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09H53 - jeudi 1 décembre 2022

« Messieurs, oui, il y a bien chantage ! Celui du Qatar et du patron du PSG sur mon mari ». La réponse de l’épouse de Tayeb Benabderrahmane à Mediapart

 

Tayeb Benabderrahmane, chef d’entreprise – ©LinkedIn

A la suite de la parution d’un article de Mediapart le 7 décembre 2022, proférant de graves accusations contre le lobbyiste Tayeb Benabderrahmane, arrêté et torturé au Qatar en 2020, et qui depuis réclame justice, son épouse, Madame Mahdjouba Benabderrahmane répond à la une d’Opinion Internationale. Nous avions publié un premier article le 1er décembre sur les avancées obtenues par le chef d’entreprise franco-algérien devant la justice française.

 

« Mesdames et Messieurs les journalistes de Mediapart,

Un des avocats de mon époux a reçu de votre part une liste de questions relatives à plusieurs sujets qui concernent ses activités professionnelles, et d’autres qui relèvent de faits auxquels j’ai été, bien malgré moi, obligée de prendre part, voire pour certains d’en être victime.

Même s’il s’agit d’une période difficile et de faits qui demeurent, aujourd’hui encore, très douloureux, je ne peux accepter que des erreurs et des contrevérités puissent continuer à être diffusées à l’encontre de mon époux, comme à mon encontre.

De janvier à novembre 2020, j’étais un pantin, un instrument que tout le monde utilisait pour tenter de dissimuler un crime dont mon mari et moi-même étions victimes. Quand bien même je tenterai de parler des pressions que j’ai subies, que ce soit de la part des Qatariens, de leurs avocats et de ceux qui prétendaient défendre mon mari, je ne peux décrire l’ampleur de la souffrance, le degré de la douleur psychologique et physique dont je continue, jusqu’à ce jour, à souffrir. On m’a menacé de tuer mon fils, de violer ma fille et de ne jamais revoir mon mari si je ne suivais pas les instructions.

Imaginez le désarroi d’une femme qui, du jour au lendemain, s’est retrouvée seule face à un monde dont elle ignorait tout avant, d’une mère qui, en pleine crise de la COVID, tente de rassurer ses enfants apeurés alors qu’elle peine à se rassurer elle-même. En dehors des rares minutes où je recevais les appels laconiques de mon époux, une question n’avait de cesse de me trotter dans la tête : « Que dois-je faire ? » J’angoissais à l’idée que si je me trompais, Tayeb y laisserait la vie.

Le destin de ma famille dépendait de moi. Mon désarroi était tellement perceptible que tous ceux à qui j’ai fait confiance ont profité de ma faiblesse, de ma solitude, de mon manque d’expérience et de ma méconnaissance du dossier.

Je considère ce que j’ai subi de janvier 2020 au 1er novembre ‎‎2020 comme un viol collectif, commis par les services qatariens, par des personnalités importantes en France et même par l’avocat en qui j’ai placé ma confiance et je pensais qu’il défendait les droits de mon mari.

Aujourd’hui, je suis une femme qui se reconstruit face à ces souvenirs très douloureux. J’essaie d’oublier, mais je lis chaque jour des articles sur mon mari et sur l’affaire elle-même dont je sais parfaitement qu’ils sont loin de la réalité.

Permettez-moi, donc, de vous exprimer ma plus grande stupéfaction du fait que vous ne mentionniez pas, dans vos articles, avoir été informé de la situation de séquestration de Tayeb, alors même qu’un courriel de Madame Sihem Souid vous indiquait cette détention arbitraire « depuis plusieurs mois ».

Pourquoi avoir passé sous silence la situation d’un ressortissant français tenu en otage dans un pays tiers ?

Mes interrogations sont d’autant plus vives que, d’après ce que m’a confié Tayeb à son retour, il ne vous était pas inconnu puisqu’il a, par le passé, communiqué à votre rédaction des informations qui ont donné lieu à des révélations publiées par M. Clément Fayol dans un article paru fin janvier 2020, alors que Tayeb croupissait dans un cachot secret au Qatar. Clément Fayol et Tayeb échangeaient régulièrement, et ce depuis de nombreuses années, des informations.

À titre d’illustration, M. Fayol a transmis à Tayeb en 2019 une copie des notes d’enquête concernant M. Philippe Journo. C’est pour cette raison que j’ai été choquée par le titre de votre article, paru le 12 octobre 2020 sous le titre « documents volés et arrestation au Qatar ».

Pour résumer votre syntaxe : lorsque des documents bénéficient à votre publication, ce sont des révélations, lorsqu’ils ne vous parviennent pas, ce sont des documents volés…

Malgré cela, je ne peux m’empêcher de faire appel à votre éthique, à votre sens des responsabilités, à votre objectivité et à votre souci de la transparence ; valeurs qui font la réputation d’un média d’investigation comme Mediapart, au point qu’il fasse aujourd’hui l’objet de censure.

Je consens donc à répondre à certaines de vos questions pour rétablir la vérité telle que je l’espère, vous consentirez de votre côté à la publier.

Voici, en gras, les questions adressées par Mediapart à mes avocats. Et les vérités, la vérité, qu’il est temps d’éclairer.

 

Au sujet des démarches contentieuses engagées suite à votre libération le 1er novembre 2020

1) Selon nos informations, suite à votre libération, vous avez conservé une copie des données appartenant à Nasser al-Khelaïfi, alors même que vous étiez engagé à lui restituer toutes les copies de ces données en signant le protocole du 10 juillet 2020. Est-ce exact ? Souhaitez-vous commenter ? Pourquoi avez-vous conservé ces données ?

Ces informations ne sont pas exactes. C’est moi-même qui ai dû me rendre en Algérie pour y récupérer une valise rouge contenant tous les éléments exigés par les Qatariens en vue de libérer mon mari. J’ai dû, une fois revenue en France avec mes enfants, satisfaire les exigences des Qatariens de récupérer l’ensemble des supports informatiques qui se trouvaient dans notre maison. Je peux vous assurer que, dans l’urgence, ma priorité n’était certainement pas de « conserver » quelque document que ce soit, alors que j’étais habitée par la voix apeurée de mon mari, lors des rares échanges téléphoniques que j’aie pu avoir lui lorsqu’il était incarcéré. Cette voix traduisait, la terreur que lui inspiraient ses geôliers. Ce sont eux qui lui disaient ce qu’il devait expressément me dire, et les consignes qu’il devait me communiquer. Il m’informait de là où je devais chercher les supports informatiques, puisque je n’en avais aucune idée. Ma seule préoccupation était alors de faire tout ce qui m’était demandé afin d’espérer revoir mon époux vivant, et non de garder une copie de ce que je communiquais. Tayeb n’a jamais pu librement consentir à la remise des supports numériques lui appartenant puisqu’il était détenu à l’isolement avec interdiction de s’entretenir librement avec quiconque. Je n’ai eu d’autre choix que de transmettre aux avocats du Qatar toute la base de données accumulée sur plusieurs années de travail de Tayeb. J’ai ainsi communiqué l’ensemble des supports trouvés à la maison en Algérie, dont certains étaient d’ordre personnel, et d’autres contenaient parfois des données professionnelles de mon époux qui n’intéressaient en rien les Qatariens, puisqu’ils relevaient de ses autres activités professionnelles. J’ai ainsi donné tout ce que j’avais trouvé chez nous. Mais il se trouve qu’après son retour en France, mon époux a retrouvé à l’occasion du déménagement des affaires lui appartenant restées dans les locaux de l’agence de voyages qui a fait l’objet d’une procédure d’éviction des bureaux par le bailleur en mai 2021 une clé USB contenant certains documents dont notamment des informations touchant aux activités de lobbying du Qatar à l’international, au NHRC, au PSG et à BeIN Sport.

