Gastronomie
05H22 - samedi 25 septembre 2021

Emmanuel Macron, la gastronomie et la France.

 

Emmanuel Macron photographiant Jean-François Piège, tirée de son compte Instagram

Dans les pas de ses prédécesseurs, mais avec une verve souvent appuyée, Emmanuel Macron aime vanter à chaque occasion qui s’offre à lui l’art de vivre à la française. Les 26 et 27 septembre, il sera le premier chef de l’État à se rendre dans le plus grand rassemblement mondial de chefs de la gastronomie, de l’hôtellerie, de la restauration, des métiers de bouche et de l’alimentation : le SIRHA. Il sera l’invité d’honneur du célèbre Dîner des Chefs dimanche soir, pour leur plus grande joie.

Cette participation marque l’engagement du chef de l’État pour la promotion et le développement d’un véritable symbole de la France dans le monde. En effet l’art de vivre à la française, auquel Opinion Internationale se consacre désormais pleinement, pourrait être la base line de la marque France. La France selon les chefs, c’est une des empreintes que nous comptons bien imprimer désormais à cet art de l’éphémère !

On peut aussi voir dans cette visite présidentielle fort attendue quelque opportunisme électoral à moins de sept mois du premier tour de l’élection présidentielle. En dépit du « quoi qu’il en coûte » qui touche à sa fin, le secteur de la restauration a été très impacté par la crise sanitaire et son cortège de restrictions, couvre-feux et confinements. On se rappelle le 14 mars 2020 et la brutale annonce de la fermeture le soir même de tous les restaurants, alors que les Français étaient appelés à aller voter le lendemain matin pour le premier tour de l’élection municipale. On se souvient aussi du 11 décembre dernier quand des milliers de restaurateurs venus de toute la France place des Invalides à Paris vouèrent le chef de l’Etat aux gémonies lorsque les brasseries et autres cafés avaient été maintenus fermés. Guy Savoy avait notamment partagé sa colère avec nos lecteurs.

Fait plus ancien, – mais nous avons un peu de mémoire -, on se souvient enfin de l’amère faute de protocole commise lorsque le pape de la gastronomie mondiale Paul Bocuse décéda le 20 janvier 2018. Seul Gérard Collomb, en tant que ministre certes mais surtout en voisin et (encore) Maire de Lyon, avait représenté l’Etat aux obsèques du grand maître. Si Johnny Halliday valut bien une messe nationale à la Madeleine en présence du couple présidentiel, Paul Bocuse, l’un des Français les plus connus au monde, aurait bien mérité les honneurs de la nation.

 

La gastronomie, un enjeu global

Mais Emmanuel souhaite tourner ces pages turbulentes et inaugurer un nouveau chapitre de sa relation aux champions de cet art de vivre à la française.

 

Qu’attendent les chefs de la venue du chef de l’Etat ?

Gilles Goujon, l’Auberge du Vieux Puits *** se réjouit de la nomination de Guillaume Gomez en tant qu’ambassadeur de la gastronomie car il a su créer un pont entre les cuisines étatiques et les chefs. « Ce rapprochement se mesure également à la présence d’Emmanuel Macron sur le Sirha et les mesures d’aides dont a bénéficié la profession à la suite du Covid. Car autant le premier confinement a été brutal – mais il l’a été pour tous les Français – autant lors du deuxième nous avons bénéficié d’aides exceptionnelles. Grâce à cela, la gastronomie est aujourd’hui debout, solide et s’est remise au travail avec un enthousiasme renouvelé ».

Même son de cloche de la part du lyonnais Christian Têtedoie* qui emploie 186 salariés et pour qui la présence du chef de l’Etat représente un symbole fort. « Depuis le début de sa  mandature, il a montré un véritable intérêt pour notre profession, notamment en donnant un gros coup de pouce sur les formations, notamment en alternance. Ces mesures m’ont notamment permis de créer le CFA gastronomie avec des formations qui sortent des parcours classiques : circuits courts, restauration durable, gâchis alimentaire…

Pour Anne Daudin qui coordonne la Team France pour les Bocuse d’Or, la venue d’Emmanuel Macron montre son soutien. « Le président cherche à valoriser les  métiers culinaires et à travers le rôle de Guillaume Gomez, on sent que la restauration est un élément important dans le rayonnement de la France à l’international ».

Enfin, pour Christophe Joulie du groupe Joulie, regroupant quelques unes des plus grandes brasseries parisiennes, « C’est une bonne chose que le président vienne au Sirha, preuve que notre métier est un pilier de l’économie nationale et une vitrine pour la France à l’étranger. Le secteur a beaucoup souffert et quoi qu’on en dise, il (Macron) a beaucoup aidé le secteur dans cette période difficile, c’est important de le reconnaître. Ce n’est pas le cas chez nos voisins. »

 

C’est que la gastronomie française n’est pas seulement une affaire de cuisine. Elle est un véritable instrument diplomatique, à condition toutefois d’incarner plusieurs qualités que l’on voudrait typiquement françaises : l’innovation, l’exigence de qualité, le partage, la diététique, le respect de la nature, la diversité, le goût et le plaisir bien sûr… Notre gastronomie doit non seulement faire aimer la cuisine française, ce qui est déjà largement le cas en haut de gamme, mais faire aimer aussi la France, dont elle se doit d’être l’ambassadrice, en particulier pour promouvoir l’attrait touristique de ce pays si attaché à l’art de vivre. L’ancien président François Hollande et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avaient pleinement mesuré l’importance de l’enjeu, en rattachant le tourisme au ministère des dites Affaires étrangères. Emmanuel Macron lui a emboîté le pas, en nommant en février dernier Guillaume Gomez, ancien chef de cuisine de l’Élysée sous quatre présidents de la République, au poste d’ambassadeur de France pour la gastronomie. Ce dernier ne doit pas être étranger à la visite présidentielle et donne toute son rayonnement à la mission qui est aujourd’hui la sienne.

L’enjeu est de taille à l’étranger car la cuisine française est encore trop assimilée à une gastronomie aussi prestigieuse que coûteuse. Les Américains, c’est McDo. Les Français, c’est Bocuse ! Mais c’est aussi le pays du sandwich en baguette, du croque-monsieur, de la tarte flambée alsacienne (la flammekueche) et d’innombrables spécialités locales qui peuvent être adaptées à la restauration rapide. Heureusement les Français s’impliquent dans cette ouverture au grand public un peu partout dans le monde et s’exportent de mieux en mieux. Un enjeu à méditer en ce week-end où tous les professionnels de la gastronomie se retrouvent à Lyon au SIRHA.

Car le rayonnement culturel et économique d’un pays passe aussi par sa gastronomie. La diplomatie culinaire, plus que gastronomique, contribue à faire briller l’étoile de la France dans le monde. Elle permet même parfois de convier des absents que l’on veut éviter à sa table… Elle entraîne dans son sillage l’ensemble des industries de la table et l’hôtellerie, en souffrance avec la crise sanitaire.

Nul doute qu’Emmanuel Macron saura dresser une belle table pour se réconcilier avec Joe Biden après la couleuvre des sous-marins australiens. Il paraît que c’est souvent autour d’une bonne table que les grandes décisions stratégiques se prennent !

 

Deborah Rudetzki et Michel Taube

Directeur de la publication
Directrice de la Rédaction

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