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06H06 - mercredi 29 avril 2020

RSE : la martingale de l’après ? Tribune de Philippe Latombe, député Modem de Vendée

 

Le monde d’après la crise du Covid, ne doit pas ressembler au monde d’avant en pire, comme l’a affirmé Jean-Yves Le Drian dans une interview récente au Monde. Comment concilier reprise économique rapide et transition énergétique urgente ? La responsabilité sociétale est l’une des réponses. Tribune de Philippe Latombe, député Modem de Vendée.

Il ne faudrait pas, comme le redoutait le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans une récente interview au Monde, que le monde d’après la pandémie ressemble à celui d’avant, en pire. C’est bien là le risque. Nous savions notre monde très imparfait, nous tentions d’oublier à quel point il était fragile.

La crise actuelle a en effet mis le doigt sur nos défaillances, que nous avions plus ou moins occultées, par négligence ou facilité, par souci d’impératifs comptables de court terme, par manque de recul, de vision. Elle s’inscrit de plus dans un contexte de crise environnementale annoncée, dont l’échéance semble vouloir survenir bien plus vite que prévu. Le temps nous est compté.

Il ne faudrait donc pas que le monde d’après se reconstruise sur le modèle du monde d’avant. Ce serait le pire des scénarios. Le plus facile aussi. Une crise sanitaire de grande ampleur entraîne une crise économique  qui s’accompagne toujours d’une crise sociale. Une relance rapide de l’économie se fait alors urgente. Comme rien ne semble pire que la perspective d’une explosion sociale, la tentation est alors grande de refaire rapidement à l’identique, de reconduire les anciens usages.

Rappelons-nous 2008, ce n’est pas si loin. Cette année-là, les Etats-Unis sont dirigés par Barack Obama, un président conscient des enjeux climatiques. C’est notamment  par l’exploitation des gaz de schiste, désastreuse pour l’environnement, qu’il choisit de relancer l’économie de son pays, ne voulant pas courir le risque d’une grave crise sociale qui malmène toujours les plus démunis et déstabilise la nation. L’économie américaine repart ; l’espoir d’une transition énergétique recule, alors que celle-ci est, pour beaucoup, considérée comme une priorité.

Douze ans plus tard, l’économie mondiale est presque à l’arrêt pour cause de pandémie. Nouveau choc pétrolier. Cette fois, le prix du baril de brut s’effondre. Une aubaine a priori pour la relance économique à bas coût, pour le porte-monnaie des consommateurs et pour les rentrées fiscales de l’Etat ! Le risque surtout de voir sauvée en urgence l’industrie pétrolière au détriment de la transition énergétique. Certes, l’histoire ne se répète pas, mais elle bégaie, disait Karl Marx. A nous d’en tirer les leçons.

Douze ans plus tard, nous savons que le réchauffement climatique se produit beaucoup plus vite qu’annoncé. Plus que jamais, la relance économique va devoir intégrer sans rechigner la nécessité de la transition énergétique. Difficulté supplémentaire dans notre pays, la crise sanitaire et ses dégâts collatéraux ont fait leur lit dans un climat social fortement dégradé par des mois de contestation. C’est dans ce contexte complexe, pétri d’intérêts contradictoires, que l’Etat et toutes les parties prenantes vont devoir réinventer notre économie.

Dans un tel contexte, la responsabilité sociétale, qui cherche à faire converger l’intérêt des individus et des organisations avec celui de l’environnement, se retrouve par essence en première ligne. On parle souvent de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), il faudrait d’ailleurs préférer à cette appellation celle de responsabilité sociétale des organisations (RSO), car toutes sont concernées, qu’elles soient publiques ou privées, à but lucratif ou non. Il serait trop facile de penser que l’effort à fournir serait limité aux seules entreprises.

La RSE/RSO a été amplement définie et documentée ces dernières années. Elle reste malheureusement trop livrée à la bonne volonté des dirigeants, trop souvent utilisée comme une opportunité de communication, plutôt que comme un véritable outil stratégique, la norme ISO 26000 qui la définit n’ayant aucune valeur de certification. On touche là les limites du volontariat. Etait-il sociétalement responsable, par exemple, de délocaliser l’industrie pharmaceutique en Chine ?

L’Etat lui-même devrait, dans une recherche de cohérence et d’incitation, être le moteur du changement, en intégrant par exemple plus systématiquement la responsabilité sociétale dans ses propres contraintes et, par exemple, dans la commande publique.

En l’état actuel de la législation, la loi n’interdit certes pas l’utilisation de critères de la RSE, mais impose qu’ils soient suffisamment liés à l’objet du marché ; une absence d’interdiction qui n’incite pas pour autant les décideurs à les prendre en compte. Le code de la commande publique se trouve ainsi verrouillé par les directives européennes qui souhaitent limiter le risque de conflits d’intérêt, le favoritisme et la corruption. La fenêtre législative permettant d’améliorer la prise en compte de la RSE dans la commande publique est très étroite, mais elle existe, et c’est pourquoi j’ai fait, dès octobre dernier, une proposition de loi allant dans ce sens. 

Je n’ai bien évidemment pas, à travers cette initiative, la prétention d’apporter de solution holistique et révolutionnaire aux problématiques nombreuses posées par la sortie de crise. Je souhaite simplement rappeler que nous disposons déjà dans notre boîte d’un instrument incontournable de la conciliation des contraintes actuelles avec la reprise en main de notre destin, la responsabilité sociétale.

 

Philippe Latombe

Député MODEM de la Vendée, Membre de la Commission des Lois

 

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