Je vous rappelle que le protocole du 10 juillet 2020 a été signé sous contrainte. La partie qatarienne a commis, à l’encontre de mon mari et à mon encontre, des actes de violences, de tortures physiques et psychologiques, d’intimidation, de pression et de harcèlement pour en obtenir la signature.

Je m’étonne que vous estimiez Tayeb dans l’obligation de restituer un matériel lui appartenant et qu’il ait retrouvé après 9 mois de détention arbitraire, sans interroger la validité d’un protocole d’accord obtenu sous la contrainte et la violence.

Votre question revient, en quelque sorte, à demander à une femme violée pourquoi elle n’a pas restitué à son agresseur des affaires que ce dernier aurait oubliées chez elle…

 

2) Comme l’a déjà révélé L’Equipe, votre ancien avocat, Me Pardo, a indiqué, dans le cadre de la procédure ordinale que vous avez initiée à son encontre, que vous l’avez informé du fait que vous aviez conservé une copie des données, et que vous souhaitiez vous en servir pour obtenir des dizaines de millions d’euros du Qatar en échange de la non divulgation de ces données. Il affirme que c’est pour cette raison qu’il a rompu ses relations avec vous fin novembre 2020, car il ne souhaitait pas être associé à ce qu’il qualifie de « tentative de chantage ». Est-ce exact ? Souhaitez-vous commenter ?

Ces allégations sont complètement fausses.

Tayeb est toujours resté constant sur ses positions et a très tôt exprimé des doutes face au manque de transparence et de cohérence du cabinet de Maître Olivier PARDO, et ce alors même qu’il est toujours retenu au Qatar. C’est le sens des messages adressés à Maître Olivier PARDO et à Mmes Rachida DATI et Yamina BENGUIGUI de juillet à septembre 2020.

Une première rupture dans la relation entre Me PARDO et mon époux est intervenue début décembre 2020 lorsque Tayeb a remis en cause la stratégie mise en place par son avocat durant sa détention arbitraire au Qatar, notamment le fait qu’il n’avait pas averti les autorités françaises de cette détention et qu’il ne voulait pas transmettre les plaintes que mon époux souhaitait déposer, après son retour, contre le traitement inhumain qu’il avait subi dans les geôles qatariennes.

Maître Olivier PARDO semble considérer que l’exercice de ses voies de recours et le dépôt de plainte par un de ses clients, victime de détention arbitraire, de séquestration, de torture et de traitements inhumains et dégradants, constitueraient, selon lui, une « stratégie de pression ». En suivant cette logique, on serait tenté de mieux comprendre sa totale inaction dans le dossier et les inévitables « divergences stratégiques » qui en résultent. Tayeb a indiqué à Maître Olivier PARDO qu’une plainte pénale contre X était en cours de rédaction par les confrères qui lui ont succédé et que ceux-ci avaient besoin de reconstituer la chronologie et le détail des diligences accomplies par le cabinet OPLUS aux fins de finaliser ladite plainte.

Maître Olivier PARDO aurait-il des raisons de se sentir visé par une telle plainte puisqu’il prétend qu’il a reçu cette information comme une menace ? … Ceci expliquerait sans doute qu’il ait fait barrage à la manifestation de la vérité, notamment en refusant de communiquer les détails et précisions demandés.

En s’adjoignant les services d’autres cabinets, mon époux a réussi à déposer des plaintes devant les différentes juridictions et organismes dont vous trouverez le détail dans la chronologie ci-jointe, précisant l’agenda des différentes démarches engagées à son retour. Le 1er mars 2021, les Qatariens ont alors proposé de solder le problème, à condition expresse que la rédaction du nouveau protocole soit confiée au cabinet de Me PARDO. Les relations ont alors repris, mais ont rapidement cessé suite à la volte-face des Qatariens.

La rupture des relations entre Me PARDO et celui qui était encore en mai 2021 son « très cher ami » n’a donc pas été la conséquence de la découverte par mon mari de la clé USB qu’il a retrouvée puisqu’il en informe son avocat d’alors (Me PARDO), seulement le 10 mai 2021, soit 6 mois après son retour en France. Cette rupture est née du désaccord quant à la stratégie imposée à mon mari par Me PARDO. Je précise que si Tayeb a accepté de remettre le cabinet OPLUS dans la boucle des négociations en mars 2021 (dans le cadre de l’article 8 du traité bilatéral franco-qatari de 1996) pour permettre enfin la restitution de ses biens et de ses avoirs illégalement confisqués par les autorités qataries, ce n’est que parce que ces dernières l’avaient imposée comme condition sine qua none des discussions.

Les circonstances dans lesquelles les nouveaux rapports se nouent entre Tayeb et le cabinet OPLUS suffisent à démontrer qu’ils ne sont pas l’expression d’une relation de confiance établie, bien au contraire. Il devenait évident du simple fait de la demande expresse des autorités qataries d’imposer Maître Olivier PARDO comme opérateur de la transaction que ce dernier ne défendait plus les seuls intérêts de Tayeb.

Me PARDO a en réalité été proposé par les Qatariens pour rédiger le nouvel accord, qui n’a jamais vu le jour, parce que leur intention était celle d’une stratégie d’étouffement et de pourrissement pensée minutieusement. Me PARDO, mis en cause devant l’ordre des avocats, n’a d’autre alternative que de travestir la réalité pour tenter de tirer ses marrons du feu et ceux parmi ses « donneurs d’ordre » qui ont fort à perdre. L’ensemble de ces parties prenantes pensant jouer la montre afin d’asphyxier Tayeb dans le temps long en le frappant, d’une part, au porte-monnaie et d’autre part, en salissant son image de telle sorte que ses partenaires et alliés se coupent de lui. D’aucun pouvant peut-être penser qu’un jeune homme issu de l’immigration et demeurant encore dans un quartier populaire de banlieue ne pourrait faire face à l’entre soi d’un microcosme bien né.

