Monde / World
France /
12H58 - lundi 9 octobre 2017

Avec le capitaine Macron, les Français vont atterrir ! La tribune de Jean-Philippe de Garate

lundi 9 octobre 2017 - 12H58

Personne ne connaît Emmanuel Macron. Personne ! Encore jeune, présentant bien, produisant les visas d’un passeport conforme – Sciences-Po, ENA, inspection des finances, expérience concluante avec la bonne banque, etc.-, le président tient le poste, raide et adapté face à Merkel, Donald et Poutine, et se trouve là, des Chantiers navals de Saint-Nazaire à Whirlpool en passant par le salon aéronautique du Bourget, où la France se bouge. Le gendre idéal.

Après Forrest Gump, film mettant en scène Tom Hanks « en marche », Macron attire derrière lui une masse indistincte de Français en réalité perdus. En cela, il s’avère l’héritier au sens notarial de Hollande, qu’il a subi comme membre du PS (2006-2009), secrétaire général de l’Elysée (2012-14), ministre des finances (2014-2016) avec les brillants résultats que l’on sait : Hollande, ce « capitaine de pédalo » dont Macron recueille les naufragés, ces survivants qui s’ignorent. L’homme solide ! Pas un père, mais le grand frère sérieux.

Personne ne connaît Emmanuel Macron mais tentons tout de même de décrypter le personnage.

Tout d’abord, on a risqué la comparaison avec Valéry Giscard d’Estaing, européen et centriste comme lui, dit-on, mais Macron n’a pas commis la même erreur initiale. Lui qui, selon l’expression de François Hollande, l’avait « trahi avec méthode », s’est bien gardé de conserver après les législatives son faiseur de roi : Bayrou est retourné en Béarn et peine, c’est un euphémisme, à retrouver une place sur la scène nationale. Exit !

Constatons une première donnée : notre présidentiel picard n’est pas un provincial enferré dans le temps immobile. Dans une assemblée éclatée comme le pays, 40 députés perdus ici, ce sont 40-50 reconquis là. Nommez-les constructifs, be positive ! Las Vegas better than Pau !… Uber partout ! Vite !

Ensuite, bien sûr, les choses ne se présentent pas ainsi : la morale, la morale ! Mais au fait, quelle morale ? Celle, on a bien compris, de l’instant : l’odieux crime des assistants parlementaires, le syndrome létal de Pénélope, l’enfer de Fillon… dont tous les juristes sérieux savent qu’il n’en restera rien. Tandis que le cabinet noir se blanchit au soleil, ce qui n’est pas donné à tout le monde… une fois son contrat rempli, le calendrier maîtrisé, et Fillon expédié.

En juin Bayrou. D’autres demain. Mais pour autant, c’est, dirait Flaubert, « de la grande estouffade » que de penser que ces menus incidents permettront de masquer longtemps les vrais raids, d’une toute autre ampleur, programmés dans l’industrie, la finance transnationale, le patrimoine des Français, leurs revenus, leurs retraites, leur épargne… une vie programmée plus rude.

Car constatons une autre donnée : Macron paraît programmé. Sa biographie en témoigne : à la vitesse, il ajoute le programme. Presque japonais, lui et ceux qui le remontent, ne connaissent pas le retard. Tout obstacle est tourné, et vite.

Troisième élément du tableau : la morale, toujours la morale, doit diriger le pays. Sauf que… je peux en témoigner, dans la circonscription dans laquelle je vote, la désormais députée est totalement inconnue… elle aussi. Jamais vue dans aucune manifestation publique. D’autres électeurs ont découvert que la société civile se trouvait désormais resserrée dans les ghettos bobos et pour m’en tenir à mon exemple, un prof salarié et citadin succède à un médecin généraliste, mais expert et sachant sortir de la ville. C’est ça, l’adéquation, la morale ? La seule morale de l’histoire, finalement, c’est l’abstention ! Pas celle de la rue, qui se vérifiera en négatif, l’abstention, c’est le rejet, la colère voire la haine du plus grand nombre. Il suffit d’écouter et d’entendre…

Constatons cette autre donnée : Macron a généré une assemblée représentant moins de 20% des inscrits qui, désormais, sous la direction de Ferrand Richard, sera là pour cautionner… ce qui suit.

Alors, Macron, Disraeli (1804-1881) ? Celui-ci aussi avait pour compagne une femme mature, et pour seule ligne d’horizon un royaume solide pour sa reine -Victoria… et l’empire aux Indes ?

