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22H44 - jeudi 16 octobre 2014

Le Maroc médiéval : « Nous avons construit cet âge d’or ensemble, musulmans, chrétiens et juifs »

jeudi 16 octobre 2014 - 22H44

MadrasFez-smallLe musée du Louvre ouvre ses portes à une grande exposition sur Le Maroc médiéval. Le Maroc patrimonial et historique ici exposé met en relief un véritable siècle des Lumières, fait de dialogue et de tolérance.

Issue d’une coopération franco-marocaine, cette exposition est conjointement organisée par le musée du Louvre et la Fondation nationale des musées marocains. Les deux commissaires générales qui répondent à nos questions sur cette période exceptionnelle sont ainsi marocaines et françaises. Bahija Simou, est directrice des Archives Royales du Royaume du Maroc, Yannick Lintz, est directrice de département des Arts de l’Islam au musée du Louvre.

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Pourquoi l’histoire n’a retenu de cette période faste que les croisades et pas l’exemple de cette période de Lumières entre l’Europe et la Méditerranée ? Et quelles Lumières reflètent les 
œuvres exposées ?

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Lustre « cloche » de la mosquée al-Qarawiyyin de Fès, Maroc © Fondation nationale des musées marocains

Yannick Lintz : Le milieu académique occidental est dominé par une forme d’historiographie qui, lorsqu’on parle d’islam, pense Orient et non pas Occident. Pour les historiens, depuis le XIXème siècle, le lieu de confrontation de la chrétienté avec l’islam a « naturellement » été situé en Orient. Peu d’études ont donc été entreprises sur cet « Occident islamique ». Notre exposition rétablit la perspective.

Elle permet aussi aux visiteurs de découvrir les richesses du patrimoine marocain, d’habitude jalousement conservées au Maroc et rarement exposées hors de ses frontières.

Bahija Simou : L’Etat marocain est né indépendamment du califat du Machrek, l’Orient arabe. La sunna, – la pratique de l’islam – celle qui a cours au Maroc, n’est pas celle qu’ont adoptée les musulmans du Machrek. L’Etat marocain s’est construit sur le rite malékite et la doctrine ash’arite qui prônent un islam modéré, un islam qui adapte le temporel à l’intemporel. Cet islam là est à la la source de la spécificité marocaine.

L’écrin que nous exposons au Louvre ne représente qu’une infime partie des documents qui symbolisent cette singularité. Les archives royales contiennent, par exemple, de nombreuses correspondances entres les sultans du Maroc et le Saint Siège, établissant notamment des conventions avec l’Italie, Pise et Gêne en particulier. Certains décrets du sultan exigeaient aussi le respect de ahl al-dhimma, c’est à dire les « gens du livre », chrétiens et juifs autant que musulmans.

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Manuscrit de Moïse Maïmonide, ou « Mishneh Torah ». Sa pensée repose sur l’affirmation de la concordance entre foi et raison.

Nous avons donc construit cet âge d’or ensemble, musulmans, chrétiens et juifs. Cette particularité tient jusqu’à maintenant. Ce sont les mêmes fondements et le même islam qui ont cours au Maroc. Cette exposition du Louvre en est, je crois, une démonstration supplémentaire.


Pourriez-vous, chacune d’entre vous, nous conseiller une œuvre exposée qui incarnerait ce dialogue et cette ouverture ?

Yannick Lintz : Même s’il est difficile de choisir parmi la richesse des œuvres, peut être que le lustre cloche est particulièrement symbolique. Cette cloche chrétienne avec des inscriptions latines prise dans un butin de guerre par les Mérinides a été transformée en lustre dans la mosquée de al-Qarawiyyin à Fès.

Bahija Simou : Je trouve que le manuscrit de Maïmonide est très significatif. Il a été influencé par les commentaires d’Averroès qui a réintroduit Aristote en Europe. Ces commentaires ont été a l’origine de « temps de dialogue » entre chrétiens, juifs et musulmans. Nous souhaitons que ces temps perdurent. 


Vous parlez « d’Occident islamique », pensez-vous que cela pourrait être mal interprété aujourd’hui ?

Bahija Simou : Je n’utilise pas le terme « d’Occident islamique » mais celui « d’Occident musulman » qui n’a rien à voir avec la connotation négative que l’on donne au terme islamique aujourd’hui.

Yannick Lintz : Nous parlons effectivement d’Occident islamique parce que dans l’histoire de l’art musulman, tel qu’il a était enseigné depuis le XIXème, le terme islamique a permis d’élargir le concept par rapport à celui de musulman. Mais au fond, et au-delà des questions de vocabulaire, cette histoire est malheureusement mal connue ici en Occident et reste à découvrir, surtout dans la perspective de comprendre les événements d’aujourd’hui. 

Propos recueillis par Michel Taube et Cécile Michiardi

Renseignements pratiques

Le Maroc médiéval 
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Louvre : du 17 Octobre 2014 au 19 Janvier 2015 

La plupart des œuvres de cette exposition sont présentées pour la première fois. En tout, 84 prêteurs pour 300 œuvres exposées. 120 proviennent du Maroc, les autres de l’ Espagne, du Mali, de la Mauritanie, de Jérusalem et de Tunis. Cette diversité et cette présence symbolique de l’Afrique témoignent du développement d’un axe trop souvent délaissé de la civilisation des arts islamiques. L’exposition représente le foisonnement d’un foyer civilisationnel exceptionnel tant au niveau urbain, culturel, scientifique mais aussi de l’artisanat, des arts du métal ou encore des manuscrits.

 

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