 

3) À partir de la fin 2020, vous avez d’abord initié des démarches précontentieuses en envoyant des courriers (notamment au NHRC du Qatar dirigé par le Dr Ali Al Marri), mais sans toutefois engager formellement de contentieux (plaintes pénales ou assignations). Plusieurs documents que nous avons consulté montent que vous avez agi ainsi parce que vous souhaitiez obtenir une indemnisation en négociant une transaction amiable et secrète avec le Qatar.

Est-ce exact ? Souhaitez-vous commenter ?

Ces affirmations sont en partie fausses et votre présentation des faits est à charge contre mon époux :

Tayeb n’a pas pu engager de contentieux contre le Qatar parce que son avocat de l’époque, Me PARDO, l’en dissuadait. Ce dernier a même refusé d’envoyer la plainte que mon époux souhaitait adresser au NHRC le 17 novembre 2020 ;

Confronté à cette situation, mon époux a engagé un autre avocat, Me Nabil FADLI, qui lui a confirmé que la saisine d’une juridiction, française ou internationale, ne pouvait se faire qu’une fois toutes les voies de recours internes au Qatar seraient formellement épuisées ;

Il devait en outre faire face au fait que certaines juridictions ne sont accessibles qu’aux seules saisines des États (et non des particuliers). En l’espèce, nos autorités françaises n’ayant pas été informées de la situation que vivait Tayeb au Qatar par son avocat, Me PARDO ;

Une autre raison réside dans l’immunité de juridiction du Qatar qui rend extrêmement difficile pour un particulier d’ester contre un État. Plusieurs exemples existent où un particulier, même s’il réussit à condamner un État, n’est pas en mesure de faire exécuter le jugement du fait de cette immunité. Le choix de mon époux de privilégier la voie de la négociation devenait donc la seule voie pour contourner cette difficulté d’obtenir gain de cause contre un État qui dispose de surcroît de puissants relais dans notre pays.

Votre qualificatif de « secret » me laisse craindre un biais défavorable vis-à-vis de mon époux qui risque d’entacher l’objectivité de votre article. En effet, ne pensez-vous pas que le terme « confidentiel » serait plus adéquat ? Pensez-vous que ce genre d’accord est de nature à être détaillé sur la place publique ? Le Qatar aurait-il accepté de discuter une éventuelle restitution des avoirs et des biens confisqués si mon époux s’était mis à rendre public ce qu’il avait enduré à Doha ?

 4) Selon des documents que vous et/ou vos avocats ont rédigé, suite à ces démarches précontentieuses, vous auriez été contacté par Bettahar Boudjellal, le bras droit du Dr Ali Al Marri, lequel vous aurait indiqué le 10 mars 2021, selon vous, que le Qatar ne souhaitait pas vous indemniser, en vous invitant à vous « rapprocher des avocats ».

Est-ce exact ? Souhaitez-vous commenter ?

Non, ceci n’est pas exact. Vous trouverez dans la chronologie ci-après le détail des échanges que j’ai personnellement eus avec M. Boudjellal Bettahar sur ce sujet ; échanges qui se sont soldés par sa volte-face opérée lors d’une réunion référencée dans ce même document joint.

 Le 3 novembre 2020, M. BENABDERRAHMANE s’entretient, durant 3 heures au cabinet OPLUS, avec Me PARDO, Mmes Yamina BENGUIGUI et Rachida DATI. Il leur détaille les actes de tortures et les traitements inhumains et dégradants qu’il a subis tout au long de sa détention arbitraire. Ses trois interlocuteurs lui suggèrent de « se reposer » en lui proposant de « partir en vacances » pour « oublier cette histoire », lui indiquant que Me PARDO gérerait avec son épouse, Mme BENABDERRAHMANE, le deuxième volet de cette affaire, déjà évoqué avec le Dr Ali AL MARRI. Celui-ci concerne le volet indemnitaire et le processus de restitution des biens et des affaires qui lui ont été confisquées illégalement.

Lors de cet entretien, en prenant connaissance de la réalité des conditions extrêmement graves de détention qu’a connues M. BENABDERRAHMANE, il s’entendra dire  par Maître Olivier PARDO et Mme Rachida DATI que « s’il avait été de nationalité américaine, le Qatar l’aurait indemnisé à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars ». Mme DATI expliquant en effet, que « chacun des 4 membres de la famille BENABDERRAHMANE pouvait prétendre aux quelque 25 000 heures de détention à raison de 1000 € de tarif horaire qu’elle facture elle-même par exemple à un client comme Renault » et d’ajouter que « dans le cas d’une séquestration et d’actes de torture, ces honoraires pourraient même être multipliés par 3”.

 Le 9 novembre 2020, M. BENABDERRAHMANE rencontre au cabinet OPLUS Maître Olivier PARDO pour l’informer qu’il souhaite engager des démarches officielles afin de dénoncer ce qu’il a enduré et demande à avoir accès à son dossier et au protocole d’accord transactionnel signé avec Monsieur Nasser AL-KHELAIFI. Maître Olivier PARDO se montre réticent en lui indiquant qu’il est « hors de question pour lui d’aller à la confrontation et de suivre une stratégie de rupture », car selon lui « pour pouvoir espérer une indemnisation il ne faut en aucun cas engager des procédures écrites ne serait -ce qu’un simple courrier où seraient mentionnés les actes de tortures subis au Qatar ». Il lui indique qu’il devrait, dans cette hypothèse, « faire face à l’ire de trois États, le Qatar, la Turquie et l’Algérie, compte tenu de leur implication volontaire ou pas ». Parce que M. BENABDERRAHMANE s’est montré insistant, c’est Maître Benjamin Mathieu, associé de Maître PARDO qui est désigné pour recueillir son témoignage qu’il commence à consigner de telle sorte « qu’il ne sorte jamais de son cabinet », selon ses propres directives.

Le 9 novembre 2020, Mme BENABDERRAHMANE demande par courriel au cabinet OPLUS de lui transmettre la facture de 120 000 euros intégralement payée et le détail des diligences effectuées par le cabinet relatif à son dossier. Aucune réponse ne lui est alors apportée.

 Le 17 novembre 2020, M. BENABDERRAHMANE rencontre au cabinet OPLUS Maîtres Olivier PARDO et Benjamin MATHIEU en vue de finaliser le courrier de plainte pour séquestration, torture et détention arbitraire à destination du NHRC par voie de courriel à l’adresse [email protected].  Maître Olivier PARDO refuse cet acte et s’empresse de  s’entretenir avec M. Boudjellal BETTAHAR qui lui fixe rendez-vous à Londres le 3 décembre 2020 avec le Dr Ali AL MARRI afin de négocier la réparation du préjudice subi par M. BENABDERRAHMANE et trouver les modalités de restitution de ses biens et affaires expropriées.

Le 28 novembre 2020, M. BENABDERRAHMANE fait part de manière formelle sous forme de courriel à Maître Olivier PARDO de son désaccord quant à ses agissements, notamment le choix du silence et plus généralement sur la stratégie des accords négociés en coulisse dont ils ont décidé seuls, lui et Mme Rachida DATI :

« Maître,

Je me permets de vous adresser cet email pour clarifier certains points qui me pèsent.

