La chronique de Jean-Philippe de Garate
15H15 - mercredi 20 avril 2022
France

Cent quarante millions d’arbres. La chronique de Jean-Paul de Garate

 

A Marseille, le candidat sortant a annoncé la plantation de millions d’arbres.

En mai 2017, le même avait nommé Nicolas Hulot ministre d’Etat, premier dans l’ordre protocolaire. Le 28 août 2018, Nicolas Hulot avait démissionné, affirmant que l’écologie « n’est pas une priorité du gouvernement ».

Aujourd’hui, ce serait le futur premier ministre qui cumulerait, outre l’écologie, la charge de Matignon. Hôtel où, c’est bien connu, on est si désœuvré que Villepin le nommait « l’hôtel de l’insomnie ».

Cent quarante millions d’arbres … Dans un lent travelling arrière, une scène de novembre 2015 remonte à ma mémoire. Alors correspondant d’une belle Revue, je me trouvais au Conseil économique.

S’y tenait un symposium sur « la filière bois et forêts ».

Dans l’après-midi, branle-bas de combat ! Débarquaient deux ministres, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, et un certain Macron, ministre de l’économie. Je le croisai à la buvette et il tiqua quand je prononçais les mots « école de Barbizon ».

Pour comprendre la suite, il convient de rappeler qu’en 2015, les taux d’intérêt étaient proches de zéro. Les capitalistes disposant de fonds ne savaient quoi en faire, et recherchaient « les placements atypiques ». Selon la plaisanterie alors à la mode, « hormis la drogue – peu recommandée- et les EHPAD, rien ne rapportait » au-delà de 7 %.
 
La présence du secrétaire général de l’autorité des marchés financiers – que j’allais interviewer – rassurait sur l’encadrement de ce qu’on allait bien nommer la financiarisation des forêts.
 
Très clairement, je tombais des nues. J’avais beau avoir lu Mauriac et connaître un peu les tailles que l’on fait dans les Landes, je n’imaginais pas la suite. Un carnage.
 
La suite peut être aisément vérifiée, et s’avère simple. Le domaine forestier devait rapporter « un pognon de dingue ». Cher lecteur, vous le savez mieux que moi. Le trésor n’intéresse pas les financiers. Mais, relisons Balzac, on vénère « l’argent qui circule », celui qui par effet d’entraînement, génère, pour chaque transaction, une commission tombant dans l’escarcelle du banquier, de l’intermédiaire.
 
CQFD : on allait raser des milliers d’hectares d’arbres magnifiques, chênes royaux et hêtres aux si riches frondaisons, châtaigniers aux torsions de danseur, tant et tant d’autres dont les ombres tutélaires protégeaient le monde magique de la forêt, taillis, plantes et fleurs. A leur place, on planterait des sapins « format Ikéa », programmés pour grandir en cinq ans et qu’on débiterait à la chaîne. Henry Ford revu mais pas corrigé.
 
Certes, il y aurait quelques dégâts collatéraux. Eminemment regrettables, allait-on lire dans la bonne presse. Le taux de suicide à l’Office national des forêts allait – je vous invite à ne pas me croire, mais le constater sur votre ordinateur – atteindre des sommets jamais atteints. Presque supérieur au taux des policiers, soignants, paysans…

 

Jean-Philippe de Garaté

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