
L’Inde est née libre le 15 août 1947. Mais elle est devenue pleinement souveraine, démocratique et républicaine le 26 janvier 1950, avec l’adoption de sa Constitution. Ce jour-là, sous un salut de 21 coups de canon, le Dr Rajendra Prasad prêtait serment comme premier Président de la République indienne. Le peuple prenait officiellement en main son destin.
Depuis, chaque Republic Day rappelle que la démocratie n’est jamais acquise, qu’elle se construit dans la durée, par les institutions, par le droit, par la responsabilité collective.
En 2026, sur le majestueux Kartavya Path, cette mémoire fondatrice s’est une nouvelle fois incarnée dans un défilé grandiose, où se sont mêlés puissance militaire, diversité culturelle et ambition technologique. Sous les regards du monde, la présidente Droupadi Murmu a hissé le drapeau national au son de l’hymne, rappelant que l’Inde moderne reste fidèle à ses racines.
L’Europe invitée à la fête républicaine
La présence exceptionnelle d’Ursula von der Leyen et d’Antonio Costa, présidents respectifs de la Commission et du Conseil européens, comme invités d’honneur, n’aura pas été un simple geste protocolaire. Elle était un message.
Celui d’un rapprochement stratégique entre deux pôles démocratiques majeurs du XXIᵉ siècle.
L’image de la présidente de la Commission européenne, vêtue d’un kurta doré, avançant en calèche aux côtés de la présidente indienne, restera comme un symbole discret mais fort : celui du respect mutuel entre civilisations.
Le passage du contingent européen dans le défilé, arborant les drapeaux de l’Union et de ses forces navales, a confirmé cette volonté de coopération politique, économique et sécuritaire.
La France joue un rôle moteur dans ce rapprochement entre les deux continents : Emmanuel Macron porte depuis des années une même vision Indo-Pacifique du rayonnement de la France et de l’Europe dans le monde. On se souvient des troupes indiennes défilants sur les Champs-Elysées le 14 juillet 2023. Le président français sera d’ailleurs en Inde en février pour approfondir avec le Premier ministre Narendra Modi l’amitié et les relations stratégiques entre nos deux pays.
Le Sommet UE – Inde qui se tient ces jours-ci participe de cette Europe qui cherche aujourd’hui à se réinventer : plus compétitive, plus souveraine, plus résiliente.
Au Forum de Davos, Ursula von der Leyen a évoqué un possible accord de libre-échange historique, susceptible de créer un marché de près de deux milliards de personnes. Après plus de vingt ans de négociations, ce projet pourrait enfin aboutir. Ses mots ont été clairs : « L’Europe et l’Inde ont choisi le partenariat stratégique, le dialogue et l’ouverture. »
Ce ne serait pas seulement un accord commercial. Ce serait un acte géopolitique majeur, face aux tensions sino-américaines, aux fractures économiques et aux tentations protectionnistes.
L’Inde d’aujourd’hui n’est plus un « pays émergent » en quête de reconnaissance. C’est une puissance structurante, démographique, technologique, diplomatique. Une démocratie du Sud qui parle au monde.
Vande Mataram, démocratie et identité
Cette édition du Republic Day porte une charge symbolique particulière : elle commémorait également les 150 ans de Vande Mataram, chant national et matrice émotionnelle du mouvement indépendantiste.
La démocratie indienne ne s’est pas bâtie dans le vide. Elle s’est nourrie de résistance, mais aussi de poésie, de spiritualité et de culture. Vande Mataram en est l’expression la plus pure : un patriotisme enraciné dans la dignité, non dans la domination.
Les thèmes de cette année — Swatantrata ka Mantra et Samriddhi ka Mantra — résument cette trajectoire : liberté conquise, prospérité recherchée, autonomie assumée. L’Inde veut être souveraine sans être fermée, puissante sans être arrogante, enracinée sans être figée.
Du serment de Rajendra Prasad en 1950 aux ambitions économiques de 2026, le 26 janvier n’est pas qu’un anniversaire mais une promesse de puissance et de respect.
Michel Taube




