Le 13 janvier 2020 à Doha, j’ai été arrêté arbitrairement et en dehors de toute procédure légale. Détenu dans un lieu inconnu pendant des jours, sans aucun contact avec le monde extérieur, sans avoir jamais été ni jugé, ni condamné, maintenu au secret et privé de l’assistance d’un avocat, ce n’est qu’après de très nombreux jours que j’ai pu m’entretenir avec mon épouse par téléphone sous le contrôle étroit de mes geôliers.

Dans cette épreuve, mon épouse n’a pas donc pas été en reste ; les seuls rares contacts qui m’ont été permis d’avoir avec elle, n’ont été possibles que parce que mes geôliers y trouvaient là un moyen de pression et de torture psychologique supplémentaire pour compléter leur arsenal visant à me faire céder.

Ma femme se trouvait donc elle-même prise au piège, obligée de se plier aux exigences d’un chantage où l’intégrité physique de son mari autant que la sienne se trouvait menacée.

C’est dans ce contexte que vous avez pu être informé de ma situation par mon épouse à qui vous avez proposé d’intervenir dans cette affaire en vue de ma libération.

Pendant tout le temps de ma détention au secret (et Dieu seul sait comme le temps est long pour celui qui subit la séquestration, les traitements inhumains et les actes de torture) je n’ai pu m’entretenir avec vous pour approuver votre stratégie de défense.

Vous avez fait le choix de ne pas alerter les autorités françaises et de plutôt “négocier” en direct avec le Dr Ali Bin Samikh al-Marri et les autorités qataries, en mettant au passage en grand danger mon épouse qui a dû se prêter au jeu malsain de mes ravisseurs malgré l’effroi qui ne l’a pas quitté depuis mon arrestation/enlèvement.

Si j’avais été libre de décider, il est certain que je n’aurai jamais opté ou accepté une telle stratégie, tant les risques pour ma vie et celles de ma famille étaient maximum.

C’est aussi dans ce contexte que vous avez fait signer à mon épouse la convention d’avocat du 18 mars 2020.

Les honoraires déjà versés à votre cabinet s’élèvent à la somme de 120 000 euros, sans que la moindre feuille de temps m’ait été remise.

Bien qu’à l’évidence, mon consentement ou celui de mon épouse à cette convention étaient viciés pour n’être ni libres ni éclairés, je n’ai pas jusqu’à maintenant souhaité la remettre en cause.

Pour autant, je trouverai indécent que vous entendiez percevoir d’autres honoraires au temps passé pour les quelques diligences (rendez-vous et rédaction d’un courrier, votre prochain rendez-vous à Londres) depuis mon retour en France, diligences largement couvertes par les sommes déjà versées à votre cabinet. Je vous demande de bien vouloir me le confirmer expressément. (…) Je comprends mal les raisons pour lesquelles vous avez décidé de ne pas envoyer le courrier au National Human Rights Committee du Qatar qui est prêt déjà depuis le 17 novembre 2020.

Vous m’avez indiqué que vous deviez en définitive rencontrer le 3 décembre 2020 à Londres le Dr Ali Bin Samikh al-Marri pour évoquer cette situation et d’envisager les contours d’une indemnisation.

(…) Afin d’éviter tout risque de contradiction ou de confusion de ce rapport avec la note blanche que vous aviez transmis pendant l’été 2020 au Dr Ali Bin Samikh al-Marri, je vous remercie de bien vouloir m’adresser rapidement copie de ladite note (…) Je vous demande de remettre également ce document à l’occasion de votre rendez-vous du 3 décembre prochain.

Je considère également que nos actions devraient également engager la responsabilité du cabinet Szpiner et Semerdjian qui n’ignorait rien de mes conditions inhumaines de détention et qui ont œuvré à aider mes tortionnaires à atteindre leur but en m’imposant la signature d’un “protocole d’accord” qui n’est que l’expression d’une volonté contrainte et la soumission à un chantage.

Par leurs agissements en pleine conscience des crimes qui se jouaient et dont j’étais la victime, ces avocats s’en sont rendus complices.

Plutôt que de dénoncer aux autorités françaises les crimes en cours, ils ont pris le parti d’y participer en assistant leur(s) client(s) dans leurs sales besognes »

 

Le 1er décembre 2020, Me PARDO écrit par retour de courriel à M. BENABDERRAHMANE :

« Cher Monsieur, En main votre e-mail du 28 novembre dernier dont je viens de prendre connaissance.  Je le lis avec stupéfaction et beaucoup de peine. J’en conteste tous les termes me concernant. J’ai œuvré avec toute ma force pour obtenir votre libération et votre rapatriement à Paris. Les propos que vous utilisez démontrent une rupture de la confiance m’interdisant désormais d’intervenir d’une quelconque manière dans ce dossier. Je tiens ce dossier à la disposition du confrère que vous voudrez bien désigner pour assurer votre défense. Bien à vous »

 

Le 3 décembre 2020, M. BENABDERRAHMANE écrit à Me PARDO en lui indiquant que le cabinet BOURDON lui succède auquel il lui demande de transmettre l’intégralité de son dossier.

 

Le 14 décembre 2020, le cabinet OPLUS adresse le dossier de M. BENABDERRAHMANE à Me William BOURDON qui comporte très peu de pièces et où ne figure aucun échange de courriels avec le cabinet STAS, pourtant mentionné dans la lettre d’accompagnement du dossier.

 

Le 16 décembre 2020, le cabinet de Me BOURDON adresse par courriel une plainte (CRIMINAL COMPLAINT FOR TORTURE, INHUMAN AND DEGRADING TREATMENT, ILLEGAL ABDUCTION, SEQUESTRATION, ARBITRARY DETENTION AND UNLAWFUL ARREST – RÉF : 20206004 – OP/BM/CD) au Dr Ali AL MARRI en tant que Président du Comité national des droits de l’homme du Qatar (NHRC).

Ce courriel est resté sans réponse.

 

Le 16 décembre 2020, Me BOURDON écrit officiellement au cabinet STAS pour l’informer de la dénonciation du protocole et en l’interpellant sur les circonstances équivoques de leur participation à la rédaction et la signature de cet acte, auquel M. BENABDERRAHMANE ne pouvait avoir librement consenti, compte tenu des conditions arbitraires et contraignantes qui ont caractérisé son incarcération.

Le courrier est resté sans réponse.

 

Le 16 décembre 2020, vu la complexité du dossier et ses dimensions internationales, le cabinet BOURDON et le cabinet FADLI étudient les ressorts juridiques du dossier, notamment sur le plan du droit international, notamment les voies et moyens permettant la restitution des affaires expropriées et des investissements de  M. BENABDERRAHMANE, d’une part et de son indemnisation, d’autre part.

