Edito
10H17 - dimanche 1 février 2026

Quand l’économie martiniquaise parle d’une seule voix. L’édito de Michel Taube

 

Quand l’économie martiniquaise parle d’une seule voix. L’édito de Michel Taube

Malheureusement de façon non concertée avec les milieux économiques la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) et son président Serge Letchimy ont voté vendredi 30 janvier l’augmentation exponentielle de deux taxes sur les entreprises qui vont les plonger un peu plus dans le marasme économique. Nous reviendrons sur les coulisses de ce vote dans les prochains jours.

Heureusement ce passage en force contraire à toute logique économique a suscité une levée de bouclier unanime de tous les acteurs de l’économie martiniquaise.

Cela n’était presque jamais arrivé.

Des organisations aux histoires, aux sensibilités et parfois aux intérêts divergents qui décident, d’une seule voix, de dire STOP.

Si l’AMPI, la Chambre d’Agriculture, la CCI, la CMA Martinique, Contact-Entreprises, la CPME et le MEDEF se sont retrouvés le 28 janvier côte à côte, ce n’est ni par posture politique, ni par calcul. C’est par instinct de survie.

L’économie martiniquaise va mal et tous les voyants sont au rouge.

Car ce qui se joue dépasse largement un simple ajustement budgétaire. En quelques décisions fiscales successives, la CTM a effacé, en quelques votes, des années de travail et de sacrifices supportés d’une part par les entreprises pour survivre dans un contexte économique déjà fragilisé et d’autre part l’ensemble des décideurs de l’île qui, au cours de nombreuses tables rondes, avaient signé un accord contre la vie chère en début 2025.

Depuis des années, les acteurs économiques se battent pour absorber les hausses de coûts, comprimer leurs marges, produire moins cher, rationaliser leurs charges, tout cela pour éviter que les prix n’explosent, pour préserver leurs entreprises et pour sauvegarder l’emploi local.

Ces efforts, largement invisibles, ont pourtant permis de limiter l’impact de l’inflation sur le quotidien des ménages. Ces efforts patiemment construits sont régulièrement cassés par des décisions prises sans étude d’impact.

Cette fois-ci, le relèvement du Versement Mobilité de 2 % à 3 %, combiné à l’augmentation massive des tarifs de l’eau pour les professionnels, constitue un ciseau fiscal d’une grande brutalité. Une mécanique froide, automatique, qui frappe directement le travail, la production et l’investissement, sans tenir compte de la réalité économique de la Martinique.

Augmenter massivement une taxe assise sur la masse salariale, c’est taxer le travail. C’est renchérir le coût de chaque emploi existant et rendre chaque embauche future plus risquée. C’est fragiliser les PME, pénaliser les secteurs à faible marge, dissuader l’embauche et condamner de nombreux secteurs à des arbitrages impossibles.

La conséquence est connue, mécanique :

– des projets annulés,

– des embauches repoussées,

– des entreprises fragilisées, parfois condamnées,

Certains élus jouent un rôle d’étouffement de l’économie de la Martinique.

 

Et qu’on ne s’y trompe pas : ce ne sont pas « les entreprises » qui paieront seules.

Ce sont les salariés, à travers des augmentations différées, des primes gelées, des recrutements annulés.

Ce sont les consommateurs, à travers des prix qui finiront mécaniquement par augmenter.

Ce sont les taxes et les impôts, à travers des faillites silencieuses et une perte d’activité durable.

Face à ce constat, le monde économique martiniquais ne réclame pas l’impunité fiscale. Il réclame de la cohérence et du réalisme. Il demande à la CTM de sortir d’une logique où l’entreprise serait l’éternel réservoir à taxes. Réservoir qui s’épuise.

 

Cette mobilisation collective n’est pas un acte de défiance. C’est un cri d’alarme.

Un appel à stopper une fuite en avant fiscale insoutenable pour les salariés, injuste pour les consommateurs et mortelle pour les entreprises.

Lorsque toute l’économie d’un territoire parle d’une seule voix, ce n’est pas un hasard. C’est que le seuil de tolérance est dépassé !

 

L’heure serait-elle à la prise de conscience d’une responsabilité collective face à la survie et à l’avenir de la Martinique ? Cette union sacrée et d’autant plus nécessaire que le monde économique fait face, non à un front mais à trois fronts hostiles.

 

Une hostilité locale donc, avec des décisions portées par la CTM, prises sans étude d’impact sérieuse et dans une logique de méfiance systématique à l’égard de l’entreprise.

Un front hostile au niveau national ensuite, avec un projet de loi sur la vie chère réclamé par le gouvernement et le président de la République, fondé sur la suspicion envers le monde économique, la méconnaissance du fonctionnement réel de l’économie et une tentation démagogique.

Cette loi ne fera que renchérir les prix dans le caddie de la ménagère, alors qu’il eût fallu une grande loi d’adaptation du droit national et européen aux territoires ultra-marins et de relance économique pour les Outre- mer. La loi cadre Moutchou annoncée par la ministre pour la fin d’année ?

Le monde économique martiniquais, qui souffre encore des conséquences de l’insurrection populiste de l’automne 2024, devrait faire preuve de la même unité contre cette loi socialiste sur la vie chère étrangement votée par un Sénat de droite et qui arrive bientôt à l’Assemblée nationale. Naïma Moutchou a clairement annoncé qu’elle souhaitait revoir la copie du Sénat. A vos amendements, Mesdames, Messieurs les milieux économiques !

 

Front insurrectionnel et indépendantiste enfin, porté par des mouvements de déstabilisation hostiles à la France, à l’entreprise, à l’initiative privée et à l’économie de marché, prônant des alignements artificiels de prix entre l’Outre-mer et l’Hexagone, sans aucune considération pour les contraintes structurelles, logistiques et économiques propres aux territoires ultramarins.

 

Les politiques locaux et nationaux portent une grande responsabilité cette démagogie anti-économique.

Si les entreprises sont devenues une cible permanente, ce n’est pas par volonté affichée de les faire disparaître, même si c’en est l’issue. C’est la conséquence de logiques bien installées dans le monde politique local et national :

ils ne veulent pas réduire la dépense publique,

ils ne peuvent pas ponctionner davantage les citoyens sans risquer la sanction électorale,

ils ne savent pas réformer, ni mieux gérer, ni construire une vision économique de long terme.

Assoiffés d’argent privé, ils se tournent alors vers l’entreprise. Le profit est suspecté, l’activité économique criminalisée, et les ressources indispensables à l’investissement, à l’innovation et à l’emploi sont réquisitionnées pour alimenter une dépense publique inefficace. Ce mécanisme détruit l’économie productive et condamne l’avenir des Martiniquais.

Cette union du monde économique est le signe d’un territoire arrivé à un point de rupture. Espérons enfin qu’elle aidera à la prise de conscience collective parmi les politiques et les citoyens martiniquais : aucun redressement n’est possible sans entreprises solides, sans emploi, sans investissement, sans production locale.

Cette union doit durer. Elle doit s’élargir. Elle doit devenir une force de propositions et de reconstruction. Car redresser une île en déclin, remettre en marche le développement économique de la Martinique, recréer de l’espoir et de l’activité n’est pas une option.

C’est désormais une nécessité vitale.

 

Michel Taube

Directeur de la publication