International
20H55 - jeudi 15 avril 2021

Jean Alex Buchinger, premier avocat de la famille de Sarah Halimi : les véritables raisons de ce fiasco judiciaire

 

Opinion Internationale a demandé au premier avocat de la famille Halimi comment expliquer d’un point de vue l’incroyable arrêt de la Cour de cassation, permettant à Kolibi Traoré d’échapper à la justice. Son parcours meurtrier ne correspondait en rien à une « bouffée délirante aigue » mais à un meurtre avec préméditation, donc un assassinat. Alors pourquoi ? Selon Maître Jean Alex Buchinger, la réponse n’est pas à chercher du côté des magistrats de la Cour d’appel et encore moins de ceux de la Cour de cassation mais dans les errements initiaux du juge d’instruction.

 

Le 4 avril 2017, à Paris 75011, Sarah Halimi, 65 ans, médecin retraitée de confession juive, était surprise au petit matin dans son sommeil par l’un de ses voisins, Kolibi Traoré, 27 ans, qui a commencé par la torturer avec une rare sauvagerie au cri de ALLAH AKBAR accompagnant ses coups d’insultes grossières.

Réveillés par les hurlements de la malheureuse victime, les voisins ont assisté, impuissants depuis leur fenêtre, à cette scène de torture et à ces actes de barbarie insoutenable, sans pouvoir réagir.

Le criminel a eu la présence d’esprit de lancer à l’intention des témoins du drame massés à leurs fenêtres «il y a une femme qui va se suicider », ce qui démontre que son discernement était loin d’être aboli comme il n’a cessé de vouloir le faire croire.

Après quoi, il a défenestré Sarah Halimi, dont les pompiers, appelés sur les lieux, ont constaté le décès.

Pour commettre cet assassinat, car c’est bien d’un meurtre avec préméditation dont il s’agit, Kobili Traoré, s’est rendu vers 04h00 du matin dans l’immeuble de la famille Diarra, des amis de sa famille originaire du même village au Mali.

La veille dans l’après-midi, il était venu déposer des vêtements de rechange, dans ce même appartement.

Paraissant excité, sans jamais avoir été violent avec les membres de cette famille, les Diarra se sont réfugiés dans une pièce de leur appartement et ont appelé police secours.

Des fonctionnaires de la BAC sont arrivés dans les 3 minutes devant leur immeuble et l’une des filles de Mr Thiéman Diarra, leur a jeté par la fenêtre le badge permettant de pénétrer dans l’immeuble.

Les premiers policiers arrivés sur les lieux se sont postés derrière la porte de l’appartement des Diarra, entendant un homme réciter des sourates du Coran, mais n’ont procédé à aucune interpellation, attendant des consignes de leur chef, ainsi que le renfort d’autres policiers.

Cette inertie de la police a permis à Kobili Traoré d’enjamber le balcon de l’appartement des Diarra pour atteindre le balcon voisin, celui de l’appartement de Sarah Halimi.

Après avoir commis cet assassinat par défenestration, il est revenu dans l’appartement des Diarra, récitant à nouveau des sourates du Coran, avant que les policiers ne finissent par forcer la porte du logement de ses amis pour l’appréhender.

Kobili Traoré qui n’avait jamais connu par le passé de troubles psychiatriques, a rapidement été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police de Paris.

Interné depuis 4 ans à l’hôpital, il ne souffre d’aucune pathologie psychiatrique et ne reçoit de ce fait aucun traitement médicamenteux.

Selon les experts psychiatres, Kobili Traoré aurait été pris au moment des faits d’une bouffée délirante, dont la cause serait la consommation massive de cannabis.

Le 14 avril 2021, la Cour de Cassation concluait à :

(…) 28. En l’état de ces énonciations, déduites de son appréciation souveraine des faits et des preuves, la chambre de l’instruction a, sans insuffisance ni contradiction, et en répondant aux chefs péremptoires des conclusions dont elle était saisie, exposé les motifs pour lesquels elle a déclaré, d’une part, qu’il existait à l’encontre de M. Traoré des charges d’avoir commis les faits reprochés, d’autre part, qu’il était irresponsable pénalement en raison d’un trouble psychique ou neuro-psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits ».

Cette décision a bouleversé la famille de Sarah Halimi et toutes les personnes qui l’ont soutenu tout au long de ces 4 années.

Ils considèrent qu’il s’agit d’un véritable déni de Justice.

L’arrêt de la Cour de Cassation n’a rien de surprenant, la haute juridiction n’a fait que constater le respect des règles de droit, tant par les deux juges d’instructions que par la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de PARIS.

