La chronique de Jean-Philippe de Garate
12H00 - lundi 5 octobre 2020

Cette fois, nous voici rassurés. Chronique pour une nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

Nous n’en dormions plus la nuit ! Le suspense insupportable… La patrie en danger, pire encore peut-être ! Le ministre de l’intérieur allait-il entretenir avec celui de la justice une discorde si préjudiciable à la direction du navire de l’Etat ? Nous approchions du volcan, aurait ajouté Joseph Prudhomme… Il est vrai, le débat était d’importance : y avait-il des « sauvageons » en France ? Certains pensaient le scoop un peu usé depuis janvier 1999… Date à laquelle un certain Jean-Pierre Chevènement, lui aussi ministre de l’intérieur, avait lancé, puis maintenu ce terme de « sauvageon » qui définit un « enfant farouche, dénué d’éducation ». Quel a été le résultat de cette magnifique controverse ? La réponse est aussi effrayante que la discorde surjouée de nos deux importants, quand on sait qu’entre 1999 et 2020, ce ne sont pas les sauvageons – qui s’analysent en des « arbres non greffés » – mais les kalachnikovs, le fil du boucher et la mort qui se sont imposés, la mort infligée, non par des « sauvageons », mais par des ennemis de la France.

Cette fois, nous voici rassurés ! La hache de guerre a été enterrée : Gérard et Eric s’entendent à merveille, et nos deux Ch’tis ont trouvé un terrain d’entente : la lutte contre le trafic de drogue. Sus aux dealers, semi-grossistes, importateurs ! Les consommateurs paieront, pour leur part, des amendes s’ajoutant au coût de leur dose. Je dois à la vérité de dire – et Dieu sait si la concurrence est rude ! – avoir rarement entendu déclarations si stupides. Chacun dispose de son domaine d’expertise et, à la fin d’une vie, quand on a un peu traité la question des stupéfiants – une petite trentaine d’années en ce qui me concerne – on peut avancer deux trois vérités.

  1. La drogue n’a pas de valeur en soi. Vous, moi, quiconque « va bien dans sa tête » n’éprouve pas le besoin de se droguer. En un mot clair, si on dépose une tonne de cocaïne, ou d’héroïne, ou autre chose, devant une personne qui va bien, la valeur de cette tonne est de zéro euro. La drogue restera là où elle est.
  2. La valeur de la drogue est celle, non de l’offre, mais de la demande. Si un individu est en recherche de drogue, quelle qu’en soit la raison, la valeur de la drogue s’apprécie.
  3. C’est donc, non le trafic, mais la demande qu’il faut traiter. Evidemment, dès que l’on a avancé cela, on comprend la conséquence. Ce ne sont pas mille, dix mille mais cent mille intervenants qu’il faut lancer sur le terrain.
  4. Il est étymologiquement scandaleux de faire payer une amende – qui s’analyse en une sorte de taxe parafiscale – à celui ou celle qui achète de la drogue. L’argent permettrait d’échapper à la transgression. Bien sûr, les praticiens judiciaires savent bien que l’argent l’a déjà emporté sur la justice, ou plutôt s’est faite justice : l’exemple le plus flagrant en est cet homme d’affaires qui a échappé au procès Fillon pour avoir, par une merveilleuse CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) après instruction – procédure  préconisée par un magistrat aujourd’hui suspecté de parjure dans la même affaire Fillon -,  payé trois cent mille euros au Trésor Public, si ma mémoire est fidèle.
  5. Si l’argent l’a emporté sur la justice, si l’argent s’est fait justice, alors il ne sert de rien de procéder comme dans un certain film, criant de vérité, film que tout le monde a voulu oublier : L 626-1.
  6. L 626-1 était le numéro du Code de la Santé Publique qui, avant la 142 ème réforme du Code Pénal, régissait le droit de la drogue. Le film qui en porte le nom démontre qu’on ne remonte JAMAIS jusqu’au sommet d’un réseau. Pour la simple raison que la hiérarchie de la drogue n’est pas articulée comme celle d’un régiment. Et que passé un certain niveau, le trafic s’avère affaire politique.

Alors, il est temps de conclure. Dans le 9-3 comme à Neuilly, dans les quartiers Nord de Marseille comme dans les Hauts de France, on peut l’annoncer sans difficulté, la police procèdera à de spectaculaires prises. Préparez vos mouchoirs pour le journal de vingt heures… Mais en matière de drogue, si on pêche deux trois « gros poissons », cela n’a pas la moindre importance. Nos braves ministres réconciliés pourront pavoiser à l’heure des présidentielles, ils ne savent pas, et ne veulent pas apprendre, qu’en la matière, l’étalon de mesure n’est pas le poisson, gros ou moins gros. La drogue, ce n’est pas le poisson, c’est l’eau. Elle passe là où elle peut. Et elle passe toujours. Arrêtez-là ici, elle passera là.

L’offre répondra à la demande.

Tant que les habitants de ce pays iront si mal, que les pharmacies officielles comme les coursives des dealers débiteront par millions les doses, les tranquillisants, les produits anti-douleur et autres antalgiques puissants (telle l’héroïne, c’est-à-dire diacétylmorphine) que s’arrachent ceux qui aspirent à être « stoned », insensibilisés, enfin coupés de ce monde inhumain, ou à l’opposé celles et ceux – parfois les mêmes- qui recherchent la performance (cocaïne) pour dominer et survivre dans ce même monde inhumain, rien, vraiment rien, aucun accord ministériel, aucune rodomontade de tel ou tel important du moment n’empêchera que encore et toujours, sous le pont Mirabeau, coule la Seine.

 

Jean-Philippe de Garate

 

 

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