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16H23 - jeudi 6 mars 2014

La bataille pour l’accès au marché iranien a déjà commencé

jeudi 6 mars 2014 - 16H23

Ils en ont parlé jusqu’à la Maison blanche… La visite de 117 entreprises françaises en Iran début février, conduites par le MEDEF, l’organisation patronale française, n’a pas été du goût de tout le monde. Barack Obama l’a fait comprendre à François Hollande lors du déplacement du président français aux Etats-Unis le mois dernier. Ces remous politiques au plus haut niveau occidental soulignent-ils un double-jeu ou un simple-faux départ sur le long chemin de la confiance renouée entre l’Iran et l’Occident ?

Le Président iranien Rohani

Le Président iranien Rohani © Xinhua / Allpix Press

Attention aux faux départs. C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’attitude des pays occidentaux en attendant la levée définitive de l’embargo sur l’Iran. 

Si l’Europe et les Etats-Unis partagent l’objectif d’un Iran dénucléarisé, il en est autrement en ce qui concerne les futurs accords commerciaux. L’objectif de la délégation patronale était de renouer avec les autorités iraniennes en vue de la levée des sanctions économiques qui frappent l’Iran depuis des années. Le plan d’action sur le nucléaire signé le 24 novembre dernier à Genève entre l’Iran et les six grandes puissances (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) est valable pour six mois renouvelables et conditionne la reprise des échanges économiques.

Les récriminations américaines annoncent une lutte acharnée pour (re)conquérir le marché iranien de près de 80 millions d’habitants, qui ont besoin de moderniser une grande partie de leur industrie. Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran, déclarait dans le Parisien, le mois dernier, que « l’Iran est potentiellement un marché énorme, les premières ressources en gaz du monde et les deuxièmes ressources pétrolières du Moyen-Orient, un pays gros comme trois fois la France ». Dans une Europe touchée par la crise économique, le marché iranien se profile comme étant une opportunité à saisir.

Les entreprises françaises l’ont bien compris et avant la délégation du MEDEF, des représentants de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev) se sont rendus à Téhéran du 30 novembre au 2 décembre en marge de la Conférence internationale de l’industrie automobile. Depuis les accords de Genève, les délégations d’industriels européens se succèdent en Iran : Des délégations allemandes et italiennes sont venues en février, une autre emmenée par Jack Straw, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Tony Blair a fait le déplacement en décembre.

Les Américains perçoivent la France comme une menace pour leurs intérêts

Mais, la visite du MEDEF n’a pas franchement plu aux Américains. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain déclarait ainsi juste avant le déplacement du MEDEF en Iran que « si les Français peuvent envoyer des hommes d’affaires là-bas (en Iran), ils ne peuvent pas violer les sanctions. Ils seront punis s’ils le font et ils le savent ». Un avertissement rappelé par le Président Obama lors de la visite d’Etat de François Hollande aux États-Unis le mois dernier. Il faut dire que cette délégation était la plus fournie de toutes. Le Président français a semblé pour sa part vouloir se dédouaner, indiquant que le « président de la République n’était pas le président de l’organisation patronale ». Un détachement qui n’a pas été du goût de Philippe Marini, sénateur de l’Oise et Vice-président du groupe d’amitié France-Iran au Sénat qui regrette « une attitude faible de la part de François Hollande ». Mais, selon Michel Makinsky, chargé d’enseignement à la France Business School de Poitiers et membre de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), auteur de l’économie réelle de l’Iran au delà des chiffres (ed.L’Harmattan), il y a une continuité sur ce dossier entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui ont adopté « un comportement quasi-servile vis-à-vis des Etats-Unis. On constate une absence de stratégie ».

PSA sommé de quitter Téhéran

Pourtant, les Américains, eux, ne se gênent pas pour renouer le contact avec Téhéran et cela même avant que le président Rohani n’entre en fonction. Comme le relevait Le Figaro en octobre dernier, General Motors « s’est même offert une campagne de publicité l’an dernier dans plusieurs journaux iraniens, via un grand cabinet d’avocats internationaux. » D’après un industriel français, cité dans l’article, les Américains « n’en sont plus au simple repérage du marché ». Ils ne feront donc aucun cadeau. Ce que confirme Philippe Marini, « les Américains voudraient être seuls au Moyen-Orient ».