 

Le 23 décembre 2020, Me Nabil FADLI alerte M. BENABDERRAHMANE sur la situation complexe et difficile du dossier, mettant en évidence « l’immunité de juridiction du Qatar » et indiquant que « seul l’État français peut engager des actions au niveau de la Cour Internationale de Justice pour des violations de conventions internationales », ce qu’un particulier n’est pas légitime à faire. Il lui explique que « les procédures sont très longues, coûteuses et doivent obéir à des temporalités et des protocoles bien particuliers. Ainsi en cas de différend concernant la dépossession par un des deux États parties, des investissements effectués sur son territoire par un ressortissant de l’autre État partie, le traité bilatéral franco-qatari de 1996 prévoit un mécanisme de règlement des différends qui comprend : (i) une phase amiable, puis à défaut d’accord (ii) une possibilité de saisine d’un tribunal arbitral international ». Me FADLI précise que « selon l’article 8 du TBI France-Qatar, il convient de respecter ce cycle en engageant une phase amiable obligatoire de 6 mois minimum afin de pouvoir, le cas échéant,  actionner une voie contentieuse via une procédure d’arbitrage international s’appuyant notamment sur le traité bilatéral franco-qatari de 1996. Il comprend enfin  qu’il lui faut épuiser toutes les voies de recours au niveau interne du Qatar. Me FADLI indique à cette occasion que « les diligences du cabinet OPLUS sont indispensables pour pouvoir rédiger des assignations et plaintes pénales en France ». Il recommande pour cela aux époux BENABDERRAHMANE de « faire certifier par huissier toutes les preuves et pièces en leur possession afin de commencer la constitution des dossiers permettant d’engager des procédures juridictionnelles et extrajuridictionnelles ». Mme BENABDERRAHMANE commence alors par faire dresser un premier procès-verbal de constat par une étude d’huissiers parisiens.

 

Le 5 janvier 2021, M. BENABDERRAHMANE fait l’objet d’une expertise médico-légale. Le rapport émis relève que l’état de M. BENABDERRAHMANE n’est pas consolidé et aborde une pré-évaluation des préjudices subis.

 

Le 8 janvier 2021, Me BOURDON adresse la plainte CRIMINAL COMPLAINT FOR TORTURE, INHUMAN AND DEGRADING TREATMENT, ILLEGAL ABDUCTION, SEQUESTRATION, ARBITRARY DETENTION AND UNLAWFUL ARREST – RÉF : 20 206 004 – OP/BM/CD) au Procureur général du Qatar.

Ce courrier est resté sans réponse.

 

Le 8 janvier 2021, Me BOURDON adresse la plainte CRIMINAL COMPLAINT FOR TORTURE, INHUMAN AND DEGRADING TREATMENT, ILLEGAL ABDUCTION, SEQUESTRATION, ARBITRARY DETENTION AND UNLAWFUL ARREST – RÉF : 20 206 004 – OP/BM/CD) à l’avocat de l’Émir du Qatar, Me Saad Djebbar.

Ce courrier est resté sans réponse.

 

Le 9 janvier 2021, Me BOURDON adresse la plainte CRIMINAL COMPLAINT FOR TORTURE, INHUMAN AND DEGRADING TREATMENT, ILLEGAL ABDUCTION, SEQUESTRATION, ARBITRARY DETENTION AND UNLAWFUL ARREST – RÉF : 20 206 004 – OP/BM/CD) au Dr Ali AL MARRI en tant que secrétaire général de la GANHRI à Genève.

Ce courrier est resté sans réponse.

 

Le 21 janvier 2021, Mme BENABDERRAHMANE relance une deuxième fois le cabinet OPLUS par voie de courriel pour obtenir la facture intégralement payée de 120 000 euros et le détail des diligences effectuées par le cabinet sur le dossier.

« Cher Benjamin, Je vous relance de nouveau suite à mon mail du 09 Novembre 2020 resté sans réponse, car vous n’avez toujours pas envoyé la feuille de temps détaillée de vos diligences ainsi que la facture payée intégralement.

En vous remerciant par avance. Bien à vous, Mme Benabderrahmane Mahdjouba. »

Ce courriel est resté sans réponse.

 

Le 22 janvier 2021, Me FADLI interpelle sur la situation de M. BENABDERRAHMANE différents membres représentatifs du GHANRI en Europe (Global Alliance of National Human Right Institutions) par courriels distincts adressés à Katharina Rose (Genève représentative), au Professor Dr Beate Rudolf (Director of the German Institute for Human Right) et à Debbie Kohner (secrétaire générale du European Network of National Human Rights Institutions ENHRI).

Ces courriels sont restés sans réponse.

 

Le 23 janvier 2021, Me BOURDON écrit aux avocats qatariens de M. BENABDERRAHMANE pour obtenir des informations sur les conditions de leurs interventions et les détails de la procédure qu’ils auraient pu identifier. Me BOURDON les missionne également pour s’enquérir du statut des biens appartenant à M. BENABDERRAHMANE confisqués au Qatar.

 

Le 28 janvier 2021, M. BENABDERRAHMANE dépose en ligne, sur le site du NHRC, une plainte intitulée « Criminal complaint for torture, inhuman and degrading treatment, illegal abduction,sequestration,arbitrary detention and unlawful arrest ».

 

Le 31 janvier 2021, le National Human Rights Commitee (NHRC) répond au courriel de M. BENABDERRAHMANE, lui demandant de renseigner le numéro de carte de résidence, les numéros de contact de l’employeur et de joindre la copie du titre de résidence et du passeport de M. BENABDERRAHMANE. Le numéro de dossier 769 est attribué à cette plainte.

 

Le 1er février 2021, M. et Mme BENABDERRAHMANE font dresser trois procès-verbaux de constats par une étude d’huissiers parisiens.

 

Le 2 février 2021, Mme BENABDERRAHMANE relance une troisième fois le cabinet OPLUS par courriel pour obtenir la facture intégralement payée d’un montant de 120 000 euros et le détail des diligences effectuées.

« Cher Maître, Je vous ai déjà demandé à deux reprises par emails du 9 novembre 2020 et 21 janvier 2021 de bien vouloir m’adresser les factures et feuilles de temps détaillées des diligences réalisées par votre cabinet pour l’accomplissement des missions visées dans votre convention d’honoraires signée le 19 mars 2020 dans le cadre de la libération de Tayeb. À ce stade, Tayeb n’est pas dans une démarche de contestation des honoraires versés. Simplement, les honoraires ayant été fixés au temps passé, il est normal qu’il soit en mesure de connaître le détail et la chronologie des diligences effectuées par vous. Rien ne s’oppose à cette demande légitime qui constitue un droit pour le client et une obligation pour l’avocat conformément à nos règles déontologiques, comptables et fiscales. En outre, Tayeb a impérativement besoin de ces éléments pour finaliser son dossier. Je reste joignable en cas de besoin. Bien à vous. »

Ce courriel est resté sans réponse.

