Afriques
10H38 - jeudi 9 décembre 2021

Au Forum de Dakar sur la paix et la Sécurité en Afrique : « L’heure est grave, très grave… »

 

Après le report de 2020, le Forum international de Dakar sur la Paix et la sécurité en Afrique, grand rendez-vous sécuritaire du continent, a enfin pu avoir lieu, à Diamniadio, proche de Dakar, pour la 7ème édition, dans ce contexte particulier du Covid 19, toujours présent, et avec la volonté des organisateurs que cette édition soit l’occasion d’élargir les thématiques du dialogue et de réflexion : l’avenir de la sécurité passe aujourd’hui, non seulement par la gestion des «  défenses » des pays, mais aussi par celle des conséquences sanitaires et économiques post Covid, sans oublier les crises politiques de nombreux pays…

Malgré la diversité des ateliers (l’Afrique face aux nouveaux variants, la gestion de la pandémie, l’incidence du climat, les conséquences économiques), l’essentiel des travaux aura porté sur l’inquiétude née de la montée du djihadisme, notamment dans le Sahel, et sur les enjeux de stabilité et de paix intérieure aux États.

Ouvrant les débats et accueillant ses homologues, le Président nigérien Mohamed Bazoum, l’Africain du Sud Cyril Ramaphosa, et voisin de Guinée-Bissau Umaro Sissoko Embalo, mais aussi les ministres nigérian, ghanéen, français, espagnol, portugais, japonais, sans oublier le Président du Conseil européen, Charles Michel, le Président sénégalais, Macky Sall, a alerté, avec force et détermination, ce grand auditoire sur le risque djihadiste terroriste dans le Sahel qui a du mal à être maitrisé et apparait pouvoir de répandre sur les pays voisins ou même plus lointains.

Le Président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, s’exprimant dès l’ouverture aussi, a confirmé : «  l’heure est grave, même très grave ». Saluant le Sénégal, et son Président, « terre bénie par ses hommes et sa démocratie », préalablement à la Présidence de l’Union Africaine par le président sénégalais en 2022, Moussa Faki Mahamat a dévoilé sa large inquiétude, étendue à, finalement, l’ensemble de l’Afrique, à cause du phénomène terroriste, mais aussi, dans ce long intermède épidémique, des crises politiques, violentes, dues aux mauvaises gouvernances, aux changements anticonstitutionnels, au gaspillage des ressources par une corruption encore trop indéniable. Et de confier : ces phénomènes ont « fait le lit de l’insécurité, de l’instabilité et de la désespérance ».

Au moins, ce discours, clair, ferme, dur, pessimiste aura eu le mérite d’être prononcé, sans ménagement, et, espérons-le, de réveiller les consciences, s’il en était besoin, pour dénoncer aussi ce que l’on appelle le «  recul démocratique ».  

Enfonçant le clou, la dynamique ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Mme Aïssata Tall Sall bien insisté sur la nécessité d’évoquer, clairement et sans ambages, les coups d’État, récents, sur le continent africain.

Un nouveau style de discours émergerait-il de la réflexion de ce Forum ?

Moussa Faki Mahamat s’est ensuite appesanti, et c’est important de le signaler, sur les responsabilités de la communauté internationale dans les modalités de son aide apportée dans la lutte contre le terrorisme en Afrique, usant de mauvaises méthodes pour le maintien de la Paix, obsolètes et aggravées par les rivalités et divisions entre grandes puissances !

 Là encore, oui l’heure est grave, et sans nier cette triste réalité, il ne pouvait que conclure que « il n’y a donc que l’Afrique pour sauver l’Afrique ? ». Sans rejeter des partenariats utiles, militaires, mais aussi économiques, à renforcer dans ces 2 matières, comme le suggérait le Président Macky Sall, sans exclure cette solidarité des partenaires, l’Afrique doit être un acteur à part entière dans la gouvernance mondiale.

Devant ces envolées, et ces difficultés avouées, la ministre française des Armées, Florence Parly, n’a pas laissé entendre que la France affaiblirait, pour autant, son partenariat, notamment dans le Sahel, où les menaces sont incontestables, mais elle reconnaissait qu’après huit ans de présence avec les dispositifs Serval et Barkhane, on ne peut nier les difficultés pour venir à bout du risque terroriste, vu la complexité de la tâche.

Les Présidents Bazoum (Niger) et Ramaphosa (Sud-Africain) reconnaissaient que l’armement des terroristes djihadistes pouvait être considéré comme plus « fort » que celui des forces légales, après l’éparpillement de ces armes à l’issue de la chute du Lybien Khadafi. Ces zones devenues de non-droit sont la conséquence d’une économie terroriste criminelle, qui ne dépend pas forcément d’une intention religieuse, mais plutôt d’une survie financière… Et de tout cela les populations sont victimes !

D’où l’importance d’objectiver avant tout le fonctionnement stable des États, avec, là encore, le soutien des partenaires, dans le renseignement, l’appui aérien, et bien sûr, les armes.

Après le discours, assez enflammé, du Président Cyril Ramaphosa, dénonçant fortement l’attitude du Nord concernant les restrictions de voyage, le Président du Conseil européen, Charles Michel, a, avec talent et spontanéité, prononcé un discours, non écrit, destiné à trouver des convergences politiques et stratégiques, pour la paix, la stabilité, la sécurité.

Charles Michel a modestement essayé de tracer la voie vers laquelle l’Europe pourrait apporter sa pierre à l’édifice, et cela juste avant le Sommet de Bruxelles entre l’Union Africaine et Union européenne qui aura lieu début 2022. Il a appelé à une « Nouvelle Alliance Afrique — Europe » qui pourrait être un pacte pour connecter cette zone de libre-échange continental avec l’ensemble des partenaires dans le respect de chacun. Comment ne pas faire allusion alors à la dignité humaine pour les libertés et la solidarité ?

Ce discours, juste avant que la France prenne la Présidence semestrielle de l’Union européenne, restera comme une référence incontestable, d’objectivité, de sincérité, et d’espoir. Ce Forum de Dakar, grand-messe de la réflexion sécuritaire, à la base, mais aussi d’émergence de l’Afrique, garde le mérite de la qualité de ces larges échanges, sans tabou, qui doit renforcer la détermination de chacun, et participer au rebond de l’Afrique.

 

Alain DUPOUY

Chroniqueur « Afriques demain » d’Opinion internationale

L’homme de Tunis

Série : retour sur l'actu de l'été 2021 en photo ! Lutter contre la corruption et la dégradation des infrastructures publiques, voilà ce que propose le président Kaïs Saïed.
Deborah Rudetzki

Sahel : la réflexion s’impose pour espérer encore !

Depuis déjà plusieurs années, on a pu constater que la « communication », tant française qu’Africaine peut avoir des effets dévastateurs pour la compréhension entre les peuples. C’est vrai que l’empressement, la hâte avec…

L’« Afro-Burger » par Dalida Inyongo

Au départ j’ai toujours refusé de cuisinier des hamburgers pour mes clients. Je réservais ce plat à mes enfants. Dans notre culture africaine, un hamburger n’est pas considéré comme un met sérieux,…