Je suis convaincu d’une chose, et d’une seule : une lecture personnelle de la Constitution sera faite par l’impétrant. Les Français ignorent ses intentions profondes, par-delà l’annonce de décisions drastiques prises par ordonnances. Comment savoir ? Comment connaître le président ? Certaines de ses citations demeurent. Telle celle aux termes de laquelle les Français n’auraient pas voulu la mort de Louis XVI… Certes pas le sujet d’actualité brûlante pour six millions de chômeurs, des milliers d’entreprises laissées à leur sort, neuf millions de pauvres…

Mais pour autant : le roi Bourbon a t-il succombé à la goutte, une indigestion peut-être ? Avons-nous rêvé ? Macron a t-il été membre du parti socialiste, après Guy Mollet et ses successeurs posant devant la statue de Robespierre dans leur bonne ville d’Arras ? Le président peut se faire fort d’études de philo pour gommer cette donnée basique, forcément gênante : en France, on ne sort du pouvoir suprême qu’à l’horizontale. Vous voulez des exemples… La liste du trio des présidents survivants… plus pathétiques que ceux qui ont quitté ce monde ?

On est un peu loin de Louis XVI mais pourtant…  Le bras de fer pour un pouvoir vertical n’est pas gagné, avec les réseaux sociaux, et un groupe parlementaire LREM qui tôt ou tard, sera fissuré, voire éclaté, retournant à ses réseaux.. horizontaux.

Quatrième donnée : membre en son temps du gouvernement Valls, notre président connaît le 49.3. Que les députés LREM profitent de leur bonheur de jeunes élus ! L’épisode Bayrou l’a démontré : la verticale du pouvoir imprimera ce quinquennat, même s’il va jusqu’au bout.

Cinquième donnée : les gages données par le président à droite, du Puy-du-Fou à Orléans, les références redondantes à la morale ne peuvent masquer ce qu’il faut bien appeler le vide abyssal du projet présidentiel en matière judiciaire, domaine qu’on croyait pourtant utile à la morale. Et d’une actualité marquée jour après jour par les mots magiques : enquête préliminaire, mise en examen, diffamation, liberté de circuler d’un clandestin aux 7 identités avant qu’il se mue en assassin… Comme si la justice française existait en tant que telle, était indépendante…

Divers médias mentionnaient récemment des questions aussi pressantes que les 70.000 prisonniers entassés et pire, 700.000 personnes âgées maintenues contre leur gré dans ce qu’un Défenseur des Droits a qualifié, avec d’autres, lieux de détention. Vous avez la réponse ? En cinq mois de présidence, qu’a fait Hollande II ? Pardon, quelle est la réponse ?

C’est donc la cinquième donnée : CDI, Code du travail, CSG, etc. Tout ce que l’on sait du programme Macron passera. Mais la France réelle, les êtres vivants, hommes femmes, pas riches… non solvables… Oui, ou non, auront-ils encore droit à la vie dans cet espace ? Ou le capitaine larguera t-il le matériel humain inutile pour permettre l’atterrissage ?

Enfin, mais surtout, mais d’abord : quand notre pays retrouvera t-il une politique ? Où est la France  dans les débats du monde réel ? Où parle t-on français hors de l’Afrique de l’Ouest… Limitons-nous pour finir à une question : Les assistants parlementaires, oui, oui, c’est très mal ! Allez, notez même : c’est affreux, ignoble ! OK ! Mais la tontine, le prêt sans intérêt, sans papier, sans traduction, la mainmise de secteurs entiers de notre économie par des communautés dont personne ne dit jamais rien… Les bars tabacs, merceries, grossistes alimentaires, métaux non ferreux, certaines banques, non ? Des lieux de rencontres, renseignement, toujours non ?  Vous allez envoyer la task force présidentielle au PMU ? Mais parle t-elle, votre task force… parle t-elle la langue adaptée ? Quand reviendra t-on au réel, mais aussi, aux ambitions ?

Macron est président, c’est entendu. Cet homme programmé doit être combattu avec la même ardeur qu’il a déployée pour continuer le programme. D’atterrissage forcé.

 

Jean-Philippe de Garate


Avocat pendant dix ans, puis magistrat durant vingt ans, Jean-Philippe de Garate a publié en 2016 un « Manuel de survie en milieu judiciaire » (Editions Fortuna) après une biographie de Couve de Murville (2007). Opinion Internationale a publié en juin 2017 un entretien avec l’auteur.


Les points de vue de chroniqueurs et contributeurs publiés par Opinion Internationale n’engagent pas la Rédaction.