Edito
05H55 - vendredi 13 mars 2026

Jean-Marc Governatori : « l’autonomie alimentaire et énergétique de nos territoires, seule réponse aux mollahs iraniens, à Poutine et à Trump »

 

Jean-Marc Governatori : « l’autonomie alimentaire et énergétique de nos territoires, seule réponse aux mollahs iraniens, à Poutine et à Trump »

Après tant d’avertissements depuis la crise pétrolière de 1973, il est ahurissant de constater une telle impréparation des décideurs politiques locaux et nationaux face à la volatilité des prix des énergies fossiles. Mais cette faute n’est pas incroyable lorsque on constate que un demi-siècle après la French connection, le narco trafic flambe encore, les Français subissent toujours une insécurité des biens et des personnes record (1.000 faits de violence recensés chaque jour en France par le ministère de l’Intérieur), la problématique du logement, l’impasse financière, la crise environnementale… Bref, la compétence et la conscience ne sont pas les attributs des politiques conventionnels.

 

Les faits
La France reste profondément dépendante de l’extérieur pour ses besoins alimentaires et énergétiques.

Sur le plan alimentaire :
•⁠ ⁠La France n’est autosuffisante qu’à environ 85 % pour les produits agricoles de base, mais ce chiffre cache une grande vulnérabilité aux produits stratégiques comme les légumineuses, certaines huiles ou les protéines végétales, majoritairement importées.
•⁠ ⁠Plus de 40 % de nos fruits et légumes proviennent de l’étranger, essentiellement d’Espagne et d’Italie.
•⁠ ⁠Pour certains produits essentiels comme le blé tendre, nous restons dépendants des marchés mondiaux : en cas de guerre ou de crise géopolitique, nos prix et nos disponibilités peuvent s’envoler.

Sur le plan énergétique :
•⁠ ⁠70 % de notre énergie primaire provient encore de sources fossiles importées (pétrole, gaz, charbon), malgré nos promesses de transition.
•⁠ ⁠Nous importons près de 99 % de notre gaz naturel et près de 90 % de notre pétrole, ce qui nous rend vulnérables à toute crise internationale.
•⁠ ⁠L’autosuffisance électrique française est très partielle : l’électricité nucléaire couvre 70 % de notre production, mais elle reste tributaire des approvisionnements en uranium , métaux rares , gourmande en eau et avec des infrastructures vieillissantes.

Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques : ils traduisent une fragilité stratégique majeure. Tant que nous ne maîtriserons pas notre énergie et notre alimentation, nous resterons à la merci des régimes autoritaires et des fluctuations des marchés internationaux, de Téhéran à Moscou, jusqu’aux décisions imprévisibles de Washington.

 

Que faire ?

Face à ces constats, il ne suffit plus de commenter les crises ou de s’indigner. La souveraineté alimentaire doit devenir une priorité stratégique nationale, au même titre que la défense ou l’indépendance énergétique. Plusieurs décisions simples et structurantes peuvent être prises.

1.⁠ ⁠Relocaliser la production alimentaire essentielle
La France doit identifier les productions stratégiques (protéines végétales, fruits, légumes, semences, huiles) et mettre en place un plan national de relocalisation agricole. Aujourd’hui, nous importons une grande partie de nos protéines végétales, notamment le soja destiné à l’alimentation animale. Il est possible de développer massivement la culture de pois, fèves, lentilles, lupin ou soja européen, ce qui réduirait notre dépendance aux importations et améliorerait la fertilité des sols.

Il est indispensable de rappeler que le libre-échange agricole ne peut fonctionner que si les règles du jeu sont identiques pour tous. Tant que les normes environnementales, sanitaires, fiscales et sociales ne sont pas harmonisées à l’échelle européenne, le marché unique reste biaisé et expose nos producteurs à une concurrence déloyale. La souveraineté alimentaire implique donc de préserver des protections et régulations agricoles nationales et européennes avant d’ouvrir totalement les marchés, afin de garantir un libre-échange réellement équitable.

