
Énième rebondissement à Washington et au Levant ? Cette nuit, sur son réseau social Truth social, Donald Trump a annoncé « des progrès considérables accomplis en vue d’un accord complet et définitif avec les représentants de l’Iran ». Est-ce de l’esbroufe, une énième diversion ou une vraie volte-face ?
Et Marco Rubio, secrétaire d’Etat, a insisté : désormais les États-Unis sont entrés dans une phase « défensive » et non plus offensive du conflit.
Il y a deux mois, Israël et les États-Unis ont frappé le cœur du régime des mollahs. Infrastructures ciblées, dirigeants éliminés à commencer par le Guide suprême de la Révolution, démonstration de force assumée. L’objectif affiché était limpide : en finir avec un pouvoir théocratique, engagé dans une course nucléaire et exportateur d’une idéologie moyenâgeuse hostile à l’Occident.
Mais deux mois plus tard, à Téhéran la direction militaire et politique du pays a été renouvelée (les Gardiens de la révolution semblent avoir pris le pouvoir sur les mollahs) et l’Iran a trouvé un moyen de chantage : le blocage du détroit d’Ormuz.
Bref Washington s’enlise. Le régime iranien vacille sans tomber. Et dans ce flottement stratégique nous voyons monter une hypothèse : Donald Trump ne chercherait plus à gagner la guerre mais à conclure un grand deal de sortie du conflit avec Téhéran.
Pire une méthode Trump apparaît de plus en plus clairement et elle est d’un cynisme redoutable.
Les précédents de cette méthode Trump sont connus. Au Venezuela, l’intervention américaine n’a pas accouché d’une démocratie retrouvée, mais d’un arrangement énergétique. Maduro a été capturé comme Ali Khamenei a été éliminé en Iran. Mais à Caracas la vice-présidente du régime bolivarien Delcy Rodriguez a été installée au pouvoir en échange d’un accord avec Washington sur l’exploitation des ressources pétrolières du Venezuela. Pendant ce temps, le peuple jouit à peine d’une légère liberté retrouvée et il continue à vivre dans la misère.
En République démocratique du Congo, où l’une des pires guerres civiles ravage le plus grand pays francophone du monde, Donald Trump affirme avoir obtenu la paix avec effectivement la signature en grande pompe d’un accord à Washington entre les protagonistes de cette boucherie. Mais sur le terrain, rien n’a changé : les massacres de civils se poursuivent. En revanche, un second accord a été signé, portant sur l’exploitation des minerais, au bénéfice évident des intérêts américains.
Bref, contrairement aux dires de Donald Trump, en RDC, la paix n’a pas été retrouvée mais des accords juteux favorables aux Etats-Unis ou plutôt aux intérêts de Trump ou de son empire financier ont été signés.
Après le Venezuela et la RDC, l’Iran sera-t-elle le troisième terrain d’expérimentation grandeur nature de cette triste méthode Trump ?
La paix comme produit d’échange ? Le chaos comme levier de négociation ? Avec au passage l’économie mondiale comme otage de cette stratégie cynique ?
Pourquoi l’Iran échapperait-elle à cette logique ?
Dans le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale, tout se joue désormais. Là où transite une part décisive du pétrole, du gaz et des matières premières de la planète, un compromis rassurerait tout le monde : sécuriser les flux, calmer les marchés, rassurer les grandes puissances.
Dans le détroit d’Ormuz, il est à craindre que les Gardiens de la révolution et l’administration américaine ne trouvent donc un compromis cynique : un accord permettant la reprise du trafic maritime, en échange d’un mécanisme implicite de contrôle, voire de rente, sur le passage des navires marchands ou des bateaux de plaisance.
Téhéran et Washington se partageront ils un futur droit de péage sur Ormuz ?
Et en échange ? On ferme déjà les yeux sur le peuple iranien. On ferme les yeux sur un régime affaibli mais toujours en place. On ferme les yeux sur les ambitions nucléaires du régime. On ferme les yeux sur les exécutions et les arrestations arbitraires.
Ce serait le deal et la honte du siècle.
Il y a des guerres qui changent le cours de l’Histoire. Rien ne garantit que la guerre déclenchée en Iran il y a deux mois, – guerre à laquelle, étrangement, nul n’a donné de nom -, entrera au panthéon des guerres libératrices. Nous espérons sincèrement avoir tort et gardons l’espoir que le régime de Téhéran finira par s’effondrer de lui-même.
Redisons-le avec force, comme nous l’avons écrit dès les premiers jours de la guerre, si Donald Trump avait imposé dès le déclenchement des hostilités une coordination voire un gouvernement en exil de toutes les forces d’opposition iraniennes au régime des mollahs, s’il avait en échange armé les opposants iraniens de la diaspora en exigeant d’eux, comme dans toutes les guerres de libération, qu’ils s’organisent pour entrer sur le territoire iranien et aller se battre au moment où le régime des mollahs était le plus durement frappé par les bombardements israélo-américains, le sens de l’histoire eut été changé.
Mais Donald Trump a-t-il jamais voulu libérer le peuple iranien du joug des mollahs comme le Vénézuela de la dictature chavézienne et la RDC de la barbarie ?
Donald Trump, marchand d’immeubles plus que visionnaire politique ? L’hôte de la Maison s’éloigne dangereusement du Prix Nobel de la paix.
Michel Taube




















