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09H44 - vendredi 2 juin 2017

Mr Trump, we’ll do it without you ! L’édito de Michel Taube

vendredi 2 juin 2017 - 09H44

La décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat clarifie définitivement la nature du nouvel hôte de la Maison Blanche : Trump est un idéologue, un isolationniste, un protectionniste qui voit le reste du monde comme un concurrent (voire un rival, parfois un ennemi) de l’Amérique.

Trump n’a pas plus entendu les appels des six autres membres du G7 que ceux de la société civile, comme notre Appel lancé en novembre 2016 lors de la COP22 à Marrakech organisée par le Maroc, lui demandant de rester dans l’Accord de Paris. Avec cette décision, c’est tout le système multilatéral et onusien qui devra désormais fonctionner sans les Etats-Unis… Le temps de la présence de Trump à la Maison Blanche.

Ce matin, on n’a plus trop envie de rigoler de ses tweets nocturnes inachevés, de ses poignées de mains herculéennes, de ses gros mots de campagne… Trump doit être pris très au sérieux !

« L’obstructionniste », pour reprendre ses propres termes, c’est Trump lui-même. Espérons que les 146 autres Etats qui ont ratifié l’Accord de Paris, représentant 65,7 % des émissions globales de gaz à effet de serre, seront unanimes pour dire à Trump : non, nous ne renégocierons pas avec vous un Accord dans lequel nous sommes pleinement engagés.

Money, money, money

L’argumentaire employé par le magnat américain est aussi instructif que sa décision de retrait : pour Trump, l’Accord de Paris, comme toutes les affaires de ce bas monde, sont une question de gros sous et uniquement d’intérêts commerciaux. C’est pour cela que Trump a « offert » à l’Arabie saoudite sa première visite étrangère, pour ses 350 milliards de dollars de contrats commerciaux signés à Riyad il y a dix jours. Et c’est pour cette même raison que Trump, occultant complètement les raisons environnementales de l’Accord de Paris, et n’y voyant (et en les refusant donc) que des obligations et des contraintes financières, a décidé de tourner le dos à la communauté internationale.

En termes de business, Trump commet une erreur stratégique majeure : même le géant pétrolier Exxon Mobil (dont nous rappelons que le nouveau Secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, est l’ancien PDG) défendait le maintien des Etats-Unis dans l’Accord climat. Contrairement à ses dires, par son protectionnisme buté, Trump va faire perdre des emplois à l’Amérique.

La décision de Trump, c’est la victoire des obscurantistes, des unilatéralistes et des idéologues qui entourent le président. On sait maintenant à qui s’en tenir !

Les Etats-Unis malgré Trump

Mais Trump n’est pas l’Amérique à lui tout seul. La force des Etats-Unis, c’est que ce n’est pas le président qui décide de tout. La démocratie américaine, c’est le jeu des contre-pouvoirs, des checks and balances : de nombreux Etats fédérés, des centaines d’universités et de laboratoires de recherche, des milliers d’entreprises et d’associations, des millions de citoyens américains vont contourner la décision de Trump et s’engager pleinement dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Je ne serais pas étonné que des recours en annulation soient introduits par des parlementaires et des citoyens américains contre la décision de Trump, comme il en fut de même lorsqu’il décida d’interdire l’octroi de visas aux ressortissants de six pays musulmans.

Les Etats-Unis représentent, selon les Nation unies, 17,89% des émissions de gaz à effet de serre de la planète : leur retrait, contre-balancé par les actions que mèneront ces défenseurs américains du climat, atténuera donc l’effet anti-climat de la décision de Trump.

Merkel, mieux que Macron, a cerné qui est Trump

Enfin, petit commentaire franco-européen : la décision de Trump est aussi un revers pour Emmanuel Macron. Hier soir, le président français a eu beau s’adresser en anglais au peuple américain (pour inviter les entreprises et les chercheurs engagés dans les énergies renouvelables à venir s’installer en France), il a été bien présomptueux, – naïf même ? -, la semaine dernière à Bruxelles, en sortant de sa rencontre avec Trump, puis en marge des Sommets de l’OTAN et du G7 en Sicile, d’invoquer le soi-disant pragmatisme du président américain pour espérer qu’il déciderait de rester dans l’Accord de Paris. Petit péché d’orgueil jupitérien…

Angela Merkel, plus intuitive et expérimentée, avait vu juste en condamnant, elle, très fermement, ce que Trump allait annoncer quelques jours plus tard. En fait, à la seconde où Trump annonça la semaine dernière qu’il reportait sa décision, l’affaire était pliée : s’il avait décidé de rester dans l’Accord de Paris, Trump l’aurait certainement dit voire annoncé publiquement au G7.

L’heure est grave, Trump tourne le dos au monde et à la planète qui brûle de plus en plus.

Mais, soyez en sûr, Mr Trump,  we’ll do it without you !

Michel Taube

Ecoutez le discours de Donald Trump : https://youtu.be/x_biubuF2GE

Directeur de la publication

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