Edito
16H13 - mercredi 4 février 2026

ONU ou Conseil de la paix : quelle gouvernance mondiale ? La chronique de Michel Scarbonchi

 

ONU ou Conseil de la paix : quelle gouvernance mondiale ? La chronique de Michel Scarbonchi

Depuis 1945, nous avons grandi avec l’idée que la paix et le progrès humain étaient immuable et que les « méchants » perdaient toujours.

Le Président américain a cassé, en un an, l’ordre mondial construit, depuis 80 ans, par ses prédécesseurs. Personnage instinctif, impulsif et imprévisible, il considère que l’apparence est plus importante que la vérité. Il détruit la légitimité des institutions en politique intérieure comme à l’international considérant que seul compte la loi du plus fort.

Il est paradoxal de constater que la démocratie américaine lui a confié le pouvoir, la légitimité et l’immunité judiciaire (des dizaines d’inculpations et près d’une trentaine de condamnations).

Il a fait sienne la phrase d’Alphonse Allais : « au-delà des bornes, il n’y a plus de limites ». Comme le signalait à son propos la soviétologue Françoise Thom, « légocentrisme fait dépérir l’intelligence aussi sûrement que l’inculture ».

Au Forum de Davos, après avoir reculé sur le Groenland et les tarifs douaniers des pays européens face à la détermination de l’Union européenne emmenée par le « dur à cuir » français et le Canada, il a mis en scène une cérémonie pathétique de création d’un « Board of Peacedont il s’est proclamé Président à vie, y a instauré une adhésion à un milliard de dollars cash et il est composé, en l’état, d’une majorité d’autocrates.

N’est-il pas aberrant que Trump ait invité dans son Conseil Poutine alors que l’OTAN et l’UE le combattent contre son agression de l’Ukraine.

Ce Conseil de la Paix qui devait gérer la reconstruction de Gaza va, en fait,être consacré aux affaires du monde via une « diplomatie business », avec conflits d’intérêts permanents, visant à enrichir le Président et sa famille.

Mais pas que ! Ce Conseil a probablement aussi pour raison d’assurer un « Trump Imperium » durable sur le monde. En effet, le Président américain finira son mandat dans trois ans et sauf modification de la Constitution, il ne sera plus aux affaires officielles. Mais grâce à son Conseil, il prétendra jouer un rôle déterminant dans la vie de la planète…

Que pourra faire l’ONU ? D’abord elle a la légitimité internationale de sa fondation, de ses agences et de ses 193 membres.

Trump veut la concurrencer tant il la déteste. Certes l’ONU est imparfaite dans la gestion des crises. Le monde de 2025 n’est plus celui de 1945. La population mondiale est passé de 2,5 milliards à plus de 8 milliards et le nombre de ses Etats membres a quadruplé.

Mais le principal obstacle à son bon fonctionnement — critique récurrente — dépend d’un défaut d’origine, à savoir l’usage d’un droit de véto au sein du Conseil de sécurité, permettant aux grandes puissances de préserver leurs intérêts et ceux de leurs amis; et, in fine, de se neutraliser, paralysant ainsi l’Institution.

La France a proposé en 2015, avec le Mexique, un projet de modification du Conseil de Sécurité relatif à la suspension du droit de véto dans les cas d’atrocités de masse.

La réforme de l’institution est devenue urgente. Deux axes essentiels pour la fortifier sont proposés : la suppression du droit de véto remplacé par la majorité qualifiée et l’élargissement des membres du Conseil de sécurité.

Comment accepter que deux continents n’y soient toujours pas représentés, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Il est donc temps d’y faire entrer le Nigéria et le Brésil peuplés respectivement de 242 millions et 212 millions d’habitants. Mais aussi, l’Inde, le Japon et l’Allemagne.

Ce nouveau Conseil sera plus à même d’incarner les réalités de notre temps et de tenir tête au « César américain » dont on peut se demander si il restera membre de l’institution onusienne comme de l’OTAN d’ailleurs.

En somme l’ONU, gardienne du droit et de la démocratie face au Conseil pour la Paix, vecteur de force et de désordre du monde.

 

Michel Scarbonchi

Ancien député européen

Ancien député européen