La chronique de Patrick Pilcer
11H49 - lundi 2 novembre 2020

Pas de relance économique en Europe sans allégement des contraintes pesant sur les banques et assurances. La chronique de Patrick Pilcer

 

La crise économique générée par la Covid 19 aura mis en lumière le besoin criant de fonds propres de nos entreprises, et particulièrement en France.

On peut certes inciter les particuliers à investir directement dans le capital des entreprises, mais est-ce le meilleur moyen ? Ne fait-on pas prendre un risque important à l’épargne des Français en optant pour cette solution ? En passant de l’ISF à L’IFI, plutôt que de supprimer simplement un impôt néfaste, le président Macron a incité les épargnants à quitter l’immobilier pour acheter des actions. En bousculant ainsi la structure de l’épargne en France, il a choisi de mettre en risque les compléments retraite des Français. Il suffit de voir les krachs successifs en Bourse cette année pour s’en convaincre. Il peut, certes, reprendre la fameuse phrase de Balladur, après le krach de 1987 qui a suivi les privatisations, « pas vendu, pas perdu », mais il aura du mal à convaincre les épargnants.

Par contre, c’est le rôle des banques et des assureurs de participer à la vie des entreprises, à leur capital, à leur tour de table. Ils savent faire, ils ont les outils pour le faire efficacement. Sauf que depuis la crise des Sub-primes, les gouvernements et les régulateurs partout dans le monde ont considérablement réduit leur capacité à investir. Pour se protéger contre l’aléa moral, à savoir l’asymétrie « privatisation des profits/nationalisation des pertes » en cas de faillite bancaire, il a été imposé aux banques, via les accords de Bâle III, et aux assureurs, via les normes Solvabilité II, une hausse forte des fonds propres face aux risques pris. Ces normes ont considérablement durci les règles précédentes. Face à un risque pris sur des obligations d’Etat de telle zone, tant de fonds propres, face à des obligations privées risquées, tant de fonds propres, face à des actions cotées en bourse, tant de fonds propres, face à des actions non cotées et capital investissement tant de fonds propres (et bien sûr bien plus que si les actions étaient cotées).

Tout cela paraît cohérent et nécessaire, indispensable. Sauf que ces normes pénalisent bien plus, en termes de besoin en fonds propres, les banques et assureurs européens que les acteurs américains. En effet, aux Etats Unis, il est très courant pour une entreprise de se faire coter en bourse. Il s’agit là d’une démarche naturelle. En France par contre, il est très rare qu’une entreprise opte pour une introduction en bourse. Du coup, à risque égal, s’il choisit d’investir dans le capital d’une PME PMI, une banque ou un assureur français devra mettre en face de son risque bien plus de capital qu’une banque ou qu’un assureur américain. A fonds propres identiques, l’acteur européen pourra mathématiquement moins investir dans le capital des entreprises qu’un acteur américain, et il privilégiera la dette plutôt que les fonds propres.

Ces normes pénalisent trop fortement nos banques et nos assureurs, et par conséquent nos entreprises, notre économie, notre pays. Ces normes sont très utiles, elles sont un garde-fou indispensable qui préserve de l’aléa moral évoqué plus haut. Mais il convient de les recalibrer, de diminuer le besoin en fonds propres lorsqu’une banque ou un assureur investit dans le capital d’une entreprise. Les Américains ont été astucieux dans la mise en place des normes après la crise des sub-primes. L’adoption de ces normes a également permis de diminuer les capacités d’action de leurs concurrents européens, voire de casser cette concurrence, en facilitant le retour à meilleure fortune des banques et assureurs de Wall Street.

Rappelons-nous la force et la vigueur des banques européennes dans les années 90, et comparons cela aujourd’hui, après la crise des sub-primes, essentiellement américaine, et la mise en place des normes Bale III !

Il est temps de desserrer l’étau qui étreint les banques et les assureurs européens et particulièrement français. Il ne faut pas trop alléger cela non plus, on ne propose pas un « open bar », mais il faut trouver le juste équilibre. Il en va de notre souveraineté économique. Nous avons besoin de banques et d’assureurs forts, qui participent pleinement à la relance de l’économie de notre pays.  

 

 Patrick Pilcer

Conseil et Expert sur les Marchés Financiers

 

 

 

 

 

 

 

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