Edito
France
08H02 - lundi 18 février 2019

Inconsistance politique des gilets jaunes. L’édito de Michel Taube

 

Par-delà la crise sociale que les gilets jaunes ont réveillée, renaît un mal politique français qui ronge notre société : si la colère devient haine si rapidement, si le mouvement des gilets jaunes dégénère actuellement, c’est parce que, plus redoutable encore que la question sociale, surgit une question, politique celle-ci, qui fait que nous sommes le pays d’Europe, et de loin, qui compte le plus de soutiens et de votes en faveur des extrêmes, de gauche et de droite.

Depuis le début de la crise des gilets jaunes, nous ne croyons pas à la distinction entre gentils gilets jaunes et méchants casseurs. La violence est inscrite dans la logique du mouvement plus encore que dans la colère des Français.

Nous l’écrivons depuis décembre dernier : la colère des gilets jaunes est légitime mais elle fait le jeu des extrêmes, surtout de l’extrême droite. Des intellectuels classent les gilets jaunes comme un mouvement de gauche (Drouet n’at-il pas manifesté un mardi avec Martinez de la CGT ?) alors qu’il fait le jeu de l’extrême-droite. Par une ruse de cette petite histoire qui rejoint la grande histoire…

La colère légitime des gilets jaunes n’est pas une raison suffisante pour suivre les gilets jaunes tête baissée. La vérité est que l’inconsistance politique de tous leurs leaders et autres porte-paroles médiatiques est effarante : ils se divisent entre eux et nous ne sommes qu’au début de leur dispersion.

De surcroît, ils ne proposent (surtout d’ailleurs ceux qui veulent présenter une liste aux élections européennes) aucune vision de la politique sinon celle de gouverner par des RIC et une casse économique dont les commerçants de France étouffent d’un avant-goût fort amer tous les samedis depuis douze semaines.

Nous avons été choqués de lire le Manifeste d’un autre leader gilet jaune, Hayk Shahinyan, qui en créant le MAC (Mouvement Alternatif Citoyen), un parti politique de plus, développe ses 7 « socles fondamentaux » sans évoquer un seul instant les droits de l’homme et les libertés publiques. Ce n’est pas cela aussi la France ?

Les seuls des gilets jaunes qui ont une parole un tant soit peu politique, c’est-à-dire structurée ou propositionnelle, ce sont les plus radicaux, ceux qui pactisent avec les extrêmes, de gauche et surtout de droite. C’est la vérité, la triste réalité de ce mouvement insurrectionnel. Drouet, Nicolle et Chalençon sont des apprentis dictateurs, de petits Trump en puissance qui seraient des tyrans s’ils arrivaient demain au pouvoir.

En embuscade, plus intelligente que les premiers, Priscillia Ludosky a bien conscience des limites actuelles du mouvement qui manque d’organisation et de colonne vertébrale politique. Elle le reconnaît dans les colonnes du JDD. Mais notre intuition est qu’elle se prépare à un long marathon politique.

Di Maio et Castaldo, leaders politiques italiens du mouvement 5 étoiles, ont eu tort de rencontrer Christophe Chalençon car ils ont choisi d’adouber un aventurier alors qu’eux-mêmes, quoi qu’on dise de leur populisme, ont créé un mouvement structuré.

Parce que les gilets jaunes n’ont pas (encore) de leader charismatique sérieux, et sans sursaut politique des Français à la hauteur de la colère qui a éclaté il y a trois mois (et la diversion du Grand Débat national risque fort de ne pas y suffire), la France risque fort de se retrouver demain aux mains de l’extrême-droite…

 

Michel Taube

 

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