 

Le 2 février 2021, à défaut de réponse, Me Nabil FADLI relance par courrier le cabinet de Sultan M. Al-Abdullah, par lequel il repose les questions suivantes :

“Quelles autorités administratives et/ou judiciaires avez-vous sollicité pour obtenir des informations sur la ou les procédures visant Monsieur BENABDERRAHMANE ? Quelles réponses avez-vous obtenu ?

Quelles sont les charges qui pèsent ou ont pesé sur Monsieur BENABDERRAHMANE ?

Quelles procédures légales ont été mises en œuvre contre Monsieur TAYEB pour justifier la perquisition de son domicile, la saisie de certains de ses effets personnels, son arrestation, sa détention et son interdiction de quitter le territoire ?

Avez-vous pu avoir accès au dossier ? Quels sont les actes de procédure dont vous-avez pu avoir connaissance ?  Merci de nous adresser une copie des éléments du dossier en votre possession (démarches, demandes, correspondances, actes de procédures, etc.) ? Pour nous permettre de retracer la chronologie du dossier, nous aurons besoin que vous nous communiquiez les feuilles de temps détaillées des diligences effectuées par votre cabinet pour le compte de Monsieur BENABDERRAHMANE.

Existe-t-il actuellement une ou des procédures encore en cours à l’encontre de Monsieur BENABDERRAHMANE ou sa famille ? Si oui, lesquelles ? Pour quels faits et quelles qualifications pénales ?

Quelle(s) autorité(s) avez-vous saisi pour être autorisé à rendre visite à Monsieur BENABDERRAHMANE en prison le 22 Avril ? Qui a délivré le permis de visite : un juge d’instruction, le procureur, un magistrat du siège ? Merci de nous adresser une copie du permis de visite et nous indiquer les dates auxquelles vous avez pu vous entretenir avec Monsieur BENABDERRAHMANE.

Monsieur BETTAHAR Boudjellal a pu rendre visite à Monsieur BENABDERRAHMANE lorsqu’il était détenu à la Central Prison Salwa Road _ : savez-vous comment cela a été possible et si un permis de visite lui a été délivré ?

Quelles sont les autres personnes qui ont été autorisées à rendre-visite à Monsieur BENABDERRAHMANE lorsqu’il était détenu ?

Pour accomplir votre mission de défense des intérêts de Monsieur BENABDERRAHMANE, avez-vous rencontré des difficultés d’accès aux procédures, aux informations et aux dossiers le concernant ?

Nous souhaitons savoir sur quel fondement ces effets personnels ont été appréhendés. Ont-ils fait l’objet d’une procédure de saisie officielle ? Ces effets personnels sont-ils sous scellés ? Dans l’affirmative, existe-t-il un procès-verbal ou un document qui constate ladite saisie ou mise sous scellés ? Vont-ils être restitués à Monsieur BENABDERRAHMANE ? Si oui quand ?”

 

Le 2 février 2021, l’avocat qatari répond de manière laconique par retour de courriel en ces termes :

« We were engaged in April 2020 by Mrs Benabderrahmane to represent her husband and we had a number of calls with her and Mr. PARDO of OPLUS and one personal encounter with Mr Benabderrahmane himself. On October 11, 2020, my colleague, Ismaeil Taiel, received verbal instructions from Mrs Benabderrahmane to discontinue the representation for the reason that the matter was amicably resolved. We have thus closed the file and waived our charges. Given the state of affairs, we regret that we are unable to assist further. »

 

Le 3 février 2021, Me FADLI insiste par courriel pour obtenir des réponses aux questions posées, mais en vain puisque quelques minutes plus tard une réponse par retour à ce courriel de l’avocat qatari persistant dans sa rétention d’information en indiquant lapidairement :

« Thank you for your email. As stated before, we wish to discontinue this representation.

Regards »

La retenue dolosive opposée par ce cabinet d’avocat, réputé être intervenue pour défendre M. BENABDERRAHMANE pendant sa détention au Qatar ne laisse plus aucun doute quant à la réalité de ses intentions. Il a est à noter que le cabinet OPLUS semble n’avoir jamais été destinataire d’un quelconque acte de procédure permettant de vérifier la véracité et la légalité des démarches supposément engagées par ce cabinet d’avocats qatariens (demande d’accès au dossier, de délivrance de permis de visite, etc..).

 

Le 8 février 2021, Me FADLI adresse un courrier au cabinet OPLUS afin d’obtenir sous huitaine la facture de 120 000 euros assortie du détail des diligences accomplies par  le cabinet.

 

Le 8 février 2021, M. BENABDERRAHMANE adresse  un courriel de relance du dossier 769 au NHRC en mettant en copie différents interlocuteurs du NHRC, dont le Dr Ali AL MARRI.

 

Le 8 février 2021, ce même jour, Mme BENABDERRAHMANE reçoit un appel téléphonique à 22 h 30 d’une personne se présentant comme M. Nasser du NHRC (+974 6662 6663). Mme BENABDERRAHMANE lui demande de la rappeler le lendemain matin, à une heure plus convenable.

 

Le 9 février 2021 à 10 h, Mme BENABDERRAHMANE reçoit donc un second appel téléphonique de M. Nasser du NHRC, demandant à parler à Mme BENABDERRAHMANE en l’invitant à exposer le sujet de la plainte (pourtant parfaitement référencée dans le courrier qui accompagne le dépôt).

 

Le 12 février 2021, le cabinet OPLUS transmet une simple feuille de temps de 181 heures sans le moindre détail, sans joindre de facture ni  de pièces du dossier.

 

Le 15 février 2021, M. BENABDERRAHMANE envoie un courriel de relance du dossier 769 au NHRC, avec copie des différents interlocuteurs du NHR, ainsi que la GANHRI.

 

Le 16 février 2021, Me FADLI adresse un nouveau courrier au cabinet OPLUS demandant la facture acquittée de 120 000 euros et le détail des diligences accomplies.

 

Le 22 février 2021, M. BENABDERRAHMANE adresse un courriel de relance du dossier 769 au NHRC, avec copie des différents interlocuteurs du NHRC ainsi que la GANHRI.

 

Le 22 février 2021, le cabinet OPLUS répond à Maître Nabil FADLI en lui indiquant que Mme BENABDERRAHMANE était informée de toutes les diligences accomplies sans donner le moindre détail et toujours sans joindre la facture intégralement payée de 120 000 euros.

 

Le 24 février 2021, M. BENABDERRAHMANE adresse un nouveau courriel de relance du dossier 769 au NHRC, avec copie des différents interlocuteurs du NHRC, la GANHRI ainsi que la sous-commission des droits de l’homme du parlement européen.

 

Le 25 février 2021, Mme BENABDERRAHMANE reçoit un appel téléphonique de la part de M. BETTAHAR, du NHRC, qui demande à ce que « M. BENABDERRAHMANE stoppe ses actions et qu’il faut trouver une solution amiable ». Il explique que « les différentes demandes, courriers et plaintes adressés ont mis sous grande pression les services qatariens qui ont enchaîné sur les trois derniers jours les réunions pour trouver une solution de sortie de crise ».

