Monde
09H51 - samedi 22 mai 2021

Les instances musulmanes de France. Deux manières d’analyser le conflit au Proche-Orient.

 

Tribune d’Eric Gozlan

Le conflit au Proche-Orient est suivi de très près par la communauté musulmane de France qui est la plus grande d’Europe.

Cette escalade de violence entre Palestiniens et Israéliens s’est heureusement terminée dans la nuit du 20 au 21 mai grâce à un cessez-le feu salvateur accepté par toutes les parties.

Comme à chaque conflit au Proche-Orient, certains membres de la communauté musulmane de France appellent au calme tandis que d’autres jettent sournoisement de l’huile sur le feu.

Nous observons que, depuis l’arrivée de Maître Chems-Eddine Hafiz comme Recteur de la Grande Mosquée de Paris, le dialogue inter religieux et l’apaisement entre les communautés est au rendez-vous. Il suffit de voir sa page Facebook pour se rendre compte du nombre de rencontres du Recteur avec les dignitaires d’autres religions.

Par contre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), association qui avait à sa création vocation de représenter les musulmans de France, ne se situe pas dans la même logique humaniste.

Depuis plusieurs années déjà, le CFCM qui n’était pas considéré par les musulmans eux-mêmes comme représentatif, vient de franchir récemment un pas extrêmement pernicieux.

En effet, le 18 mars dernier, la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France, Musulmans de France et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA) ont quitté avec fracas le CFCM, estimant ne plus devoir dialoguer avec les fédérations turques et du Tabligh qui ont refusé de signer l’excellente charte des principes pour l’islam de France.

La position ambiguë du Président Mohammed Moussaoui, à la tête d’une fédération signataire de ladite charte et artisan de sa rédaction a choqué l’opinion publique. Comment un homme qui se disait porteur d’un Islam des lumières, issu du Maroc, pays modéré dont le Roi, Commandeur des croyants et représentant d’un très bel islam, pouvait se fourvoyer de la sorte.

Le dernier communiqué du CFCM a en fait démasqué son auteur. Au moment où les fédérations musulmanes signataires de la Charte du 18 janvier 2021, réunies au sein d’une Coordination, dont la grande Mosquée de Paris en est le catalyseur, le CFCM se précipite pour faire des déclarations officielles dangereuses suite à l’escalade de violence entre palestiniens et Israéliens.

https://www.cfcm-officiel.fr/solidarite-avec-les-palestiniens-2/

Ainsi le CFCM, dirigé par Monsieur Moussaoui, parle de « crimes de guerres » commis par Israël. Pour cette association « La communauté internationale doit aider les parties à trouver une solution urgente mettant fin à l’occupation et à ses humiliations pour permettre à chacun de vivre dans la paix et la dignité. »

Enfin les dirigeants de cette association appellent « Les musulmans de France et notamment les imams et responsables de mosquées à consacrer le prêche du vendredi prochain à faire connaître la place de la mosquée Al Aqsa troisième haut lieu saint de l’islam et à la ville d’Al Qods (Jérusalem) dans la religion musulmane »

Ce qui est très grave. Le CFCM place donc le conflit israélo-palestinien sur un plan religieux. À ce jour, personne n’a osé aller sur ce terrain estimant que juifs et musulmans sont en guerre.

Ce qui n’est pas prôné par la Coordination des fédérations musulmanes. Cette dernière « appelle le gouvernement français et l’Union Européenne à intervenir instamment afin que cesse ce cycle de violences inouï qui tue des civils innocents de chaque côté. » et rappelle « que ce conflit n’est pas celui d’une religion contre une autre. Au contraire, les religions appellent et incitent constamment à la paix et à la fraternité. »

https://www.mosqueedeparis.net/degradation-de-la-situation-au-proche-orient/

Chacun de nous pourra constater la différence de ton entre ces deux déclarations. Si le CFCM demande aux Imams de parler du conflit lors de la prière collective du vendredi, grand moment spirituel de la religion musulmane, la Coordination des fédérations musulmanes refuse avec force que ce conflit s’introduise dans les mosquées de l’hexagone.  

En guise de conclusion je souhaite rappeler que l’article 26 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État stipule qu’« Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte. »

La Charte des principes de l’islam de France signée le 18 janvier 2021 par Mohammed Moussaoui rejette également toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques.

Mohammed Moussaoui doit s’expliquer sur ses positions, car la fracture de la représentation nationale musulmane est béante. D’un côté, quatre fédérations qui refusent l’insupportable amalgame entre ce qui se passe au Moyen-Orient et les relations entre juifs et musulmans de France et l’inconscience grave de certains responsables musulmans de France.

 

 

Eric Gozlan

Co-Directeur de International Council for Diplomacy and Dialogue

www.icdd.info

 

 

 

 

 

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