La chronique de Jean-Philippe de Garate
08H48 - mardi 23 juin 2020

Paul Didier (1889-1961), connais pas… Chronique de la nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

On nous dit qu’une personne, qui dirigeait le PNF -parquet national financier- aurait fait état de « pressions » qui auraient été exercées sur elle, lors de la procédure engagée à l’hiver 2016-2017 à l’encontre de François Fillon.

Les faits sont -comme d’habitude – oubliés pour la polémique. Il n’est donc pas inutile de rétablir en deux mots la chronologie. Le Canard Enchaîné – journal satirique, non ? – publie un article sur les emplois fictifs de l’épouse de Fillon. Avant même la parution, le directeur des affaires criminelles – copain de régiment et proche d’un certain F. Hollande, alors président de la République en difficulté – saisit le fameux PNF, qui lui-même saisit un certain président du tribunal de Paris -ancien membre du cabinet de S. Royal, elle-même mère des enfants de Hollande et exceptionnelle ambassadrice des pôles- et ce président désigne un juge d’instruction, dont les idées sont connues. En un mot comme en cent, de tous ces braves gens, pas un n’est politiquement proche de François Fillon.

Et c’est tout ! C’est tout ce qu’il y a à dire. Cela ne pose aucun problème à personne que, dans le cercle même de la sagesse, au cœur de la magistrature, cette chose élémentaire qu’on appelle l’équilibre, la contradiction, soit respectée. On est bien trop pressé ! En oubliant la toute petite conséquence, bien politique, celle-ci. Le jour de la mise en examen de Fillon, Macron – ancien ministre de Hollande- passe devant le candidat plébiscité par la droite (4,5 millions d’électeurs de la primaire) dans les intentions de vote.

Alors, après cela, on peut emberlificoter la chose, nous dire ceci cela. Je suis désolé, mais il n’y a rien à ajouter. La France n’a pas de tradition -sauf périodes rares – de parité. Les deux France se succèdent dans les palais nationaux, y placent leurs créatures. Et c’est tout.

La vérité historique, Tocqueville et bien d’autres l’ont relevée, et il n’est pas nécessaire d’éplucher les manuels de Sciences-Po pour le sentir : la France est en crise permanente, en déséquilibre chronique, du fait de cette donnée qui la range – que ça plaise ou pas – parmi les pays sous-développés. Je ne dis pas « pays en voie de développement » ou « émergeant » car rien ne change. Un pays à cet égard sous-développé. Avec ces éternels coups de balancier, régime après régime, élection après élection. La justice française n’a jamais été indépendante, elle a toujours été « dans la ligne ».

Quant à l’honneur, ce mot oublié, notamment de ceux qui « subissent » des pressions, où est-il ? Quand on subit des pressions, et qu’on est un juge digne de ce nom, il y a un seul mot à prononcer : non.  Les états d’âme de Madame de Mortsauf (in Le lys dans la vallée, œuvre de Balzac) ont une délicatesse, et surtout une réalité qui les rendent parfaitement lisibles. Les « états d’âme » -de surcroît légèrement suscités par les députés – d’une ex-patronne du PNF nous laissent froids. Totalement froids.

Car je l’affirme ici : en parlant de « cabinet noir », de « calendrier diabolique » (!), Fillon avait raison. Disons pour être tout à fait exact qu’il ne s’agit pas d’un « cabinet », mais de maillons d’une « chaîne » procédurale. Détail. Quatre personnes parfaitement identifiées.

Oui, cette élection a été volée et les institutions dévoyées, oui la grossièreté du procédé est si expressive de celle de ses auteurs qu’un jour, peut-être – j’en doute très fortement- ce pays voudra s’en défaire, et cesser d’être ce qu’il demeure, vu de l’étranger.

Et, soyez gentils, braves « confinés » (confiné : un mot, je répète, qui n’est prévu par le Code de la santé publique que pour les épizooties d’animaux, ça résume) – déconfinés et demain, possibles reconfinés, rayez de votre vocabulaire et de vos conversations les poncifs habituels : « patrie des droits de l’homme », berceau des Lumières, République « par le peuple pour le peuple », nia nia nia.

La magistrature a une histoire, et il existe même des livres d’histoire sur ce qui s’avère une administration comme les autres, pour rappeler ce que tout le monde sent, et que les justiciables apprennent et découvrent… après procès. La magistrature, épurée (un mot qu’on retrouve régulièrement dans l’histoire…) en 1883 de ses juges monarchistes, et donc supposée républicaine, fut unanime à prêter serment à un régime autoritaire au début des années 1940. Le 2 septembre 1941, pour être précis. Seul un homme, un certain Didier, Paul de son prénom, refusa et fut révoqué. Puis assigné à résidence. Confiné, en novlangue.

Alors, gardons nos larmes pour d’autres que « la victime de pressions » qu’en trop habile juriste, elle reconnaît avoir reçues mais dont elle justifie l’acceptation par d’autres causes que celle qui s’est avérée déterminante, et dont elle ne pouvait ignorer les effets politiques. Au fait, qui a requis de la prison ferme contre le candidat malheureux de l’élection présidentielle, un certain Fillon ? Ce ne serait pas un membre du parquet ?… Sophisme, un mot ignoré des Codes, civil, pénal, etc.

Didier, Paul, connais pas ! Mais finissons par le pompon : l’ENM, cette ENA plus provinciale et formatée encore, a donné son nom à une promotion ! Décidément, laissons-les où ils sont.

Vite Molière ! Tartuffe, pièce immortelle ! Actuelle ! Et si un jour, les Français acceptent enfin de regarder les choses en face, qu’ils renvoient nos fausses dames de Mortsauf à leur inexistence.

 

Jean-Philippe de Garate

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