Edito
17H15 - mardi 17 février 2026

Adar, le Cheval de Feu et la liberté pour les Iraniens. La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Il est des coïncidences de calendrier qui invitent à lever les yeux du tumulte quotidien. Souvent, les calendriers se croisent comme des clins d’œil du temps — non pour annoncer des certitudes, mais pour inviter à réfléchir.

Cette année, dans le calendrier juif, nous entrons dans le mois d’Adar au moment même où le calendrier chinois célèbre l’année du Cheval de Feu. Certains y verront un hasard. D’autres, une simple curiosité exotique. Je préfère vous proposer une méditation. Deux traditions a priori éloignées, deux imaginaires différents… et pourtant une résonance commune : le mouvement, l’élan, la transformation.

La tradition juive enseigne, dans le Talmud, que « lorsque le mois d’Adar entre, la joie augmente ». Cette joie n’est pas naïveté. Elle n’est ni insouciance ni déni du réel. Elle est un acte volontaire. Une discipline intérieure. Elle consiste à choisir la confiance là où l’on voyait la contrainte, à élargir l’espérance là où dominait la peur.

Adar est le mois de Pourim, la fête d’Esther. Une jeune femme juive devenue reine de Perse qui, au cœur d’un empire, sut conjuguer courage discret et stratégie patiente pour déjouer un décret d’extermination conçu par l’ayatollah de l’époque, Hamman. Pourim ne célèbre pas seulement une survie. Il célèbre une libération politique obtenue par l’intelligence, la détermination et le sens du moment juste.

Or où se situe cette histoire ? En Perse. L’actuel Iran.

Le Cheval de Feu, dans la symbolique chinoise, représente l’énergie, l’audace, le mouvement qui rompt l’inertie. Il est l’élan vital qui refuse l’enfermement. Il brûle les stagnations. Il pousse à l’action.

Si l’on croise ces deux calendriers, le message devient presque pédagogique :
la joie donne la direction, l’élan donne le mouvement.
L’une sans l’autre reste incomplète. Ensemble, elles dessinent une dynamique de transformation.

Et comment ne pas penser aujourd’hui au peuple iranien ?

Depuis des années, des femmes et des hommes courageux défient le joug des ayatollahs, et souhaitent se libérer de la mollahchie. Ils descendent dans la rue pour réclamer ce que nous considérons comme élémentaire : la liberté, la dignité, le droit de choisir sa vie. Ils paient le prix fort. Ils tombent par milliers. Mais ils se relèvent par millions.

L’histoire nous a appris une chose : les régimes fondés sur la peur semblent éternels… jusqu’au jour où ils cessent de l’être. Ces régimes ne tombent jamais en un jour, mais un jour ils s’écroulent…

En 1979, la révolution islamique a confisqué la promesse de modernité de l’Iran. Mais aucune confiscation n’est définitive. La Perse d’Esther n’a pas été figée par le sinistre décret d’Hamman. Elle a vu surgir une force intérieure capable de renverser le cours des choses.

Adar nous enseigne que la joie n’est pas l’oubli du danger, mais la certitude intime que l’histoire n’est jamais écrite d’avance, que le mur n’est pas une fatalité. Le Cheval de Feu nous rappelle que l’énergie collective finit toujours par fissurer les murs les plus épais.

Sommes-nous à l’aube d’une autre coïncidence de calendrier ?
Sommes-nous à la veille d’un moment où l’élan intérieur d’un peuple rencontrera l’opportunité politique ?

Nul ne le sait. Mais nous savons une chose : la liberté ne disparaît jamais totalement. Elle attend son heure.

À l’heure où tant de démocraties doutent, où le populisme prospère sur les peurs, où l’on confond autorité et autoritarisme, cette convergence symbolique nous offre une leçon universelle : la joie est un acte de résistance, et l’élan une responsabilité.

La libération n’est jamais automatique. Elle exige du courage, de la lucidité et une stratégie. Esther ne s’est pas contentée de prier ; elle a agi. Elle a compris le rapport de forces. Elle a choisi le bon moment.

Il en va de même pour les peuples.

Peut-être qu’en ce mois d’Adar, alors que le Cheval de Feu galope dans un autre calendrier, nous pouvons adresser un message simple au peuple iranien : votre histoire n’est pas terminée. Elle est en mouvement.

Et comme le prédisait mon éditeur Michel Taube, la révolution du peuple iranien, forte de la joie de Pourim et de la fougue du cheval de feu, aboutira peut-être d’ici le Nouvel An perse de Norouz (qui signifie la lumière) le 21 mars prochain. Les Iraniens sont-ils en train de faire la Révolution Norouz ?

Adar est le mois de la joie croissante.
Puissions-nous y ajouter la joie des peuples qui se libèrent.

Comme on le dit en hébreu :  חודש אדר טוב ושמח
Hodech Adar tov vé-samea’h (Un bon et joyeux mois de Adar)

En chinois 🔥 祝你火年吉祥如意!
Zhù nǐ Huǒ mǎ nián jíxiáng rúyì ! (Je te souhaite une année du Cheval de Feu pleine de chance et d’harmonie.)

Et en farsi : 🌟 زنده باد ایران آزاد
Zendebād Irān-e āzād
👉  «Vive l’Iran libre »

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers, auteur de « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » (disponible dans la Librairie Opinion Internationale et bientôt dans toutes les bonnes librairies).

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers
Patrick Pilcer, Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers