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08H59 - jeudi 29 août 2013

Les effets pervers sur les droits de l’homme de la politique de l’enfant unique en Chine – Partie 2

jeudi 29 août 2013 - 08H59

La politique de l’enfant unique est une politique fondamentale de la Chine, menée avec efficacité en terme de contrôle de la démographie chinoise. En revanche, en matière de droits de l’homme, cette politique a eu des effets pervers qui ont pour conséquence aujourd’hui un sentiment d’indignation dans la population.

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Appliquer la politique de l’enfant unique entraîne souvent des conflits entre les habitants et les gouvernements locaux. Dans certaines régions rurales de Chine, les gouvernements locaux recourent parfois à la violence quand la situation est complexe et que les habitants sont récalcitrants. En juin 2012, une administration locale a fait avorter de force une femme enceinte de 7 mois, parce qu’elle ne pouvait pas payer une amende de 40,000 yuan (à peu près 5,000 euros) pour avoir un deuxième enfant. La famille de la victime a alors publié une photo sanglante du fœtus mort sur les réseaux sociaux (Weibo, le twitter chinois), ce qui a provoqué un grand scandale dans la société chinoise.

 

Cette histoire n’est pas un cas hors-du-commun, mais a bénéficié d’une audience grâce aux réseaux sociaux. Auparavant, soit les victimes le taisaient par crainte du gouvernement, soit leur plainte en justice était interceptée par une administration intermédiaire.

 

Des avortements sélectifs

 

Avec le recul, on constate que la politique de l’enfant unique a fait naître un grand nombre de problèmes sociétaux.

L’une des conséquences dérivées de la politique de l’enfant unique a été un grand nombre d’avortements. Malgré les lois sur la parité homme-femme en Chine, la préférence pour avoir un garçon est toujours forte. Les parents utilisent l’échographie pour connaître le sexe du fœtus et recourent à l’avortement si l’enfant s’avère être une fille. Ainsi, ils ont une deuxième opportunité d’avoir un garçon. Selon les statistiques de l’ONU, la détermination du sexe fœtal à l’échographie a « tué » 117 millions de femmes en Asie, ce problème étant exacerbé en Chine à cause de cette politique.

 

Des populations vulnérables

 

Suivant cette politique, seul le premier-né peut s’inscrire à l’état civil. Les autres, les enfants « clandestins » n’ont accès ni à l’éducation ni à la protection sociale, et n’ont même pas le droit de travailler de manière légale. La plupart d’entre eux restent donc dans la région où ils sont nés et travaillent dans les champs ou dans de petits ateliers, afin d’éviter les formalités administratives. Mais pour ceux qui cherchent un développement personnel dans les villes, ils se retrouvent dans une situation de « sans-papier » avec tous les inconvénients que cela comporte.

 

Un autre groupe de personnes vulnérables a vu le jour, celui des personnes âgées ayant perdu leur unique enfant. Elles sont physiquement et psychologiquement fragiles à cause de l’effondrement de leur cellule familiale. Aujourd’hui, on compte plus d’un million de familles dans ce cas en Chine. Selon les statistiques de la CCPPC (Conférence consultative politique du peuple chinois), 60% des familles qui ont perdu leur unique enfant souffrent de grave dépression, tandis que 50% ont pensé au suicide. Jusqu’à maintenant, la Chine n’a pas mis en place de protection sociale supplémentaire pour ces familles, dans la mesure où l’enfant unique est censé subvenir aux besoins de ses parents.

 

Néanmoins, l’application de cette politique est aujourd’hui mieux acceptée, car la jeune génération a plus facilement accès à un niveau d’études supérieures et la Chine est de moins en moins un pays agricole. Mais ses effets secondaires sur les droits de l’homme restent sensibles, et exerceront une influence importante à travers les générations.