 

Le 1er mars 2021, Mme BENABDERRAHMANE reçoit un appel téléphonique de la part de Monsieur BETTAHAR qui l’informe qu’un « nouveau protocole transactionnel est possible et que leurs 2 conditions sont, premièrement, de reconnaître que le protocole n’a pas été signé sous la contrainte et deuxièmement, que les discussions et la rédaction d’un nouveau protocole s’opèrent via le cabinet OPLUS ».

 

Le 3 mars 2021, Mme BENABDERRAHMANE et Me FADLI rencontrent Me Pardo à son cabinet. Ce dernier leur indique qu’il est « au courant du nouvel accord et que Mme DATI doit aussi être mandatée à ses côtés pour rédiger cet accord ». Me PARDO remet une lettre qu’il a rédigée à Me FADLI. Celle-ci est écrite au nom de M. BENABDERRAHMANE visant à le dédouaner de ses responsabilités. M. BENABDERRAHMANE refuse de signer ladite lettre.

 

Le 7 mars 2021, M. BENABDERRAHMANE et Me FADLI rencontrent Mes PARDO et MATHIEU, et Mme DATI au cabinet OPLUS afin d’arrêter un accord sur le pourcentage que ces derniers seraient susceptibles  de toucher sur le montant de l’éventuelle indemnisation que le Qatar lui consentirait.

 

Le 9 mars 2021, Me PARDO appelle M. BETTAHAR, qui se dit « ouvert à la discussion, confirme les conditions évoquées avec Mme BENABDERRAHMANE dans leur discussion téléphonique du 1er mars 2020 et précise que les Qatariens souhaitent que l’accord soit rapidement trouvé ».

 

Le 10 mars 2021, Mme BENABDERRAHMANE et Me FADLI se rendent au cabinet OPLUS pour un nouvel entretien téléphonique avec M. BETTAHAR. À l’évocation du volet indemnitaire que l’accord envisagé devait comporter, M. BETTAHAR se braque et indique qu’il n’a « jamais été question d’indemniser M. BENABDERRAHMANE, mais simplement de lui restituer ses affaires confisquées au Qatar ». Il déclare « qu’au-delà de ces questions, il n’est pas compétent et invite à adresser par mail un projet de protocole qui permettra aux Qatariens de ne pas perdre la face ».

 

Le 11 mars 2021, Me PARDO envoie un courriel à Monsieur BETTAHAR avec un exemple de montage permettant aux deux parties de conserver sa position :

« Cher Monsieur Bettahar,

Nous faisons suite à notre entretien.

Nous avons revu notre client et nous avons bâti avec lui les grandes lignes d’un protocole qui permettrait à chacun de conserver sa position sans acquiescer à celle de l’autre et surtout dans terminer dans la confidentialité à cette délicate affaire.

Vous trouverez ci-joint les éléments de ce qui pourrait être un projet de protocole.

Nous attendons votre position. Votre bien dévoué. Olivier Pardo »

« En contrepartie, Monsieur T souhaite que le protocole prévoit :

– La restitution de la somme d’argent (………) et de tous ses effets personnels lui appartenant saisis au Qatar (dont notamment : téléphone portable, ordinateurs, documents administratifs et professionnels, etc.).

– La restitution de la valise apportée d’Algérie par MB à la demande des services qataris contenant des documents professionnels, personnels aux format papier et numérique.

– L’indemnisation des revenus non perçus pendant la période 2019 et 2020 à hauteur de………

– L’indemnisation de son pretium doloris ainsi que celui subi par ricochet par sa famille du fait de sa période de détention au Qatar de……. .

– La confirmation qu’aucune charge de quelque nature que ce soit ne pèse contre lui ou un membre de sa famille (ascendants et descendants compris) et qu’aucune poursuite ne sera engagée à leur encontre que ce soit au Qatar ou ailleurs dans le monde.

– Que sa sécurité ainsi que celle de toute sa famille soit garantie. »

 

Le 15 mars 2021, Me Olivier PARDO propose à M. BENABDERRAHMANE de constituer deux équipes d’avocats avec Mme Rachida DATI.

 

Le 22 mars 2021, une réunion de travail au cabinet TEITGEN est organisée lors de laquelle est validée la stratégie de Mes Olivier PARDO et Rachida DATI, à savoir une équipe offensive dirigée par Me Francis TEITGEN et une équipe de « négociateurs » dirigée par Mes Rachida DATI et Olivier PARDO.

 

Le 4 avril 2021, un courrier de plainte à l’Ambassadeur du Qatar en France est adressé par Me Francis TEITGEN.

Ce courrier est resté sans réponse.

 

Le 12 avril 2021, Me Nabil FADLI adresse une nouvelle plainte de M et Mme BENABDERRAHMANE au NHRC.

Cette plainte est restée sans réponse.

 

Le 30 avril 2021, Me Nabil FADLI adresse un courrier de plainte au ministère de l’Intérieur du Qatar.

Cette plainte est restée sans réponse.

 

Le 10 mai 2021, M. BENABDERRAHMANE informe Me Olivier PARDO qu’il a retrouvé une clé USB à l’occasion du déménagement des affaires lui appartenant restées dans les locaux de l’agence de voyages dont il était propriétaire et qui a fait l’objet d’une procédure d’éviction des bureaux par le bailleur. Celle-ci contient des données  compromettantes touchant aux activités de lobbying du Qatar à l’international, et des activités de BeIN sport et du PSG en France que M. BENABDERRAHMANE s’est vu communiquer dans le cadre des missions qu’il pouvait exécuter pour les autorités qataries.

M.BENABDERRAHMANE sollicite Me Olivier PARDO pour lui demander comment la situation pouvait être gérée, compte tenu de la responsabilité du cabinet qui a procédé à la remise des premières clés USB tout au long du processus de libération. M.BENABDERRAHMANE suggère les possibilités qui lui viennent à l’esprit selon les éléments de son dossier qu’il connaît, puisqu’aucun détail ne lui a été communiqué par son conseil d’alors.  Il interroge Me Olivier PARDO sur l’opportunité de déposer la clé sous séquestre, de la remettre au Procureur général du Qatar, voire au cabinet STAS, ou bien encore évoquer la clé dans l’assignation devant le tribunal judiciaire de Paris que finalise Me Nabil FADLI. Me Olivier PARDO écrit en réponse le soir même : « Je te réponds demain si tu m’autorise »

 

Le 11 mai 2021, Me Olivier PARDO répond par courriel en ces termes :

« Mon très cher ami,

Compte tenu du fait que tu contestes la validité du protocole, il ne me paraît absolument pas opportun de transmettre quoi que ce soit à la partie adverse. En revanche, je ne vois pas d’inconvénient à ce que cela soit cité dans l’assignation avec l’explication (pour éviter toute difficulté) que cette pièce a été retrouvée à ton retour en France. Je me tiens à ton entière disposition. Bien à toi, Olivier Pardo »

 

 Selon nos informations, l’un de vos avocats, Nabil Fadli, vous a envoyé le 11 mars 2021 via WhatsApp, à vous-même et à votre épouse, un document décrivant l’accord que vous souhaitiez conclure avec le Qatar. Dans ce document, Me Fadli écrit que vous souhaitez, notamment en échange de votre engagement à ne pas divulguer le contenu des données appartenant à Nasser al-Khelaifi que vous avez conservées, que le Qatar vous verse 100 millions d’euros, selon les modalités suivantes :

–          L’indemnisation des revenus non perçus pendant la période de 2019 et 2020 à hauteur de 30 millions d’euros.

