La scène restera comme l’une des plus révélatrices de notre époque politique. Tandis que, de Caracas à Maracaibo, de Valencia à Barquisimeto, le peuple vénézuélien envahit les rues, chante, crie, pleure parfois, mais célèbre avant tout la chute de son bourreau, les mélenchonistes, eux, sont en deuil. Le tyran est tombé, le tortionnaire est arrêté, et la fête est totale au Venezuela. À Paris, place de la République, c’est un tout autre spectacle : La France insoumise pleure Nicolás Maduro comme on pleure un modèle idéologique disparu.
Il faut regarder cette séquence sans détour. Jean-Luc Mélenchon a parlé « d’enlèvement odieux ». Le mot est fort. Il dit tout. Il dit la fidélité jamais démentie à un régime qui aura affamé son peuple, piétiné les libertés publiques, muselé la presse, emprisonné, torturé, parfois fait disparaître. Il dit aussi l’embarras, presque la panique, d’un courant politique français voyant s’effondrer, sous les yeux du monde, l’un de ses mythes fondateurs.
Car Maduro n’est pas un accident dans la trajectoire idéologique de Jean-Luc Mélenchon. Il en est l’aboutissement. Avant lui, il y eut Hugo Chávez, pleuré en 2013 les yeux rougis, sanctifié comme une figure quasi mystique de la « révolution humaniste ». Après lui, il y eut la défense obstinée de Nicolás Maduro, même lorsque les accusations de fraudes électorales, de crimes contre l’humanité et de répression sanglante s’accumulaient. Maduro, pour Mélenchon, n’était pas un dictateur : il était un rempart contre l’Amérique, un symbole de l’État fort, un contre-modèle assumé au libéralisme occidental.
Il est d’ailleurs fascinant de constater que ce Maduro tant pleuré n’avait rien de l’homme « déconstruit » cher à une partie de la gauche contemporaine. Pas de discours sociétaux flamboyants, pas d’obsession identitaire. Maduro, comme Chávez avant lui, parlait famille, nation, souveraineté, exploitation du pétrole, puissance de l’État. Un autoritarisme brut, centralisateur, viril même, qui tranche singulièrement avec les prêches idéologiques de Sandrine Rousseau. Les divergences culturelles existent, certes. Mais une fois celles-ci balayées, reste l’essentiel : le goût du contrôle, la méfiance envers la liberté d’expression, la tentation permanente du totalitarisme…
Le Venezuela en liesse nous renvoie ainsi un miroir cruel. Pendant que le peuple se libère, La France insoumise brandit le « droit international » comme un talisman, exactement comme elle le fait lorsqu’elle s’abrite derrière des ambiguïtés juridiques sur le Hamas. Or les peuples opprimés, quand ils se soulèvent, n’en ont que faire des arguties de juristes militants. Le droit n’a de sens que s’il protège les faibles contre les forts, les peuples contre les tyrans. À Caracas, ce soir, le droit s’appelle liberté.
Et cette semaine noire pour Jean-Luc Mélenchon ne s’arrête pas aux frontières vénézuéliennes. En Iran, les ayatollahs, autres « amis objectifs » de cette extrême-gauche française, font face à une révolte populaire qui fissure leur pouvoir. En France, le vernis moral craque. La députée LFI Sophia Chikirou, campagne de Mélenchon et candidate aux élections municipales de Paris, est renvoyée devant la justice. Carlos Martens Bilongo voit ses propos racialistes et misogynes exposés au grand jour.
En 2022, Manuel Bompard, Patron du mouvement insoumis, expliquait doctement que le vote n’est « pas l’alpha et l’oméga de la démocratie », comme un écho troublant aux pratiques des régimes que LFI défend à l’étranger. Ni l’Union européenne, ni les États-Unis ne reconnaissaient d’ailleurs la prétendue victoire de Nicolás Maduro à l’élection présidentielle. Des preuves accablantes de fraudes massives avaient été mises au jour, au point que le chef du régime vénézuélien avait fini par se fabriquer sa propre élection, sans observateurs crédibles, sans transparence et sans légitimité populaire, transformant le scrutin en simple mise en scène autoritaire.
Tout se tient. Maduro, Chávez, l’Iran des mollahs, le relativisme démocratique, la complaisance envers la violence politique : ce n’est pas une succession de maladresses, c’est une cohérence idéologique. Celle d’une gauche radicale qui se dit du côté des peuples mais choisit toujours les régimes qui les écrasent, pourvu qu’ils soient anti-américains et hostiles à l’Occident.
Le peuple vénézuélien, lui, a tranché. Dans les rues de Caracas, de Maracaibo, de Valencia, de Barquisimeto, il n’y a ni ambiguïté ni nostalgie. Il y a la joie brute de la fin de la peur. Et pendant que les peuples respirent, La France insoumise pleure ses idoles tortionnaires.

















