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11H21 - vendredi 9 avril 2021

Si Versailles m’était contée.

 

 

J’ai horreur des faits divers. Si on s’intéresse à l’un d’entre eux, et il en existe des millions, on découvre toujours, en fin de course, la bêtise, et les limites d’un petit monde fermé sur lui. Comme dans Extension du domaine de la lutte, l’œuvre la plus hexagonale de Houellebecq, on relève les puériles manigances de gens vides, vides, vides… Le crime est la rançon du vide.

En écoutant les artistes, on ressent à l’opposé, une vibration, une sensibilité, une authentique existence, et j’ose l’écrire, une vraie « valeur ajoutée ». Dieu sait si une certaine France s’est moquée en son temps de Patrick Juvet (21 août 1950- 1er avril 2021), mais ce Suisse posé, d’une grande intelligence, d’une sensibilité merveilleuse, qui répondait simplement aux questions les plus intrusives de journalistes (assis sur leur déontologie) sur la chirurgie esthétique, la sexualité, l’alcool, les médicaments, la décrépitude, répondait sobrement que si c’était à refaire, il ne changerait rien. Le chanteur de talent, l’homme qui comprit Daniel Balavoine, l’auteur qui composa pour nos stars nationales et avec les Village People, ce premier prix de conservatoire sorti de toutes les écoles, les formats, les préjugés au sens étymologique, nous renvoie, par opposition, au vide abyssal de certains.

Si Versailles m’était contée, on oublierait Louis XIV – ou Loui 14, comme on écrit désormais – et on s’intéresserait à ce quartier Rive Droite contemporain qui concentre tant de rites. Dans l’ouvrage « L’ami impossible », de Bruno de Stabenrath, le lecteur non versaillais découvre un monde qui n’a jamais voulu « baisser la garde » et en vient à préférer la Secte au monde réel. De cette Secte surgit un homme – car Xavier Dupont de Ligonnès est un homme – investi par sa mère d’une mission qu’on a presque du mal à transcrire dans une chronique, tant elle respire l’aberration mais surtout, la puérilité. Des amis qui gravitent autour de lui, aspirés ou pas par son charme équivoque, tous exploseront en vol. On s’aperçoit à la lecture de ce copieux récit de 530 pages que le vide demeure un danger car – c’est l’évidence, pourtant ! – il ne meuble jamais rien mais mène au vertige, à la chute inscrite dans la trajectoire, la mort programmée. Ces rêves américains ringards, ces routes parcourues jusqu’à l’écœurement par un comte à chevalière devenu représentant de commerce de la France des sous-préfectures, ces histoires de fesses et de sms, ce petit monde qui se prétend traditionnel et n’est plus qu’une série de masques, sera écrasé par le dieu argent, et sombrera. Il sombrera fatalement.

Dans le monde judiciaire et policier règne une certaine appétence du « beau cas », la « belle affaire », expressions qui m’ont toujours laissé sans voix. Il faut décidément mieux comprendre le vide, certes ! Mais pour s’en extraire ! La discipline musicale, artistique, la vraie valeur ajoutée que constituent l’amour en vers, les hits qui chantent la vie, en ressortent encadrés de noir et plus expressifs encore. Si Versailles m’était contée, je ne voudrais en retenir que la beauté dont le culte est préservé, cultivé, l’harmonie et la douceur de certains étés indiens. Et rien d’autre.

 

Jean-Philippe de Garate

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