Une peugeot en Iran

Une Peugeot fabriquée dans les usines iraniennes

L’exemple du secteur automobile est intéressant à observer de ce point de vue. PSA et Renault écoulaient jusqu’en 2012 et leur retrait forcé, environ 30 à 40% des 450 000 véhicules vendus chaque année. Cette date correspond à l’entrée de General Motors dans le capital de PSA, alors en grande difficulté. Mais, cet accord stipulait que PSA se retire du marché iranien. Le constructeur américain qui régnait sans partage du temps du Shah et blacklisté depuis la Révolution, comme les autres industriels américains, a donc profité de cette nouvelle donne pour faire fabriquer à nouveau des véhicules en Iran.

La France a des arguments à faire valoir 

Pour ce premier déplacement d’entrepreneurs français en Iran, on comptait parmi les « invités », les plus grosses entreprises françaises parmi lesquelles, les dirigeants d’Alstom, de GDF et de Veolia, L’Oréal ou encore Michelin. De nombreuses PME françaises, trop souvent oubliées, étaient cette fois-ci du voyage.

Michel Makinsky, qui faisait partie de la délégation, souligne que « la France a des arguments à faire valoir. Les entreprises françaises sont performantes dans des secteurs comme l’énergie, l’eau et l’assainissement ou les infrastructures ferroviaires ». Comme le souligne Didier Hédin, président de DAJ consulting, une société de conseil en gestion et président du Club Iran et Turquie qui réunit « les sociétés concernées par le développement des constructeurs automobiles iraniens et français dans le pays », qui faisait également partie de la délégation du MEDEF, « on ne part pas de zéro. Les infrastructures existent, il faut simplement les moderniser. » Il prédit même que « le jour où le pays s’ouvrira au tourisme, on assistera à une déferlante ». Pour l’heure, il est très compliqué de faire des projections sur les secteurs sur lesquels les Iraniens souhaitent mettre l’accent.

Le Congrès américain et le Parlement iranien devront voter la fin définitive des sanctions

En attendant, il faudra faire aboutir les négociations sur le nucléaire. Il n’est en effet pas exclu que cette période transitoire entamée le 20 janvier et qui s’étend jusqu’au 20 juillet avec une levée partielle des sanctions soit prolongée de six mois. Mais, c’est à ce moment-là que le plus dur commencera, car une partie des sanctions contre l’Iran a été votée par le Congrès américain où Barack Obama n’a pas la majorité et doit composer avec l’hostilité de certains parlementaires. Les Américains ont donc tout intérêt à ce que les négociations aboutissent rapidement d’autant qu’avec les élections de mi-mandat prévues à l’automne aux États-Unis, les marges de manœuvre d’Obama pourraient être restreintes.

Du côté iranien, une reprise des échanges économiques serait également la bienvenue. Les usines tournent au ralenti depuis 2012 et l’économie a été fortement impactée par la gestion de l’équipe dirigeante précédente. Malgré la levée partielle des sanctions, aucune entreprise iranienne ne peut pour le moment investir en France par exemple. On se souvient d’une offre de rachat présentée en 2012 pour la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, en Seine-Maritime par Tadbir Energy Development Group, une entreprise iranienne. Mais, l’offre avait été rejetée par Christophe de Margerie, le président de Total, officiellement en raison de l’embargo sur le pétrole iranien, dû aux sanctions internationales. Le 25 novembre dernier, soit le lendemain de l’Accord de Genève, la CGT de Petroplus a appelé le gouvernement à reprendre contact avec Tadbir Energy Group. Sans succès. Pour autant, les Iraniens peuvent faire certaines transactions. Ils ont ainsi acheté environ 600 000 tonnes de blé sur les marchés russes et européen.

Le président Rohani, comme le président Obama doit composer avec des sceptiques au Majlis (Parlement iranien), qui doit également une fois les négociations terminées, approuver la mise en œuvre des Accords de Genève. Hassan Rohani et Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères vont devoir s’employer à convaincre que le renoncement au nucléaire en échange de la levée des sanctions est une option qui sera bénéfique à l’Iran.

En attendant, les négociateurs se retrouveront à Vienne le 17 mars pour poursuivre les négociations. On le comprend bien, la reprise des échanges économiques avec l’Iran est donc un sujet très sensible, tant sur le plan diplomatique que commercial.

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