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19H57 - vendredi 6 mai 2016

Chronique des libertés – 6 mai 2016

vendredi 6 mai 2016 - 19H57

Une jeune réfugiée somalienne s’immole. Un ministre australien accuse les défenseurs des réfugiés.

Crédit photo : Adam J. W. C., Wikimedia Commons

Crédit photo : Adam J. W. C., Wikimedia Commons

Lundi dernier, sur l’île de Nauru où se trouve un camp de réfugiés australien, d’Hodan Yasin, une jeune Somalienne tentait de se suicider. Il s’agit du deuxième cas du genre en quelques jours. Depuis son transfert à l’hôpital de Brisbane, elle se trouve entre la vie et la mort. Il y a peu, déjà, Omid Masoumali, un réfugié iranien, était mort faute de soins après huit heures d’agonie. L’affaire a soulevé des questions sur l’aide médicale prodiguée aux réfugiés. L’hôpital où l’homme a été accueilli manquait du matériel médical le plus basique, selon Ian Rintoul, porte-parole du Conseil des réfugiés d’Australie.

De son côté, Peter Dutton, ministre australien de l’Immigration et de la Citoyenneté accuse les défenseurs des réfugiés de les encourager à s’immoler en signe de protestation. Selon lui, les humanitaires « font miroiter que de tels comportements auront une incidence sur leur condition ». Il a réaffirmé que la politique migratoire stricte de l’Australie ne changerait pas. En conséquence, de nombreuses voix se sont levées pour appeler à fermer le camp de Nauru tout comme va l’être celui de l’île de Manus.

 

Un premier lauréat pour le prix Martine Anstett

Crédit photo : Elbuenminero, Wikimedia Commons

Crédit photo : Elbuenminero, Wikimedia Commons

Le 29 avril 2015, le monde perdait une grande défenseuse des droits humains en la personne de Martine Anstett emportée en quelques jours par la maladie. Elle avait dédié sa vie à se battre contre l’injustice sous toutes ses formes. Engagée, dans un premier temps, auprès de l’Association pour la prévention de la torture, elle avait ensuite travaillé pour le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies. Elle avait également été la porte-parole française d’Amnesty International avant d’intégrer l’Organisation internationale de la francophonie en tant que sous-directrice à la direction de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme.

Souhaitant perpétrer son action, ses proches ont créé un prix portant son nom qui récompensera les défenseurs des droits humains où qu’ils soient. Un an exactement après son décès, le prix a récompensé pour la première fois le journaliste péruvien César Estrada. Ce dernier dénonce au péril de sa vie les expulsions des populations indigènes de la région de Cajamarca, au profit des compagnies minières. L’homme subit depuis plusieurs années divers menaces de mort et des campagnes de diffamation. Il a été en septembre dernier victime d’une tentative d’assassinat.

 

Le prix de la liberté de la presse remis à Khadija Ismayilova

Crédit photo : Olga Anatolevna Zaharova, Wikimedia Commons

Crédit photo : Olga Anatolevna Zaharova, Wikimedia Commons

La journaliste azerbaïdjanaise, enfermée depuis le 5 décembre 2014 dans son pays, vient de recevoir ce 3 mai le prix Guillermo Cano de la Liberté de la presse, décerné par l’Unesco. Arrêtée pour avoir révélé la corruption des autorités d’Azerbaïdjan, elle est accusée d’« incitation au suicide ». Cette charge, retenue contre elle, justifierait son enfermement. En 2012, Khadija avait été victime d’un chantage visant à la contraindre au silence. L’objet du chantage : une sextape filmée à son insu. Ayant publiquement refusé de céder, la vidéo avait été diffusée sur Internet.

À travers cette récompense, c’est le sort de tous les opposants au régime qui est mis en lumière. En effet, de nombreux journalistes et personnalités publiques sont retenus par le gouvernement sur de fausses allégations. L’avocat des droits humains Intigam Aliyev a été relâché le 28 mars dernier après un an et demi d’emprisonnement.

 

 

Une trentaine de prisonniers retenus dans le Soudan du Sud

2000px-Flag_of_South_Sudan.svgAmnesty International appelle à la libération de 33 détenus au Soudan du Sud qui vivent dans des conditions jugées inhumaines par le Service de sécurité national (NSS). Après avoir été arrêtés et emprisonnés de façon arbitraire, il leur est interdit de défendre leurs droits devant un juge. Selon Nyagoh Tut, représentante au Soudan du Sud d’Amnesty, ils sont également sous-alimentés et battus lors d’interrogatoires ou en guise de punition.

Deux de ces prisonniers, Leonzio Angole Onek, un universitaire, et Joseph Bangasi Bakosoro, l’ancien gouverneur de l’État d’Équatoria-Occidental, retenus arbitrairement depuis décembre dernier, ont été relâchés la semaine dernière. Ils ignorent encore pourquoi ils ont été arrêtés.

 

Burkina-Faso, hommage aux femmes

Crédit photo : DFID - UK Department for International Development, Wikimedia Commons

Crédit photo : DFID – UK Department for International Development, Wikimedia Commons

À Ouagadougou, une exposition de photos met en lumière le combat de douze Burkinaises. L’objectif est de montrer les différentes exactions que subissent les femmes du pays. On les empêche notamment de disposer de leur corps à leur gré. Ces douze portraits de victimes ou militantes, anonymes (généralement pour des raisons de sécurité) ou non, témoignent de la réalité difficile, parfois violente, à laquelle elles sont exposées.

L’exposition regroupe le travail de trois photographes : Sophie Garcia, Nick Loomis et Leila Alaoui. Cette dernière faisait partie avec son chauffeur des victimes de l’attentat du 15 janvier dernier à Ouagadougou. C’est donc également l’occasion de lui rendre hommage. Les organisateurs espèrent pouvoir faire circuler l’exposition, tout d’abord à Dakar, puis en Europe, afin d’alerter l’opinion internationale sur les conditions des Burkinaises.

 

Le Groupe consultatif sur les droits de l’homme accuse la Minuk d’empoisonnement

Crédit photo : Anglos, Wikimedia Commons

Crédit photo : Anglos, Wikimedia Commons

Cette autorité créée par le Kosovo pour juger des actions conjointes de la Mission internationale des Nations unies au Kosovo (Minuk) et de la KFOR (Kosovo Force) a reçu une plainte de plusieurs des 600 Roms internés dans des camps sous autorité internationale. Ces derniers reprochaient aux Nations unies d’avoir placé ces camps dans des régions où l’eau contaminée a provoqué chez eux des empoisonnements au plomb. Le Groupe consultatif estime que ces conditions de relocation constituent un viol de la Convention européenne des droits de l’homme par la Minuk. Il l’appelle à reconnaître publiquement cette erreur et à verser des compensations aux victimes ainsi qu’à promouvoir la défense des droits humains des Roms. Dianne Post, l’une de leurs avocats dans l’affaire, demande également à ce que les Nations unies s’assurent à l’avenir qu’en plus de mettre en vigueur les droits humains, elles les respectent. Selon elle, durant les dix ans que les Roms ont passés sur les sites contaminés, une génération entière d’enfants a été perdue. L’empoisonnement au plomb peut causer de graves dommages, même à petite dose et cause des problèmes cognitifs, abdominaux et des pertes d’audition, particulièrement les enfants. Chez les femmes, il provoque également des fausses couches.