–          L’indemnisation du préjudice subi par vous-même et votre famille à cause de votre détention, à hauteur 30 millions d’euros.

–          La signature d’un nouveau contrat de lobbyiste entre vous-même et le Qatar, rémunéré 40 millions d’euros sur cinq ans

Est-ce exact ? Souhaitez-vous commenter ?

Non, ceci est encore faux.

Premièrement Tayeb n’a jamais conservé de données appartenant à Nasser Al-Khelaïfi puisque les données contenues sur les supports numériques remises sous la contrainte lui appartiennent et sont, ou bien personnelles ou bien professionnelles.

Le message WhatsApp auquel vous faites référence ne faisait que relater la proposition de protocole rédigée par Me PARDO, à la demande des Qatariens. Les chiffres que vous citez n’ont jamais été précisés dans le projet d’accord élaboré par Me PARDO. Je ne sais pas qui a inséré ces montants fantaisistes dans le message WhatsApp qui vous est parvenu. L’intention de celui qui est à l’origine de cette manipulation est de nuire à mon époux.

Mon époux a refusé le projet de protocole (cf. la copie du message, p. 2). Ce texte n’engage donc que celui qui l’a rédigé et ne reflète en aucun cas les intentions de mon époux.

Voici ce que Maître Olivier PARDO a envoyé par mail à Monsieur Boudjellal BETTAHAR le 11 mars 2021 :

« En contrepartie, Monsieur T souhaite que le protocole prévoit :

– La restitution de la somme d’argent (………) et de tous ses effets personnels lui appartenant saisis au Qatar (dont notamment : téléphone portable, ordinateurs, documents administratif et professionnels, etc.).

– La restitution de la valise apportée d’Algérie par MB à la demande des services qataris contenant des documents professionnels, personnels aux format papier et numérique.

– L’indemnisation des revenus non perçus pendant la période 2019 et 2020 à hauteur de………

– L’indemnisation de son pretium doloris ainsi que celui subi par ricochet par sa famille du fait de sa période de détention au Qatar de……. .

– La confirmation qu’aucune charge de quelque nature que ce soit ne pèse contre lui ou un membre de sa famille (ascendants et descendants compris) et qu’aucune poursuite ne sera engagée à leur encontre que ce soit au Qatar ou ailleurs dans le monde.

– Que sa sécurité ainsi que celle de toute sa famille soit garantie. »

 

6) Comment expliquez-vous le fait que vous avez, selon ce document, souhaité poursuivre votre collaboration avec un État qui vous a détenu pendant neuf mois et torturé ?

Lors de la présentation de ce projet de protocole, Me PARDO a expliqué qu’il fallait « sauver la face » des Qatariens, en faisant d’une partie de l’indemnisation la rémunération de prétendus services que mon époux allait continuer d’apporter aux Qatariens. Il était parfaitement exclu que mon mari poursuive son travail auprès de ses tortionnaires.

Votre question me laisse en réalité perplexe : mon mari serait-il le manipulateur retors que la presse se complaît à décrire, ou serait-il si naïf qu’il ait envisagé de se jeter béatement dans la gueule du loup, précisément là où il s’est retrouvé 9 mois durant ? Encore une fois, l’autre partie travestit maladroitement la vérité, continue les mêmes procédés de chantage, mais en le faisant elle s’emmêle les pinceaux, faisant parfois passer pour un comploteur tortueux, parfois par un manipulateur naïf prêt à accepter de se remettre, deux ans après l’assassinat de Jamal Khashoggi, entre les mains d’un régime qui n’aurait pas hésité à lui faire subir le même sort. Comment des journalistes d’investigation comme ceux dont votre rédaction fait partie peuvent-ils à ce point réduire à ce point les compétences de Tayeb qui ont conduit les autorités qatariennes à s’adjoindre ses services ? J’invite la presse à prendre de la hauteur pour mieux appréhender la complexité des rapports de pouvoirs et d’influence à l’œuvre dans cette affaire et ne pas se laisser aller à la facilité d’un scénario que d’aucuns voudraient leur vendre et largement relayé dans la presse ces dernières semaines par une communication à charge.

 

7) Confirmez-vous avoir formulé de telles demandes financières au Qatar en échange de la non divulgation des données appartenant à M. Al-Khelaifi et que vous avez conservées ? Si oui, s’agit-il, selon vous, d’un coup de pression à l’égard du Qatar ?

Non, aucune demande chiffrée n’a été adressée aux Qatariens par mon époux. Il s’est agi de propositions faites par son avocat de l’époque, Me Olivier PARDO en contact étroit comme vous pouvez le constater avec la partie adverse. Ces demandes financières n’ont jamais été validées, par mon époux qui ne saurait en être comptable. Elles n’engagent donc que leur auteur.

 

20) En janvier 2019, vous avez envoyé à M. Nait-Liman un document, qui est était une enquête privée sur Philippe Journo, président de la compagnie de Phaslbourg. Il s’agissait d’un gros travail, alimenté par plusieurs sources, désignées par des noms de code.

 

Est-ce exact souhaitez-vous commenter ? Avez-vous commandité et/ou réalisé cette enquête, et si oui dans quel but ? Pourquoi avez-vous envoyé cette enquête à M. Nait-Liman ?

Les autres questions concernent des faits dont je n’ai pas été témoin, des affaires qui ne concernent pas mon époux ou des sujets dont j’ignore tout. Je ne suis donc pas en mesure d’y apporter de réponse.

Concernant la situation fiscale de Tayeb, celle-ci était tout à fait conforme à la réglementation en vigueur. Les éléments communiqués l’étaient à titre strictement informatif, l’objectif poursuivi par le courriel visait à prendre conseil concernant une anticipation de déclaration des sommes confisquées au Qatar étant donné que notre résidence fiscale depuis 2019 se trouve être dans ce pays.

Je voulais simplement vous illustrer le niveau d’incompétences de Maître Olivier PARDO, lui-même reconnaissant son ignorance du droit Qatari en général et de ses mauvais choix de stratégie, s’il en est. »

 

Mahdjouba BENABDERRAHMANE