Opinion Sport
13H45 - jeudi 4 juin 2026

La filière sport fête ses dix ans et la France accouche d’une véritable industrie du sport. L’édito de Michel Taube

 

La filière sport fête ses dix ans et la France accouche d’une véritable industrie du sport. L'édito de Michel Taube

Pendant trop longtemps, la France a regardé le sport avec un mélange d’admiration et de condescendance. Admiration pour les exploits de ses champions, condescendance pour tout ce qui se cachait derrière les médailles, les stades, les clubs, les entreprises, les bénévoles, les éducateurs et les entrepreneurs. Comme si le sport n’était qu’un spectacle. Comme s’il ne pouvait pas être un levier de puissance nationale.

Les dix ans de la filière sport, célébrés cette semaine au Stade de France, marquent bien davantage qu’un anniversaire. Ils consacrent une révolution silencieuse. Celle qui a fait passer le sport du statut de politique publique sectorielle à celui de véritable filière économique stratégique. Une transformation dont les chiffres donnent le vertige : plus de 150 000 entreprises, plus de 450 000 emplois, plus de 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 2,7 % du PIB national.

Oui, la France devient une nation sportive. Mieux encore : une industrie du sport.

Cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Elle est née d’une intuition politique forte portée dès 2016 par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. À l’époque, peu nombreux étaient ceux qui imaginaient que le sport pouvait devenir un moteur de croissance, d’innovation, d’attractivité et de rayonnement international. Dix ans plus tard, les faits ont donné raison à cette vision.

Mais derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes. Un duo incarne parfaitement, parmi d’autres personnalités, cette nouvelle ambition française.

 

Sarah Ourahmoune et Oliviier Ginon GL Events filière spor

Sarah Ourahmoune et Oliviier Ginon (GL Events); dirigeants de la filière sports

Sarah Ourahmoune d’abord. Ancienne championne de boxe, vice-présidente de la filière sport, elle rappelle avec force que le sport ne se résume jamais à l’économie. Il est aussi un projet humain. Un projet de santé publique, d’inclusion, de cohésion sociale et de transmission. Dans une société fragmentée, parfois tentée par le repli, le sport demeure l’un des rares langages universels capables de rassembler. Son discours a eu le mérite de rappeler que derrière chaque club qui ferme, c’est un morceau de République qui disparaît.

Olivier Ginon ensuite. Le président de GL Events porte depuis des années une conviction simple mais puissante : le sport est une industrie à part entière. Une industrie qui fait travailler l’événementiel, le tourisme, l’hôtellerie, les transports, la construction et les nouvelles technologies. Une industrie qui exporte le savoir-faire français. Une industrie qui contribue au prestige du pays. Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été la démonstration éclatante de cette excellence française que tant d’observateurs étrangers nous envient parfois davantage que nous-mêmes.

Lors de la cérémonie des 10 ans de la filière,  en présence d’Amélie Oudéa-Castera, présidente du CNOSF, de Philippe Diallo, président de la FFF mais aussi du COSMOS, organisation patronale dans le sport, et de tous les partenaires de la filière, Marina Ferrari, ministre des Sports, a assumé avec clarté cette idée qui aurait encore surpris il y a quelques années : oui, il faut parler d’une industrie du sport. Oui, le sport est un secteur économique majeur. Oui, il participe pleinement à la compétitivité de la France. Son intervention a eu le mérite de combattre cette maladie nationale qu’est parfois le dénigrement de soi. Quand un secteur crée des emplois, attire des investissements, rayonne à l’international et améliore la santé de la population, il mérite d’être célébré.

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La Rubrique Sport d’Opinion Internationale

L’héritage de Paris 2024 ne doit pas être celui de la nostalgie mais celui de l’ambition. Les Jeux d’hiver des Alpes françaises en 2030, les grandes compétitions à venir, le développement du sport santé, l’essor du numérique et de l’e-sport, la conquête de nouveaux marchés internationaux : les défis ne manquent pas.

La vraie question est désormais politique. La France veut-elle faire du sport l’un des piliers de sa stratégie de développement pour les décennies à venir ? Veut-elle considérer cette filière comme elle considère l’aéronautique, le luxe, le tourisme ou l’agroalimentaire ? Veut-elle investir davantage dans ses clubs, ses infrastructures, ses entreprises innovantes et ses talents ?

Car au fond, Sarah Ourahmoune a sans doute prononcé la phrase la plus juste de cette soirée anniversaire : le sport n’est pas seulement un secteur économique. Il est un projet de société.

Et si les dix dernières années ont permis de construire une filière, les dix prochaines devront faire émerger une véritable puissance sportive française. Une puissance économique, bien sûr. Mais aussi une puissance humaine. Dans une époque où tant de repères vacillent, le sport demeure l’une des plus belles écoles de la liberté, de l’effort et du collectif. Voilà pourquoi son avenir concerne bien davantage que les sportifs. Il concerne la France tout entière.

Le vivre-ensemble par le sport a tout l’avenir pour lui.

 

Michel Taube

Directeur de la publication