2.⁠ ⁠Sanctuariser les terres agricoles
Chaque année, l’équivalent d’un département français disparaît sous le béton et l’artificialisation. Il est indispensable de protéger les terres agricoles fertiles, en limitant strictement l’urbanisation des sols cultivables et en orientant l’aménagement du territoire vers la densification des villes existantes.

La course au gigantisme et à l’industrialisation massive de l’agriculture nuit à la résilience des territoires, à la qualité des productions et à la biodiversité. Il faut favoriser le développement d’exploitations et de coopérations à taille humaine, encourager les associations de producteurs locaux et les filières territoriales qui permettent à la fois de sécuriser l’approvisionnement, de mieux rémunérer les agriculteurs et de maintenir un lien avec les citoyens.

3.⁠ ⁠Réinstaller massivement des agriculteurs
La France perd des agriculteurs chaque année : près de la moitié des exploitants partiront à la retraite dans les dix ans. Il faut donc faciliter l’installation de nouvelles générations, notamment par l’accès au foncier, des aides à la conversion écologique et des revenus agricoles dignes. Sans agriculteurs, il n’y a pas d’autonomie alimentaire.

4.⁠ ⁠Encourager une agriculture plus autonome en intrants
L’autonomie alimentaire passe aussi par l’autonomie des fermes. Cela signifie réduire la dépendance aux engrais chimiques importés, aux pesticides et aux semences industrielles, en développant l’agroécologie, les rotations de cultures et la production locale de fertilité des sols.

5.⁠ ⁠Développer les circuits courts et territoriaux
Les territoires doivent retrouver une capacité locale de transformation et de distribution alimentaire : abattoirs de proximité, conserveries locales, plateformes logistiques régionales. Réduire les intermédiaires permet de mieux rémunérer les producteurs et de sécuriser l’approvisionnement des populations.

6.⁠ ⁠Réorienter la restauration collective
Les cantines scolaires, hôpitaux et administrations servent plus de trois milliards de repas par an. En imposant une majorité de produits locaux, de saison et issus d’une agriculture durable, l’État peut soutenir directement les producteurs français et structurer des filières alimentaires territoriales.

7.⁠ ⁠Faire de l’alimentation un enjeu stratégique national
Enfin, comme l’énergie ou la défense, l’alimentation doit être considérée comme une question de sécurité nationale. La France doit anticiper les crises climatiques, géopolitiques et économiques en constituant des réserves alimentaires stratégiques et en planifiant la production sur le long terme.

8.⁠ ⁠Réduction de la consommation de viande
La France peut renforcer son autonomie alimentaire en réduisant la dépendance aux protéines animales, qui nécessitent d’importantes quantités de céréales, d’eau et de soja importés. La mise en place d’une option végétarienne quotidienne dans la restauration collective — écoles, administrations, hôpitaux — permettrait de diminuer significativement la consommation de viande tout en sensibilisant la population aux enjeux nutritionnels, environnementaux et stratégiques. Cette mesure contribuerait à la fois à la souveraineté alimentaire et à la réduction de l’empreinte écologique nationale.

 

La France doit aussi engager un plan national d’autonomie énergétique fondé sur trois piliers: sobriété, efficacité et production locale d’énergies issues d’un mix énergétique efficace.

1.⁠ ⁠Réduire la consommation d’énergie avant même d’en produire davantage
La première source d’indépendance énergétique est l’énergie que l’on ne consomme pas. La France doit engager un programme massif d’efficacité énergétique : rénovation des logements, modernisation des bâtiments publics, amélioration des procédés industriels et réduction du gaspillage énergétique. Un objectif réaliste serait de réduire la consommation nationale d’énergie de 30 à 40 % en vingt ans, grâce à l’efficacité et à la sobriété.

2.⁠ ⁠Développer massivement les énergies renouvelables françaises
La France possède des atouts naturels considérables : ensoleillement important dans le sud, potentiel éolien terrestre et maritime, ressources hydrauliques, géothermie et biomasse. L’objectif doit être de multiplier rapidement la production d’électricité renouvelable afin de remplacer progressivement les énergies fossiles dans les transports, le chauffage et l’industrie.

