La chronique de Patrick Pilcer
08H00 - vendredi 11 septembre 2020

Les salaires des enseignants, des policiers, des soignants doivent faire partie des investissements d’avenir du plan de relance. La chronique de Patrick Pilcer

 

Le Plan de relance dévoilé par le Premier Ministre Castex ces derniers jours fait la part belle aux baisses de charges, baisses de taxes et hausse des investissements dans l’innovation et la transition écologique. Il est en effet vital de rendre notre économie plus compétitive, plus soucieuse de notre environnement et plus socialement responsable. Cela permettra à nos entrepreneurs de relocaliser une partie de leurs activités, et surtout d’éviter les dépôts de bilan en cascade.

Certes, nos déficits budgétaires et publics vont exploser, mais il est primordial que notre économie et nos emplois passent le cap, survivent à la pandémie et abordent 2021 sous les moins mauvais auspices possibles. Avec des taux d’emprunt négatifs, grâce à l’action efficace des banques centrales, le financement de ces déficits se fait dans de très bonnes conditions, l’Etat Français est payé pour emprunter… Autant en profiter, avant que la logique économique classique (je prête, je prends donc un risque, et ce risque doit être rémunéré) ne revienne.

Chacun connaît aussi le discours classique des années 1980-2000 sur les déficits : le déficit, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. Le déficit lié aux dépenses d’investissement, qui se matérialise par un besoin d’emprunt aujourd’hui mais qui se traduira par un retour sur investissement dans l’avenir, supérieur au coût du remboursement de la dette. C’est le bon cholestérol, il est vital.

Quant au déficit lié aux dépenses de fonctionnement, qu’il faut contraindre le plus possible dans une saine gestion, c’est la mauvaise graisse qui est létale. Parmi les dépenses de fonctionnement, la masse salariale des fonctionnaires. Rappelons-nous ce ministre socialiste, Claude Allègre, qui, il y a un quart de siècle, déjà souhaitait « dégraisser le mammouth ».

Pourtant, le pangolin a mis en lumière que la bonne et la mauvaise graisse de l’Etat ne sont pas toujours situées où l’on croit. Prenons la masse salariale du système de santé. La pandémie a montré le peu d’efficacité des ARS et le poids démentiel pris par l’administratif sur le personnel soignant. Néanmoins, payer mieux les infirmières, les médecins, supprimer le numérus clausus et former beaucoup plus de médecins fait partie des meilleurs investissements dans notre avenir sanitaire. Il est urgent de rééquilibrer le système de santé en diminuant les strates administratives, en dégraissant les ARS et en payant mieux les soignants. Nous pourrions faire le même constat dans la police et dans la justice. Comme dans l’enseignement.

Remettre à l’honneur les hussards de la République, cent-cinquante ans après la naissance de la IIIème République, ce n’est pas seulement leur dire de belles phrases, mais c’est avant tout mieux les rémunérer. Dans le monde actuel, la rémunération participe très fortement de la considération portée sur un métier. Si nous voulons regagner les Territoires perdus de la République, il nous faut impérativement revaloriser les salaires des enseignants, mais aussi des policiers, mais aussi des soignants.

Comment investir dans notre jeunesse, dans notre avenir, si nous n’investissons pas plus et mieux dans les gens qui les forment, qui les soignent, qui les protègent. Nous payons chèrement les choix faits auparavant, choix, je devrais dire renoncement. Ne pas correctement rémunérer ces fonctionnaires, ne pas investir dans ce capital humain, dans notre avenir en réalité, revient à devoir payer bien plus quelques années après pour combler les manques et réparer les dégâts, mais il est souvent bien trop tard.  Il faut, en même temps, revaloriser fortement les salaires et réaffecter correctement les effectifs, mettre les fonctionnaires où les besoins sont urgents et utiles. Il faut rendre le mammouth agile…

Nous pourrions aussi prolonger ces réflexions sur les autres métiers. La constatation sera identique : nous ne payons pas assez les salariés également dans le secteur privé, tout en accumulant la mauvaise graisse réelle, les coûts élevés des tâches administratives, les taxes trop élevées, les impôts de production inutiles. Ces salaires, comme la revalorisation de ces métiers, doivent retrouver leur juste place parmi les investissements d’avenir. Une méthode pour y arriver très vite, et sans coût pour les entreprises, repose sur une baisse forte des charges, de la CSG et de la CRDS. Nous l’avons déjà suggéré récemment en appelant à un électro-choc sur le coût du travail. Il va bien falloir que le gouvernement s’y attèle, et avant avril 2022…

Le gouvernement a commencé dans son plan de relance à baisser les impôts de production. Il doit poursuivre sur sa lancée, diminuer fortement les charges, libérer et glorifier le travail, et surtout permettre enfin une revalorisation forte des salaires.

La relance, c’est aussi un état d’esprit : c’est transformer le mammouth en licorne…

 

Patrick Pilcer

Conseil et Expert sur les Marchés Financiers

 

 

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