
Nostalgie quand tu nous tiens !
Il y a cinquante ans jour pour jour, le football français basculait dans une autre dimension. Le 12 mai 1976, à Glasgow, l’AS Saint-Étienne affrontait le grand FC Bayern Munich en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Toute une nation retenait son souffle devant les fameux poteaux carrés de Hampden Park, devenus depuis une légende nationale autant qu’une blessure collective. Ce soir-là, les Verts perdaient une finale, mais ils offraient à la France quelque chose de bien plus précieux : une foi nouvelle dans son destin footballistique.
Car avant Saint-Étienne, le football français regardait souvent les sommets européens avec admiration, parfois avec complexe. Après Saint-Étienne, plus rien ne fut pareil. Les hommes de Robert Herbin ont transformé un pays entier. Jean-Michel Larqué, Dominique Rocheteau, Dominique Bathenay, Ivan Ćurković et tous les autres ont incarné une France populaire, courageuse, romantique même, capable de faire vaciller les plus grands clubs du continent.
Quatre ans plus tard, un deuxième séisme émotionnel frappait le pays. La demi-finale de la Coupe du monde 1982 entre la France et l’Allemagne de l’Ouest, à Séville, reste sans doute le plus grand drame de l’histoire du sport français. Les Bleus de Michel Platini (le but de Marius Trésor est selon nous le plus beau but de l’histoire du foot, tout en élégance et en audace) se voyaient déjà en finale avant de s’effondrer face à la Mannschaft lors d’une nuit tragique entrée dans la mémoire collective. Là encore, la France perdait. Mais là encore, elle grandissait.
Ces deux défaites furent fondatrices. Elles ont forgé une mentalité. Une obsession même : ne plus jamais échouer au pied du sommet. Le traumatisme fut si puissant que toute une génération d’entraîneurs, de dirigeants et d’éducateurs en tira une détermination féroce. Dans les centres de formation, dans les vestiaires, sur les terrains de province, une phrase revenait sans cesse : « Vous allez réussir ce que nous n’avons pas réussi : atteindre la première marche du podium.». Vous serez champions d’Europe. Vous serez champions du monde.
Et ils l’ont été. En 1998 et en 2018. Emmenés par Aimé Jacquet en France en 1998 et Didier Deschamps en 2018 en Russie.
Les deux étoiles portées aujourd’hui par l’équipe de France trouvent une partie de leur origine dans les larmes de Glasgow et de Séville. La victoire de l’Olympique de Marseille en Ligue des champions en 1993, puis celle du Paris Saint-Germain en 2025, doivent énormément à cette culture de la résilience née des défaites héroïques des années 1970 et 1980. Les grandes nations sportives se construisent souvent dans la douleur avant de régner dans la gloire.
La France des Verts fut une France qui croyait encore aux épopées collectives, aux héros simples, aux maillots trempés de sueur et aux rêves partagés dans les cafés, les usines et les écoles. Une France qui vibrait ensemble. Une France qui découvrait que le football pouvait être une affaire de dignité nationale autant qu’un jeu.
Merci donc aux Verts. Merci à Saint-Étienne. Merci à ceux qui ont appris à la France du football qu’une défaite peut parfois préparer les plus grandes victoires.
Michel Taube



















