Edito
13H13 - lundi 31 août 2020

Ô Liban mon amour. L’édito de Michel Taube

 

 

« Parce que c’est vous, parce que c’est nous. » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron avait justifié sa présence le 6 août au côté des Libanais meurtris par l’explosion du port de Beyrouth deux jours plus tôt.

« Parce que c’est vous, parce que c’est nous », pourra à nouveau clamer Emmanuel Macron ce soir et mardi 1er septembre en revenant au Liban, comme il s’y était engagé il y a trois semaines.

Un voyage qui redonne à la France les allures de la grandeur. Les Français l’oublient si souvent : les peuples attendent (oui, encore) la France en de nombreux points du globe.

Mais ce voyage plein de symboles est menacé par un piège libanais.

Les symboles tout d’abord : Emmanuel Macron rendra hommage dès ce soir à Fairuz en lui rendant visite. La grande cantatrice libanaise, la Callas du monde arabe avec Oum Kalthoum, fit pleurer les cœurs les plus endurcis et rassembla des foules immenses, jusqu’à l’Olympia à plusieurs reprises.

Symbole encore : Emmanuel Macron plantera un Cèdre du Liban. Pour un média comme Opinion Internationale qui a déjà planté des Arbres de la fraternité au Maroc, en Afghanistan, en France bien entendu, ce geste ne peut être que salué.

Symbole enfin et surtout car il y a un siècle exactement naissait, sur les ruines de l’Empire ottoman déchu, l’Etat du Grand Liban, créé par l’arrêté du 31 août 1920 du général Henri Gouraud, représentant l’autorité française mandataire sur la Syrie, et qui aboutira en 1926 à la première Constitution du Liban. Certains Libanais en viennent même à réclamer le rétablissement d’un protectorat français sur le Liban pour aider le pays à sortir de l’impasse.

Mais, si les symboles sont toujours nécessaires en politique, le Liban a surtout besoin d’actes concrets et forts. Le Liban a surtout besoin de faire table rase de son personnel politique corrompu et de faire émerger une nouvelle élite, issue de la société civile et de l’économie, notamment de Libanais de la diaspora. La démission du président de la République, le général Aoun, et la convocation d’élections libres en vue d’élire une nouvelle Assemblée constituante en charge de rédiger une nouvelle Constitution, devraient être la seule visée de tous les partisans d’un nouveau Liban. Pour ce faire, de nouveaux leaders doivent émerger.

Or le programme de la visite d’Emmanuel Macron fait la part belle aux discussions avec les forces politiques en présence, les « historiques » responsables de la descente aux enfers du pays du Cèdre. Les discussions avec la société civile sont réduites à une peau de chagrin dans le programme de demain à Beyrouth pour Emmanuel Macron. C’est bien le piège libanais.

L’annonce par les leaders sunnites libanais de la « candidature » de Moustapha Adib, actuel ambassadeur du Liban en Allemagne, au poste de premier ministre, annonce-t-il la constitution d’un gouvernement de mission, composé de techniciens, qui serait chargé de préparer la refondation du Liban ? Il faut l’espérer mais l’on peut sérieusement en douter.

Or la France (qui découvre chaque jour les dégâts communautaristes que provoque le multi-confessionnalisme qui a miné le Liban, au point que l’on parle de libanisation de la France) pourrait jouer un rôle décisif en poussant de nouvelles têtes, de nouveaux talents, issus de la mobilisation citoyenne de la jeunesse et de l’élite libanaise déchue et étouffée par leurs aînés. Les jeunes du Liban, mobilisés avec courage et audace, depuis le 17 octobre 2019, veulent rencontrer Emmanuel Macron, pour parler politique, refondation du Liban et non des seules questions humanitaires.

Le défi économique est lui aussi majeur avec la reconstruction du port de Beyrouth et le sauvetage financier du pays. L’industrie libanaise, seule à même d’offrir un avenir à la jeunesse libanaise en lui proposant des emplois durables, est un des atouts du pays. L’un de ses leaders, Dr Fady Gemayel, l’explique à Opinion Internationale dans une interview exclusive. Les entrepreneurs français, comme Emmanuel Macron, sont attendus à Beyrouth.

 

L’impasse Aoun

En attendant, le problème libanais est surtout politique.

Certainement que le chef de l’Etat français aura à cœur de répondre publiquement à Michel Aoun, son homologue libanais, qui, au lendemain de la visite d’Emmanuel Macron, avait écarté toute enquête internationale sur les causes et les responsabilités de l’explosion de Beyrouth. Ce point est capital car la responsabilité du Hezbollah dans la non gouvernance et la mainmise financière et stratégique sur le port de Beyrouth, à l’origine de la tragédie, est flagrante :  cette sale habitude du mouvement libano-iranien de collectionner des entrepôts de nitrate d’ammonium à proximité ou au beau milieu de populations civiles est connue et prouvée. L’Orient Le Jour, le grand quotidien libanais, a eu le courage de relayer une grande enquête du Spiegel allemand. Or Michel Aoun protège son allié du Hezbollah et donc il ne veut entendre parler d’enquête internationale.

Pire, une surenchère de grandes phrases et de pétitions de principe risque d’occulter l’absence de tout changement en profondeur : entendre hier Michel Aoun, qui a donc une responsabilité historique dans la confiscation des pouvoirs au Liban par le Hezbollah et son protecteur, l’Iran, parler de la nécessité de créer un Etat civil (et non laïc) sur les ruines d’un système multiconfessionnel épuisé (dont les chrétiens et les laïcs ont le plus pâti ces dernières décennies), c’est pire que l’hôpital qui se moque de la charité.

La grande récupération des pleurs et de la colère du peuple libanais est en marche. A Emmanuel Macron d’éviter d’y contribuer malgré lui. Nous l’avons déjà écrit : de nouveaux leaders libanais doivent prendre le pouvoir. La France peut les y aider.

Beaucoup de Libanais rêvent en effet d’un Liban laïc et libéral, et bon nombre de Français avec eux. D’où cette passion mutuelle franco-libanaise. Ô Liban mon amour ? « Parce que c’est vous, parce que c’est nous. »

 

Michel Taube

 

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