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22H43 - jeudi 16 octobre 2014

Le Maroc contemporain : « l’art marocain se produit dans la subtilité et la finesse »

jeudi 16 octobre 2014 - 22H43

MadrasFez-smallAlors qu’au Louvre l’exposition le Maroc médiéval célèbre un Maroc patrimonial et historique, le Maroc contemporain à l’Institut du Monde Arabe (IMA) témoigne, elle, de la vitalité de la création artistique et de l’effervescence intellectuelle du Maroc d’aujourd’hui.

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Jean-Hubert Martin, commissaire général de l’exposition de l’IMA nous dévoile le goût du Maroc pour la diversité des influences artistiques et culturelles.
 

Comment définiriez-vous l’art contemporain au Maroc aujourd’hui ?

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Farid Belkahia, Aube II (©Farid Belkahia)

L’exposition exprime au fond l’effervescence et la diversité de la scène marocaine. Diversité tout d’abord : elle est au fondement du Royaume marocain, avec ses origines culturelles, berbères, arabes, juives et d’autres encore bien plus anciennes.  

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Technologia – Mounir Fatmi

Effervescence ensuite parce que le monde bouge, des révolutions culturelles importantes, celle du numérique avec l’arrivée d’internet et le printemps arabe en 2011 bien évidemment. Même s’il n’y pas eu à proprement parler un printemps arabe au Maroc, il y a eu de très importants mouvements de la jeunesse. La répercussion a été immédiate sur l’activité artistique et l’exposition rend compte de manière évidente de cette effervescence.


Concrètement, comment cette effervescence que l’on pourrait qualifier de politique s’est-elle traduite dans l’art marocain ? Quelles œuvres ont particulièrement incarné ce bouillonnement ?

Un grand nombre de questions sociales et politiques sont soulevées. Je pense en particulier à l’apparition du corps dans l’art marocain. Le corps fait en quelque sorte résurgence, très souvent dans les œuvres de femmes artistes d’ailleurs. Certaines œuvres questionnent les croyances, d’autres directement l’Islam, et enfin certaines sont clairement à caractère politique.

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namorphose XII, André Elbaz, 2008, © André Elbaz

Le Maroc est perçu comme un pays paisible, on parle notamment de la « douceur marocaine ». La retrouve-t-on dans cette exposition ?

Oui, il y a un « art de vivre marocain » que nous avons voulu absolument matérialiser dans le choix que nous avons fait des artistes et des œuvres. Nous voulions montrer cette facette là aussi et ne pas montrer que des jeunes artistes qui questionnent et remettent en cause la société.

C’est d’ailleurs pour incarner cet art de vivre que nous avons « ponctué » l’exposition de salons. Ces espaces sont meublés par du mobilier conçu par des designers marocains et décorés avec de l’artisanat marocain et dont on connaît l’importance économique pour le Maroc.

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Mains – Touhami Ennadre

L’artisanat marocain évolue constamment. Il est l’héritier d’une tradition vivante qui puise dans ses racines historiques en se mettant sans cesse en adéquation avec la modernité, avec les nouveaux besoins et manières de vivre qui l’accompagnent. 
 

Y-a-t-il des artistes contemporains qui ont un rayonnement international sur le marché de l’art contemporain ?

Oui, nous ne nous sommes pas contentés des artistes qui vivent au Maroc. Ceux qui ont le plus grand rayonnement dans le domaine de l’art contemporain, ce sont en général ceux qui ont un pied en Europe ou aux Etats-Unis. Nous avons, parmi d’autres et pour ne parler que des plus jeunes, Mounir Fatmi, Mohamed Elbaz ou encore Touhami Ennadre qui ont un pied de chaque côté de la Méditerranée.

Je pourrais aussi citer Farid Belkahia qui fait partie des grands artistes marocains connus en France et en Europe et qui vient malheureusement de décéder.


A l’occasion de l’ouverture de cette exposition et de celle du Louvre, y a-t-il un message politique en résonance particulière avec l’actualité et la montée d’un islam radical ?

Je n’aime pas parler de message politique pour les expositions. Je me méfie beaucoup de ce genre de vocabulaire. Mais, bien sûr qu’il y a un message porté par cette exposition qui montre un Maroc dans lequel il existe une réelle liberté d’expression – on le constate à travers les œuvres qui sont présentées ici.

Mais finalement, au cours des pérégrinations que j’ai effectuées au Maroc, j’observe qu’il y a relativement peu d’œuvres provocatrices, en comparaison par exemple avec la Russie où il existe une veine très provocatrice à l’égard du régime en place. Ce n’est pas tellement le cas du Maroc. Tout en abordant des problèmes de fond, on découvre plutôt dans l’art marocain des œuvres dont l’expression se fait dans la subtilité et la finesse. Malgré ses propres difficultés et ses propres paradoxes, la société marocaine évolue relativement paisiblement.  

Propos recueillis par Michel Taube et Cécile Michiardi

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