La véritable cause de ce qu’il convient de qualifier de dysfonctionnement judiciaire est à rechercher dans le cadre de l’instruction de l’affaire, qui a été menée de façon pour le moins singulière.

Il n’a été tenu aucun compte du fait que Kobili Traoré a prémédité le meurtre de Sarah Halimi qui était depuis une dizaine d’années sa voisine et qu’il croisait régulièrement dans l’escalier et l’ascenseur du 30 rue Vaucouleurs – 75011 Paris.

Il savait que sa voisine était une juive pratiquante et c’est précisément pour cette raison qu’il a décidé de s’en prendre à elle, en préparant soigneusement son crime, à la façon des terroristes islamistes.

Selon les juges d’instruction, le fait que le meurtrier s’en prenne à Sarah Halimi n’aurait été que le fruit du hasard.

Sa fureur antisémite n’aurait été provoquée que par la présence dans l’appartement de Sarah Halimi d’un livre en hébreu et d’une paire de chandeliers.

Kobili Traoré a été mis en examen du chef d’homicide volontaire sur la personne de Sarah Halimi mais également du chef de séquestration de la famille Diarra.

Pour les juges d’instruction, les Diarra ont immédiatement été qualifiés de victimes, alors que leur rôle est des plus troubles.

Tout au long de ce drame, ils étaient en relations téléphoniques avec les policiers qui se trouvaient derrière la porte d’entrée de leur appartement, sans intervenir.

Les membres de la famille Diarra, qui ont été les plus proches témoins du drame, se sont bien gardés d’informer les policiers par téléphone de ce que Kobili Traoré avait quitté leur appartement et de ce qu’il était en train de torturer leur voisine.

Contrairement aux usages en matière criminelle, les juges d’instruction se sont énergiquement opposés à toute reconstitution, qui aurait permis de mettre à jour le dysfonctionnement policier et de prouver que non seulement les Diarra n’étaient pas les victimes de Traoré, mais qu’ils s’étaient rendus coupable à minima du délit de « non-assistance à personne en péril » pour n’avoir pas informé les policiers du drame qui était en train de se dérouler dans l’appartement à côté du leur.

S’ils avaient ouvert la porte aux policiers après que Traoré soit passé sur le balcon voisin, le pire aurait pu être évité.

Si Traoré a pu souffrir au moment des faits d’une bouffée délirante provoquée par la consommation massive de cannabis, il était en pleine possession de ses moyens lorsqu’il a prémédité cet assassinat, dans les heures qui ont précédé et suivi le drame.

Alors que j’étais encore en charge de la défense des intérêts des enfants de Sarah Halimi, j’ai fait appel de ce refus de reconstitution.

J’ai été suivi en cela par le Procureur de la République de Paris, qui lui aussi a fait appel de ce refus de reconstitution.

Devant la juridiction d’appel des juges d’instruction, toutes les parties ont manifesté leur souhait de voir procéder à cette reconstitution, aussi bien toutes les parties civiles que le Procureur Général de la République et aussi le mis en examen, Kobili Traoré, qui a accepté d’y participer.

Or, de façon forte étonnante, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a refusé cette reconstitution, confirmant en cela l’ordonnance des juges d’instruction.

Le grand principe du Code de Procédure Pénale, qui consiste à favoriser autant que faire se peut la manifestation de la vérité, a été totalement occulté.

De toute évidence, la recherche de la vérité n’a jamais été le souci premier dans cette terrible affaire, car si tel avait été un tant soit peu le cas, la préméditation n’aurait pu échapper au magistrat et par voie de conséquence, il n’aurait pas été possible de conclure à l’abolition du discernement de l’assassin.

Le premier Expert psychiatre, Daniel Zagury, avait estimé que le discernement de Traoré n’était qu’atténué, et par voie de conséquence, qu’il était en état d’être renvoyé devant une cour d’assises.

Les juges d’instruction ont cru devoir désigner deux collèges d’experts, qui invoquant la bouffée délirante de Traoré, ont conclu à son absence de discernement.

Ce fiasco judiciaire laisse un goût amer à toutes celles et ceux qui se sont battus durant ces quatre années pour la recherche de la vérité.

Je n’ai plus été en charge de cette affaire à compter de juillet 2018.

Je n’ai donc pu aller au bout de ma démarche qui aurait consisté à déposer plainte contre les membres de la famille Diarra du chef de «non-assistance à personne en péril », dans le but de démontrer qu’ils étaient loin d’être des victimes dans cette affaire.

Une telle action aurait peut-être obligé les juges à procéder à cette reconstitution.

 

 Me Jean Alex Buchinger

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