La chronique d'Anne Bassi
12H05 - jeudi 10 décembre 2020

« Vous n’aurez pas les enfants » de Valérie Portheret. La chronique d’Anne Bassi

 

Valérie Portheret, Historienne. Auteure du livre « Vous n’aurez pas les enfants » sur le sauvetages des enfants juifs du camps de Venissieux. Editions XO. Photo réalisée au Mémorial de Shoah de PARIS.

C’est l’histoire inédite du plus grand sauvetage d’enfants juifs étrangers entrepris en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Le livre de Valérie Portheret reprend pour titre celui d’un tract de la Résistance :  « Vous n’aurez pas les enfants » de Valérie Portheret aux Editions XO est à lire !

Historienne, Valérie Portheret, a consacré 25 ans de sa vie à retracer chaque étape de ce sauvetage, à rechercher le destin de ces 108 enfants. Dans un premier ouvrage, très richement illustré « Août 1942, Lyon contre Vichy le sauvetage de tous les enfants juifs du camp de Vénissieux » paru en mars 2012, Valérie Portheret avait relaté en détail les étapes de ce sauvetage fort peu connu, puis raconté le destin de certains de ces enfants.  

Elle en a retrouvé 90 dans le monde entier. Ils lui ont confié les souvenirs bouleversants de la séparation d’avec leurs parents. Il y avait en France 70 000 enfants juifs en 1940, 11 000 d’entre eux furent déportés et près de 60 000 ont survécu grâce à l’aide de la population française, aux organisations juives auxquelles les parents les ont confiés, à la Résistance et aux parents eux-mêmes qui ont tout fait pour sauver leurs enfants.

Tout le monde connaît la rafle du Vel d’Hiv, mais pas celle de Vénissieux. Le 26 août 1942, 1016 juifs étrangers dont 108 enfants sont livrés par le gouvernement de Vichy à l’occupant et rassemblés dans un camp désaffecté, à Vénissieux, dans la Drôme. Parmi ces 1016 juifs, 545 adultes seront déportés à Auschwitz – 30 en reviendront. 

Dans la nuit du 28 au 29 août 1942, une opération clandestine de sauvetage est mise en place. Des membres d’œuvres sociales interconfessionnelles et de la Résistance réussissent à convaincre les parents de confier leurs enfants à l’association, « l’Amitié chrétienne » et de signer des actes de délégation de paternité, seul subterfuge possible pour les sauver de la déportation. En effet, selon une circulaire datée du 5 août, les enfants de moins de 18 ans et non accompagnés pourront rester en France.  Une véritable course contre la montre se met en place. Des faux papiers sont établis. Tous les sauveteurs ont conscience que les heures, les minutes et les secondes sont comptées pour mettre leur plan à exécution et empêcher que les enfants ne soient embarqués dans le convoi qui doit conduire les adultes de la gare de Saint-Priest à Drancy et de là vers les camps de la mort.

Dans les heures qui suivent, la police lance une chasse pour retrouver ces enfants cachés. Mais dans les tracts placardés dans les rues de Lyon, la Résistance prévient : « Vous n’aurez pas les enfants ». Les enfants seront dispersés grâce aux filières clandestines mises en place par des organisations régionales, nationales ou internationales de toutes obédiences, accueillis sous de faux noms dans des familles ou cachés dans des institutions, en France ou en Suisse. 

Ces journées tragiques racontent aussi un formidable élan de solidarité à travers une spectaculaire action de sabotage administratif. Valérie Portheret décrit avec détail cet épisode porteur d’espoir mis en place en se jouant des bases légales officielles. L’auteur rend hommage aux héros de la Résistance : l’Abbé Glasberg et Jean-Marie Sautou (Amitié Chrétienne), Charles Lederman, Georges Garel, Lili Tager, Dr Weill (œuvre de secours aux enfants – OSE), le Pasteur Boegner, Gilbert Lesage – Directeur du service social d’Aide aux étrangers, au rôle déterminant qui usera de son autorité pour sauver des internés, le Cardinal Gerlier alors Archevêque de Lyon et le père Chaillet (Témoignage chrétien) ; sans oublier le rôle de la Cimade, des représentants du service social d’aide aux migrants, des éclaireurs israélites, de l’Union des femmes juives (MOI) et de tant d’autres. 

Serge Klarsfeld a raison d’écrire dans sa préface : « Merci à Valérie pour cet ouvrage si révélateur pour le grand public, qui apprendra ainsi, par une lecture passionnante, que ses aïeux confrontés à un Etat persécuteur, surent sauver l’honneur de la France et la très grande majorité des enfants juifs qui y vivaient ».

Et Boris Cyrulnik d’ajouter : « La majorité de la population désirait obéir pour se sentir tranquille, sans avoir la conscience d’un crime, et une minorité n’obéissait pas au gouvernement. Bien documenté par une recherche d’archived et d’entretiens émouvants, Valérie Portheret démontre comment un délire logique a pu embarquer une population […] et comment dans ce même torrent d’autres groupes humains ont navigué sans se laisser entraîner ».

Et Valérie Portheret de conclure : « En 2016, j’ai soutenu une thèse de Doctorat sur le sauvetage des enfants de Vénissieux. Pour beaucoup d’enfants sauvés et des enfants de sauveteurs, témoigner à visage découvert a été une façon de mener un combat contre le négationnisme. Avec ce livre, j’aimerais que les lecteurs, notamment les jeunes générations, retiennent que les Justes de France incarnent le meilleur de l’Humanité. Car tous et toutes ont considéré n’avoir rien fait d’autre que leur devoir de femme et d’homme. Qu’ils soient le fil rouge pour aider tout un chacun à devenir un citoyen républicain et humaniste ».

Cet ouvrage participe donc de cet engagement déterminant de tous ces hommes et femmes pour le sauvetage des enfants, inscrit dans le travail d’Histoire et de Mémoire de Valérie Portheret. 

Pour commander le livre : https://www.laprocure.com/vous-aurez-enfants-document-valerie-portheret/9782374480664.html



Anne Bassi

Présidente de l’agence Sachinka et chroniqueuse littéraire d’Opinion Internationale, Anne Bassi vient de publier son premier roman, « Le silence des Matriochkas » (Editions Berangel).

 

 

 

 


 

 

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Présidente de Sachinka, chroniqueuse littéraire

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