La chronique de Jean-Philippe de Garate
10H00 - lundi 7 décembre 2020

Le Japon, si loin, si près. Chronique d’une nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

Le Japon est une île. Une île – un archipel d’îles- entourés d’eau. De beaucoup d’eau. Un océan pas très pacifique guette à ses portes. Et il faut croire que la menace permanente de la masse immense la rende respectable mais finalement indifférente. Comme si l’élément aqueux n’avait pour effet que de diluer et absorber certaine couleur sombre qui recouvre notre terre et notre ciel certains jours. Un mouvement irrépressible saisit l’Europe -hormis les calmes Suisses- et fait basculer nos « plaques tectoniques mentales », à un point tel que rien ne semble plus exister hormis « la chose ». Et la terreur de « la chose ». La Covid, la crise économique, la dépression, la CHOSE !

L’Empire du Soleil Levant connaît les plaques tectoniques, les vraies, les bien tremblantes, et s’il ne mésestime pas « la chose », il sait la laisser à sa place. Et la traiter …pas plus mal que d’autres. 

Avant la fin de l’été, « la chose » sera réduite, l’Europe de son côté pansera ses plaies et retournera à ses blablateries, même si quelque chose aura changé. A employer sans discernement des termes tel « confinement » et « autorisations nianiania », quand il s’agit « d’assignations à résidence » pour chacun de ses présumés citoyens, le régime politique français se sera encore un peu plus détérioré.

Et comme certains m’ont écrit pour dénoncer ceci cela, il semble utile de rappeler quelle est la logique qui fait droit. En France, en République indivisible, il n’y a pas de « portion ». On ne peut donc disjoindre la nation et « confiner » un groupe. Que ce groupe soit l’ensemble d’une population de 67 millions d’habitants ferait presque sourire et à cet égard, les autorités helvétiques, par opposition, ne s’avèrent non pas seulement mesurées mais surtout, assurément républicaines. Il n’y a, dans une République, que des hommes debout. On les appelle des citoyens. On ne confine pas des citoyens, on les prie de vouloir demeurer des citoyens raisonnables. Le cas échéant, on édicte des recommandations de limiter au maximum leurs déplacements. Et comme diraient les Suisses : « on ne va pas trop se presser ». 

Que la logique épidémiologique se heurte en France à la République est absolument normal. La nature, la médecine, ne sont pas des mondes de paix, d’égalité, mais de guerre totale. Sans égards pour l’ennemi, cette mort qui guette. On lutte et on détruit l’adversaire, on écrase la maladie et on éradique une épidémie. Les médecins sont pleinement dans leur rôle et l’aide ne doit pas leur être mesurée. Qu’ils soient associés aux mesures administratives de protection des citoyens, enfin que soit mis en application ce qu’on peut lire dans les divers Codes – Santé Publique notamment- et la littérature juridique y afférant, tout cela ressortit du domaine de l’évidence, du bon sens. Mais que le président donne la parole à des praticiens « experts » constitue un abandon qui ne dit pas son nom. La politique se conduit, elle n’est pas dictée par des conseillers. Et leur vocabulaire. Ce n’est pas rien. Imagine-t-on Charles de Gaulle mis en confinement ? 

Le Japon, si loin, n’est pas une République. Mais pour autant, les sujets de l’Empereur existent comme tels. Faut-il le redire ? Le « confinement » est une « mesure » qui s’applique aux troupeaux lors des épizooties. Il n’y a pas de confinement dans l’Empire du Soleil Levant, parce que les sujets eux-mêmes ont consenti à demeurer chez eux, pour une série de raisons dont la première est le respect dû à autrui, l’honneur dû à soi-même, et l’acceptation de la demande qui leur a été présentée par leurs autorités. Une tradition de politesse qui va au-delà des seules formes, précisément, de politesse.

La Suisse, si près, est une Confédération de cantons républicains. Elle n’a pas attendu longtemps pour dénoncer la politique spectacle. Les fils de Grandson et Morat, les héritiers de Calvin et Théodore de Bèze sont avant tout attachés au Libre Arbitre et ils ont raison.

Il n’y a pas de République si les citoyens sont privés de leur Libre Arbitre. Ce qu’on nomme depuis des lustres (1971) « monarchie républicaine », qui n’est ni république ni monarchie mais une « machina », use et abuse des mots, des postures, et si on peut tirer une conclusion de ces tristes préludes, c’est ce nouveau basculement autoritaire -mais où l’autorité est d’autant plus voyante qu’elle s’efface devant d’autres, les experts du moment, en attendant les prochains- et cet affaissement de notre réflexion, pour ne pas dire l’ensemble de l’univers mental. Cette maladie n’est pas celle qu’on dit mais cette folie a-républicaine que Houellebecq et quelques autres, praticiens hospitaliers épuisés et hommes lucides, avaient déjà décelée.

Quand l’Europe broie du noir, le Japon regarde l’océan. Et les Suisses leurs pieds. Au moins, eux savent où ils vont. Et comment y aller. Vous savez où va la France ? Ah… oui ? Vous avez bien de la chance !

 

Jean-Philippe de Garate

 

 

 

 

 

 

 

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