Afriques
06H10 - jeudi 27 mai 2021

La blockchain est l’avenir des économies en Afrique

 

L’édito de Stéphane Brabant et Michel Taube

Opinion Internationale published the English version of this article « Blockchain is the Future of African Economies ».

 

La blockchain au service du développement de l’Afrique : ils n’en ont même pas parlé ! La Déclaration finale du Sommet de Paris sur le financement des économies africaines tenu à Paris le 18 mars 2021, en présence de chefs d’États et de dirigeants d’éminentes organisations régionales et internationales du monde entier, malgré sa longueur et la précision des pistes d’action encouragées n’appelle pas les États ni les organisations régionales et internationales à recourir à la blockchain. Voilà pourtant une solution connue pour insuffler de la transparence, de la confiance, de la traçabilité dans la gestion des flux financiers et la bonne destination des milliards d’euros de prêts accordés aux États africains, notamment par la communauté internationale.

La blockchain existe pourtant depuis 2008, et sa seule évocation fait grimacer le profane, persuadé qu’il s’agit d’un monstre informatique sorti d’un cerveau fou. Une blockchain n’est pourtant qu’une base de données distribuée, aussi simple à utiliser que Facebook ou un compte bancaire en ligne. Mais elle a l’énorme avantage de garantir la confidentialité, l’intégrité et l’inviolabilité des données, et apporte ainsi de la transparence aux opérations qui y sont enregistrées. En outre la structure décentralisée de la blockchain tant en écriture qu’en lecture permet des recoupements d’informations qui garantissent leur fiabilité. Utiliser la blockchain pour des transactions financières comme pour des démarches relevant de la vie démocratique est un puissant gage de sérieux et de fiabilité, ne pouvant que susciter la confiance.

L’Afrique souffre depuis longtemps d’une mauvaise réputation dans ces domaines, même si elle n’a pas le monopole, loin s’en faut, des détournements de fonds, des commissions occultes ou de la corruption.

Trois mots de technique

La blockchain est une « base de données distribuée », partagée en temps réel par ceux qui sont habilités à l’alimenter. De plus seul l’ajout d’informations est possible, alors que l’effacement ou la modification d’informations enregistrées est interdit. Il n’y a pas de serveur central, qui pourrait être hacké (piraté) et dont les données pourraient être corrompues. Les utilisateurs peuvent contrôler en direct, sur leurs écrans, toutes les informations qui sont ajoutées, lesquelles sont regroupées dans des « blocks ». Pour garantir la fiabilité et l’intégrité des données la blockchain fait appel à des « mineurs », choisis parmi ses intervenants (contributeurs ou lecteurs) et qui, suivant des règles prédéfinies, valident les informations avant de les inscrire (pour toujours) sur la blockchain. Le bloc d’information, horodaté et ajouté à la chaîne, ne peut plus être modifié.

On a beaucoup écrit sur la puissance informatique nécessaire pour faire fonctionner une blockchain, avec pour effet la gigantesque consommation électrique que cela induirait. Sans entrer dans trop de détails, disons seulement que ce problème ne concerne que la blockchain du Bitcoin et en aucun cas les blockchains dites de consortium, dont l’Afrique ferait bon usage.  

La blockchain et l’Afrique : vers une nouvelle gouvernance

Force est de reconnaître que la réputation de plusieurs pays du continent africain en matière de gouvernance n’est pas des meilleures. Le reproche ne vise pas seulement les directions politiques. Les entreprises privées suscitent également la méfiance des investisseurs et prêteurs. Le profit et l’éthique ne font pas toujours bon ménage, mais plutôt que de placer le débat sur le terrain de la morale, voire du droit, il serait plus efficient de rendre la fraude et la triche impossibles. La disparition progressive de l’argent liquide s’inscrit dans cette même logique. Ceux qui choisissent d’utiliser la blockchain acceptent la condition préalable de transparence, puisqu’ils ne pourront s’y soustraire. Ils entrent de plain-pied dans un cercle vertueux qui ne saurait se circonscrire aux transactions financières.

Les pays africains qui utilisent déjà la blockchain, comme les Comores, le Burkina Faso ou le Ghana, ne peuvent que constater son effet très positif sur l’attitude de leurs cocontractants, notamment leurs créanciers. Certes, aucune méthode, fût-ce la blockchain, ne peut garantir la solvabilité d’un débiteur, mais la méfiance quant à son honnêteté s’évapore comme par enchantement. Il n’y a aucune raison pour que ces pays ne fassent d’envieux ni pour que la blockchain reste cantonnée à la finance : traçabilité des minerais, lutte contre le trafic des médicaments, gestion foncière, et même protection des droits humains… Son champ d’application est si vaste que la blockchain pourrait devenir un outil essentiel du développement de l’Afrique. Mieux encore, un retard technologique peut devenir un atout, tout comme il le fut lors de l’éclosion de la téléphonie et de l’internet mobiles, au bénéfice des pays dépourvus de réseau filaire en voie d’obsolescence, ou pour les pays émergents qui bâtissent une industrie répondant d’emblée aux nouvelles normes environnementales.

La blockchain peut aider l’Afrique à concilier développement économique et respect, notamment par les entreprises, des droits fondamentaux des êtres humains. Elle permettrait non seulement aux entreprises de mieux remplir leurs obligations de moyens concernant le respect des droits humains sur toutes leurs chaines d’approvisionnement et de valeurs, mais aussi, et de façon plus générale de prendre du numérique ce qu’il peut apporter de meilleur : le contrôle, la transparence et la confidentialité, mais pas l’hypersurveillance, l’intrusion, le vol de données. Les géants du numérique et parfois les États sont des Big Brothers. Il n’y a pas de Big Brother dans la blockchain, sauf à considérer que chacune des parties est le Big Brother de l’autre. Cela s’appelle confiance et transparence, et non surveillance.

En Afrique, mais pas seulement, la blockchain, comme outil de bonne gouvernance, peut se mettre au service du respect de nouveaux impératifs, essentiels aux états, aux entreprises, aux populations, aux consommateurs : le respect des droits humains, la responsabilité sociale, éthique et environnementale, le respect des réglementations.   C’est pourquoi hormis les escrocs, les fraudeurs, les dictateurs et les corrompus, nous avons tous intérêt à la promouvoir, en Afrique et partout dans le monde.

La blockchain pourrait permettre de créer enfin un choc de confiance salutaire en Afrique, condition majeure pour une relance des économies africaines et la consolidation d’États de droit fort fragilisés.

 

Stéphane Brabant, avocat, senior partner, Trinity International, Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

et Michel Taube, fondateur d’Opinion Internationale

 

 

 

 

 

 

 

 

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