Opinion Paris 2024
23H08 - jeudi 23 mai 2024

Dopage génétique et vers marins – Dans les yeux de Paris 2024, la chronique #23 (épisode 2) de Frédéric Brindelle

 

Le biologiste français Franck Zal a découvert les immenses capacités oxygénantes des vers marins vivant dans le sable depuis 400 millions d’années.

Le colossal dispositif antidopage de « Paris 2024 » parviendra-t’il à vaincre une industrie de la « triche », toujours plus inventive, rentable et puissante ?

L’avancée contre le possible dopage génétique ne résout pas tout. Les instances internationales tâtonnent toujours sur le complexe problème des corticoïdes. Ces produits soignent les soucis de santé traditionnels de « Monsieur et Madame Tout le monde ». Les médecins généralistes les prescrivent pour supprimer des douleurs intenses. Un sportif victime d’une lombalgie, par exemple, peut en consommer sur une courte durée. Dès son retour à l’entraînement, il ressent immédiatement un état euphorique. Ces anti-inflammatoires stéroïdiens atténuent toutes ses souffrances, y compris celles causées par ses gestes sportifs. Il accroit miraculeusement sa performance physique. Ces corticostéroïdes apparaissent depuis quelques années sur la liste des produits interdits en compétition. Pourtant la question de leur libre administration alimente les débats.

En effet, le règlement prévoit qu’un sportif malade peut se soigner, également avec des corticoïdes. Pour cela l’athlète doit fournir une AUT, Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques, pour participer à l’épreuve… Une aubaine pour celui qui peut compter sur un médecin complice. Souvent employé par la structure sportive, le praticien délivre sans sourciller le précieux sésame, même si son athlète ne souffre de rien. Le subterfuge se pratique fréquemment et n’amuse plus du tout. Face à cette faille offerte par le règlement, faut-il libéraliser la prise de corticoïdes pour plus d’équité ? Impossible, car l’absence de souffrance pendant l’effort masque une sur-sollicitation des tendons, qui eux, ne peuvent vivre au-dessus de leurs moyens. Des tendinites ou des ruptures sanctionnent rapidement le sportif qui développe également des intolérances digestives et risque, à long terme, de graves séquelles pour sa santé. Un vrai dilemme.

Le cyclisme concentre beaucoup de soupçons à l’évocation du dopage.
De dramatiques histoires ternissent ce si populaire sport, école de la vie, miroir de la société. Depuis l’après-Covid, les éditions du Tour de France enregistrent des faits de course d’une impressionnante intensité. La saison des grandes classiques a vu les records de vitesse tomber comme des mouches, y compris ceux réalisés à l’époque où tous les coureurs « marchaient » à l’EPO. Comme d’habitude en pareil cas, les équipes dominantes avancent l’argument de l’évolution du matériel et des méthodes d’entraînement. 

Néanmoins, les langues se délient. Certains spécialistes décrivent une nouvelle révolution en termes de dopage. Cela pourrait en faire sourire certains, mais il s’agit tout simplement d’un recours aux excréments humains. Les transplantations fécales existent depuis longtemps. Elles permettent de traiter les infections chroniques et d’améliorer la santé intestinale. Plusieurs études associent certains types de bactéries utilisées pour ces traitements à l’amélioration des performances sportives et d’endurance. 

Autre interrogation, le médicament censé régler les problèmes de thyroïde, le Thyrax, inquiète l’Union Cycliste Internationale.

Ce produit favorise la perte de poids afin d’obtenir plus de watts par kilogramme. Associé à la cortisone (interdite par l’AMA, sauf si vous bénéficiez d’une AUT) il améliore considérablement les performances. 

Des marathoniens, des skieurs de fond, des nageurs, en plus des cyclistes, évoquent le recours aux cétones sous forme de compléments alimentaires ou de boissons énergétiques. Ces molécules déjà présentes dans notre corps, prises artificiellement, permettent de maigrir, d’améliorer la récupération et d’optimiser sa force. 

Une autre piste a été révélée par un biologiste français, Franck Zal, qui après 20 années d’études sur le comportement des vers marins, a découvert les immenses capacités oxygénantes de ces organismes vivant dans le sable depuis 400 millions d’années.

Le scientifique confie que des sportifs l’ont contacté pour savoir si le produit était disponible et où ils pouvaient l’acheter. Ces hémoglobines marines de ver animal transportent de l’oxygène sans provoquer les effets secondaires des hémoglobines de première génération à l’origine de nombreux accidents cardiovasculaires.

Les raisons de croire que les tricheurs gardent une longueur d’avance sont réelles. Ces innovations n’apparaissent pas encore sur les listes de produits interdits. Leur consommation passe sous les radars. Le seul moyen de dissuasion contre les éventuels consommateurs, au-delà de l’information sur les risques de santé, réside dans la jurisprudence utilisée par l’AMA suite à la condamnation du septuple vainqueur du Tour de France déchu, l’Américain Lance Armstrong. Les échantillons des analyses restent conservés dans les laboratoires. En cas de détection et d’interdiction de ces produits à l’avenir, des analyses rétroactives pourraient être décidées et des titres seraient retirés. Les tricheurs s’offrent ainsi une partie de poker terrifiante : la gloire ou la déchéance (des peines de prisons et des amendes scelleraient l’avenir du faux champion). 

La prévention contre le dopage éclaire les athlètes sur les conséquences du passage à l’acte et les amène à se poser une question philosophique : quelle vie je souhaite avoir ? Devenir une star du sport, riche et adulée avec une espérance de vie réduite par la prise de substances dangereuses ? Ou rester dans l’anonymat et la routine mais pouvoir mourir le plus tard possible ? Selon un sondage, 70% des Américains optent pour le premier scénario.

Que dire à un athlète issu d’un pays pauvre pour le dissuader de se doper : « Tu risques de mourir à 50 ans ? » Il vous répondrait avec gravité que ce n’est même pas l’espérance de vie moyenne de son village. Et que l’argent gagné assurera l’avenir de sa descendance sur trois générations… C’est perdu d’avance !

A l’heure de la mondialisation, au cœur de la fête universelle, l’égalité face au dopage relève de la chimère, à moins de consommer une substance hallucinogène. 

A lire : Bienvenue au pays de l’antidopage – Dans les yeux de Paris 2024, la chronique #22 (épisode 1) de Frédéric Brindelle

 

Frédéric Brindelle
Journaliste, chef de rubrique « Opinion Paris 2024 »