La chronique de Jean-Philippe de Garate
15H20 - dimanche 19 septembre 2021

La chance de Macron… Regard sur avril 2022

 

On peut en parler avec détachement. Car cette probabilité n’est pas souhaitable. Et pourtant, elle existe. Celle de la réélection d’Emmanuel Macron.

Le calcul politique consiste, qui l’ignore depuis Machiavel ? – et même avant lui –,  entre autres techniques, à s’adosser aux faits extérieurs pour « en faire sa chose ». Ainsi, nos ultra-sécuritaires s’adossent au moindre vol d’essuie-glaces pour réclamer encore et encore plus de répression – sans s’interroger sur le niveau de réponse de nos forces de sécurité, dont une des fonctions principales vise précisément à déterminer les urgences, tant ces forces sont submergées de faits vraiment graves, de crimes, de délits ignobles…

Macron dispose d’un allié dont il a saisi dès le début la force : Madame Covid. Cette empoisonneuse a les dimensions d’un immense nuage qui a tout enveloppé. Depuis mars 2020, elle a permis l’apparition d’un vocabulaire, d’une grammaire, et le retour à des dispositions juridiques extraordinairement coercitives. N’ennuyons pas davantage le lecteur avec ces leitmotivs – état d’urgence, confinement, couvre-feu, masque, gel hydroalcoolique, distanciation, la liste est si longue !   Nous voici à la fin de l’été 2021 et, à l’évidence, nous avons passé la première déferlante, une vague de fond d’une violence insoupçonnée à son origine.

Les commandants de navire connaissent et redoutent avec raison certaines « zones plates ». La mer est agitée, très agitée mais parfois, au sein même de la tempête, l’horizon s’allonge, l’océan redevient pacifique, le niveau étale de l’eau semble promettre une accalmie. Chacun dessert les mâchoires, le corps se relâche un peu, on échange quelques boutades. Au loin, on distingue un petit rien, avec une teinte particulière, un mince rouleau qui, toutefois, progresse. Alors, on le sait, ce petit rien va se révéler une montagne et cette fois, on ne sait plus rien de ce qu’il va advenir. On l’oublie toujours, mais chaque jour connaît un naufrage. Les immenses porte-conteneurs peuvent paraître des barres d’immeubles, ils n’en sont pas moins vulnérables. Certains ne perdent pas seulement partie ou totalité de leur cargaison, ils se trouvent aspirés par la pente et le poids-même de leurs conteneurs, alors qu’une vague secondaire, sous-jacente, latérale, achève la mise à mort.

Tout au long de la traversée, Macron a été entouré de responsables dont le moins qu’on puisse en dire est qu’ils posent question, par-delà un florilège assez remarquable de contre-vérités qui demain comme hier, nourriront des volumes entiers… Mais si les officiers de quart n’ont rien vu, ou mal calculé telle donnée, tel phénomène, le commandant est vivant, et les lecteurs le sont. Tous.

C’est aussi bête que cela. Mais c’est l’essentiel. Un président de la république n’est pas un technicien dominant son domaine – la chute de Giscard en 1981 en est l’illustration la plus crue – mais un père, ou en l’espèce un grand frère avec lequel on a effectué la traversée. La question n’est même pas de savoir si on apprécie le commandant ou si on veut le débarquer à la première escale venue. Ouragan sur le Caine (The Caine Mutiny) ce film de 1954 relatant une mutinerie contre le commandant Queeg (Humphrey Bogart) et l’acquittement de l’officier mutin, en est une illustration quasi-parfaite. Car, je l’ai relevé, on oublie toujours la fin du film. Les mutins ont toujours tort. Si le pacha se révèle bizarre, il ne faut pas l’accabler, mais l’aider.

André Labarrère (1928-2006), ministre de Mitterrand et député-maire de Pau, disait que les électeurs doivent toujours avoir « quelque chose à pardonner » à leur élu. Quel que soit le registre – hormis l’argent, interdit unique et majeur -, les électeurs se diront, pour une part non négligeable d’entre eux, que certes Macron s’est trompé, sur ceci cela, et encore en telle ou telle occasion, mais il restera attaché à l’épreuve que les Français ont vécue. Des langues de vipère pourront renommer Macron et le rebaptiser Macron-Covid, ils lui offriront ainsi une seconde chance. La nature humaine ne se réduit pas à un cerveau, à des calculs, des études d’opinion ou des décomptes de bureaux de votes les fois précédentes, mais à un fait : quand le bateau allait couler, qui tenait la barre ? Et si demain une autre tempête survient, une météorite tombe ou une armée de Huns déferle, je sais avoir une chance de survie avec celui qui, par ailleurs, plus tard, s’avèrera – ça, je veux l’oublier, je ne veux pas le voir, ni le savoir  – un naufrageur. Le vote de l’instant, le vote de survie, en quelque sorte.

 

Jean-Philippe de Garate

Ancien avocat, ancien magistrat, JPG a défrayé la chronique avec son « Manuel de survie en milieu judiciaire » (éd. Fortuna). « Du côté de chez Céline » (éd. Portaparole) a mis en relief sa facette littéraire. A lire également : Bréviaire de la Destruction (éd. Fortuna), « Le Juge des Enfants » (Portaparole), » l’Avocat » (Le Lys Bleu) etc.

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