3.⁠ ⁠Investir dans le stockage de l’énergie
Une énergie renouvelable abondante nécessite des solutions de stockage efficaces. Batteries de nouvelle génération, stations de pompage hydraulique, hydrogène produit par électrolyse ou stockage thermique doivent faire l’objet d’un grand programme industriel. La maîtrise du stockage conditionne la capacité à sécuriser un système énergétique largement renouvelable.

4.⁠ ⁠Renforcer la filière industrielle française de l’énergie
L’autonomie énergétique ne peut exister sans autonomie industrielle. La France doit relocaliser la fabrication de technologies stratégiques : panneaux photovoltaïques, batteries, éoliennes, pompes à chaleur… Cela permettrait de créer des emplois tout en réduisant la dépendance aux importations technologiques.

5.⁠ ⁠Diversifier les sources d’énergie bas carbone
La sécurité énergétique repose sur la diversité. La France doit continuer à exploiter ses atouts existants, notamment l’énergie nucléaire, tout en développant parallèlement les renouvelables et la sobriété. Cette complémentarité permet d’assurer une production stable d’électricité tout en réduisant les émissions de carbone.

6.⁠ ⁠Transformer les transports pour sortir de la dépendance pétrolière
Les transports représentent la plus grande dépendance au pétrole importé. La stratégie nationale doit donc privilégier le rail, les transports collectifs, le covoiturage, les mobilités électriques et les carburants alternatifs pour les secteurs difficiles à électrifier comme l’aviation ou le transport maritime.

7.⁠ ⁠Planifier la transition énergétique sur plusieurs décennies
L’énergie est un domaine qui exige de la stabilité et de la vision à long terme. La France doit adopter une planification énergétique claire sur vingt à trente ans, avec des objectifs chiffrés, des investissements publics structurants et une visibilité pour les entreprises.

8.⁠ ⁠Faire de l’énergie un enjeu de souveraineté nationale
Enfin, l’énergie ne peut plus être laissée uniquement aux fluctuations du marché. Elle doit être considérée comme un bien stratégique, essentiel à l’indépendance du pays, à sa compétitivité économique et à la protection du pouvoir d’achat des citoyens.

 

Conclusion

Au fond, la question n’est pas technique, elle est politique et même civilisationnelle. Un pays qui ne peut plus nourrir sa population ni produire l’énergie dont il a besoin n’est plus pleinement souverain. Il devient dépendant des crises internationales, des décisions de puissances étrangères et des soubresauts des marchés mondiaux.

La France possède pourtant des terres agricoles parmi les plus fertiles d’Europe, un potentiel énergétique considérable et des compétences scientifiques et industrielles de premier plan. Rien ne nous condamne à la dépendance. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est ni la technologie ni les ressources : c’est la volonté politique, la pédagogie pour sensibiliser la population et la vision à long terme.

Face aux tensions géopolitiques, aux régimes autoritaires et aux incertitudes internationales — qu’elles viennent de Téhéran, de Moscou ou de Washington — la véritable réponse n’est ni la peur ni la dépendance accrue, mais l’autonomie.

Autonomie de nos champs.
Autonomie de notre énergie.
Autonomie des personnes.
Autonomie de nos territoires.

Car un pays capable de produire sa nourriture et son énergie est un pays qui protège son pouvoir d’achat, renforce son économie locale, crée des emplois durables et retrouve surtout sa liberté de décision.

Autrement dit, la souveraineté française ne se défendra pas seulement dans les sommets diplomatiques ou dans les discours : elle se reconstruira d’abord dans nos campagnes, dans nos entreprises, dans nos territoires, avec les ménages et dans les choix économiques que nous faisons dès aujourd’hui. Le politique peut beaucoup, il peut bien faire, force est de constater qu’il a surtout choisi la communication, le narratif contre l’adversaire avec peu ou pas d’éléments factuels.
Les écologistes centristes montreront la voie.

 

Jean Marc Governatori
Coprésident Écologie au centre
Élu écologiste niçois