre lapalissade- à quel point la géographie modèle les hommes. Quasiment tous les penseurs de la liberté proviennent de l’Ouest. Montesquieu, magistrat exerçant le moins possible au parlement de Bordeaux, rêva une séparation de pouvoirs à l’anglaise qui demeure la plus grande plaisanterie régnant dans notre pays. L’Esprit des Lois du baron de La Brède est demeuré un ouvrage sans lendemain. La justice n’a jamais été indépendante en France. C’est un euphémisme. Plus proche de nous, les grands écrivains dont le vent marin décoiffe la tignasse, les Normands Gustave Flaubert, Jules Barbey d’Aurevilly, ont trouvé une inspiration dans la liberté de dire, d’écrire… tout. L’amour, les déchirements, et avec eux l’eau, la pluie, l’horizon infini de la mer … Par les Champs et par les grèves, ce texte magnifique de Flaubert, n’a pas pris une ride. Tout comme les nouvelles et romans du Dieppois Maupassant, qui respirent à la fois la liberté de chacun et la déréliction de tous. Décidément, « rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force ni sa faiblesse ». Marcel Proust, Parisien de Cabourg, semblait paresser mais offrit cette Recherche qui demeure un sommet… Et Irène Némirovsky, basquaise d’adoption, femme des années folles « cherchant une voie », fustigeait « la morne station thermale des Vosges resserrée entre deux montagnes d’un vert de cimetière »…

Mais il est un penseur de l’Ouest qu’on cite à tort et à travers, et dont on oublie qu’il fut député de Valognes (Cotentin), et ministre des affaires étrangères en 1849. Alexis de Tocqueville (1805-1859), non pas seulement dans son célébrissime De la Démocratie en Amérique, mais dans cet ouvrage que tous les politiques devraient (re)lire, L’Ancien Régime et la Révolution, dresse le constat de ce qu’est devenue la France après le traumatisme révolutionnaire, enchaînant guerres à l’est et exils à l’ouest. Relevons au passage que ce chantre des libertés a, d’abord, voyagé. Il écrivait à son filleul, en janvier 1856, ces mots que nombre de juristes – car la France est malade de son culte latin des textes écrits, de l’empilage de lois (non appliquées) – pourraient apprendre par cœur :

« Le droit romain (…) a joué un rôle très important dans l’histoire de presque toutes les nations modernes. Il leur a fait beaucoup de bien, et, à mon avis, encore plus de mal. Il a perfectionné leur droit civil, et perverti leur droit politique ; car le droit romain a deux faces. D’un côté, il regarde les rapports des particuliers entre eux, et par là il est un des plus admirables produits de la civilisation ; de l’autre, il regarde les rapports de sujet à souverain, et alors il respire l’esprit du temps dans lequel il a achevé de se former, c’est-à-dire un esprit de servitude ».

Nous en sommes encore là.

 

Jean-Philippe de Garate

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