
Cette semaine, l’Inde du Premier ministre Narendra Modi accueille les acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle. L’occasion de s’interroger sur les opportunités qu’offre l’IA, notamment en Afrique, dans un secteur stratégique : la santé publique.
Une révolution au service de la médecine
La médecine a pour vocation de maintenir les êtres humains en vie le plus longtemps possible, et en bonne santé. Elle repose sur des règles strictes : prévention rigoureuse, diagnostics pertinents et traitements adaptés, administrés au bon moment. Dans cette chaîne causale, l’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme une véritable révolution pour la pratique médicale.
Outil d’une puissance inédite, – souvent utilisée de façon illégale, il faut avoir l’honnêteté de le dire, avec tous les risques que cela fait encourir -, l’IA offre cependant des applications transformatrices qui accélèrent la recherche, optimisent les systèmes de santé et automatisent un grand nombre de processus cliniques. Elle apporte à la médecine ce que les laboratoires et les essais cliniques n’avaient pu obtenir qu’au prix de décennies d’efforts : des gains de temps considérables dans l’analyse des données, la recherche opérationnelle et la détection précoce des maladies.
Diagnostics, traitements personnalisés et prévention
En croisant les analyses et les signaux précoces des pathologies, l’IA permet aux professionnels de santé de diagnostiquer plus vite et plus précisément, tout en contribuant à la personnalisation des traitements. En fonction des données recueillies sur la durée — courbes de prise en charge, historiques thérapeutiques, taux de survie — il devient possible d’adapter le traitement de chaque patient à son profil spécifique, enrichissant ainsi l’information médicale disponible de manière significative.
Par ailleurs, des tâches longtemps soumises à des procédures laborieuses — prévention, précision diagnostique, prédiction des taux de mortalité — bénéficient désormais de l’automatisation et d’algorithmes performants, réduisant les délais et améliorant la fiabilité des résultats.
Pour résumer, l’IA intervient concrètement dans trois grands domaines : l’aide au diagnostic médical, l’appui à la décision clinique, et la gestion des dossiers médicaux. Son rôle dans la recherche médicale est tout aussi déterminant.
Des obligations incontournables
Cette révolution ne va pas sans responsabilités. La protection des données à caractère personnel est au cœur des enjeux : en aucune circonstance, elle ne doit être sacrifiée au nom de l’efficience technologique. La qualité des données constitue par ailleurs un défi réel : si l’IA automatise l’analyse, la collecte reste dans certaines disciplines encore manuelle, ce qui peut introduire des biais. Ces biais doivent être rigoureusement identifiés et contrôlés, car ils engagent la responsabilité médicale des praticiens, des autorités sanitaires et des utilisateurs.
Des applications concrètes et vitales
Les bénéfices de l’IA en médecine sont déjà tangibles. Dans la lutte contre le cancer du sein, par exemple, elle permet désormais des traitements hautement personnalisés. Elle transforme également la prise de décision clinique dans les domaines de l’imagerie médicale — scanner, IRM, échographies de haute précision — en fournissant au praticien des réponses claires, en temps réel. Dans les pays occidentaux, l’IA contribue à réduire d’au moins 15 % les erreurs médicales, sauvant ainsi des vies de manière directe.
La gestion des dossiers médicaux électroniques bénéficie elle aussi de cette révolution, de même que l’éthique et l’équité en santé : les algorithmes permettent de corriger certains biais inconscients que les médecins eux-mêmes ne perçoivent pas toujours.
Un enjeu vital pour les pays en développement
C’est peut-être dans les pays à ressources limitées et à revenu intermédiaire que l’IA peut avoir l’impact le plus décisif. Ces nations souffrent de déserts médicaux encore plus prononcés que dans les pays occidentaux — des déserts qui fragilisent structurellement leurs systèmes de santé et menacent la survie de leurs populations. Par le biais de la télémédecine notamment, l’IA permet de réduire le délai entre la décision de prise en charge et l’acte médical concret. Car dans ces territoires, des patients meurent encore avant d’avoir accès au premier médicament, au premier soignant, ou à la première aiguille.
Le Samu social gabonais, acteur de cette transformation
Pour des organisations comme le Samu social gabonais, qui gère plus de 19 établissements de santé à travers le pays, l’IA ouvre des perspectives inédites et permettra d’accélérer la prise en charge d’un nombre croissant de patients. Son déploiement suppose des investissements que le Gabon appelle de ses vœux, afin de bâtir une politique de santé publique cohérente, généreuse et résolument plus humaine — ambition que partage, au fond, l’Inde qui nous accueille aujourd’hui.

Le Docteur Wenceslas Yaba est expert en santé publique et épidémiologiste clinicien, formé à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris 6). Il a notamment exercé les fonctions de directeur général adjoint du CHU de Libreville. Il est aujourd’hui directeur général du Samu social gabonais et conseiller spécial Santé et Affaires sociales à la Présidence de la République gabonaise.
Il publie aux éditions Opinion Internationale : « Santé publique au Gabon : la naissance d’un modèle. Comment on passe de l’humanitaire et du Samu social à une politique globale de soins ».















