La chronique de Jean-Philippe de Garate
06H50 - dimanche 3 mai 2020

Nicolas, né un 3 mai. Chronique de la nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

Que reste-t-il d’un homme ? Une marque, une trace, pas grand-chose en vérité … et pas longtemps. Avec de rares exceptions.

A peine les portes de la basilique Santa Croce de Florence refermées fin juin 1527, le monde occidental a su que le corps qu’on y avait déposé irradiait au-delà même de la sphère politique dont il avait fait sa chose. Connaissance qui, durant son séjour terrestre, ne lui avait épargné ni prison, ni supplice de l’estrapade, ni même relégation. Mais ce qu’avait mis à jour Machiavel, ce n’était rien moins que les premiers postulats de la science politique.

Les règles de l’Etat romain, celles issues de l’Eglise et avant elles, les controverses antiques ; l’histoire et les récits des faits – y compris ceux de la longue, très longue période des invasions barbares et de l’écroulement d’un monde, période à laquelle nous devrions sérieusement réfléchir – ne suffisent pas. Que le Prince soit en italien « Il Principe » place en relief les postulats, les bases, les principes de la science politique.

Le premier principe politique, c’est étonnant de le dire, c’est le théâtre. Machiavel est d’abord un remarquable auteur de théâtre ! Pas seulement les pièces ! Le théâtre des hommes. Leurs masques ! Question ô combien actuelle ! Les hommes, entraînés par mille désirs contraires, en représentation constante d’eux-mêmes, se perdent dans des fadaises. L’Histoire est une vaste constellation d’étoiles perdues, la longue collection d’Empires enfouis dans le sable.

Le Prince, lui, sait ce qu’il veut. Et le prix à payer. Tel le fils du pape, César Borgia, il sait contourner quatre cinq collines de Romagne, flatter les potentats et alliés nécessaires, déterminer ses condottorieri à occire les ennemis -et vite- mais aussi, attendre, attendre encore le vent pour mettre à la voile. Frapper au moment opportun. C’est simple, la politique ! Quand on en a une !

Comme nous le rappelait notre ami ès lectures philosophiques, Michel Taube, le concept de machiavélisme a été inventé par les ennemis postérieurs du grand homme qui voulaient détruire sa réputation. Mais, heureusement, la vérité finit toujours par triompher et l’œuvre de notre Nicolas s’est imposée dans la postérité pour ce qu’elle est : une œuvre de liberté, dans cette lignée qu’il a inaugurée, mais qui provient des nominalistes et de plus loin dans le temps des hommes, et qui va de Spinoza à Nietzsche. Le prince de Machiavel n’est jamais un tyran, parfois peut-être un despote éclairé. Toujours il doit savoir être aimé autant que craint !

C’est presque un jeu d’enfant que de relever dans l’histoire de France ceux qui avaient une politique et la foule des « importants » qui, à l’évidence, n’ont fait que rêver de la pourpre pour finir en costume cravate. Pour notre malheur, ces histrions seront toujours ultra-majoritaires. Combien de Hollande et son héritier Macron pour un Charles de Gaulle ? Calonne, Waddington, Laniel, vous vous rappelez ? Paul Doumer ? Lui, oui, on s’en rappelle dans la Perle de l’Empire, la belle Indochine. Doumer y a créé la Régie de l’Opium… Alors, s’il vous plaît, arrêtez de nous parler de morale ! La morale… Elle empeste plus que les dix mille maisons closes fermées en leur temps, ou les très actuelles et lucratives EPHAD aux climatisations et ventilations « sur option » durant canicules et confinement. Victimes du Corona ? Annoncées officiellement « hors EPHAD ».

Vespasien, voilà la seule référence de la morale publique ! L’argent n’a pas d’odeur. Et si ça ne suffit pas, nous parlerons plus tard de la « contrainte par corps ». Comment l’Etat perçoit l’argent de la drogue et de la prostitution, payé par les mafias. Appelez-ça lobbies si vous préférez… Oublions certain laboratoire. Nombre de commerces ont été fermés, le confinement durant… Mais les tabacs, pas un jour ! pas un seul ! Taxe sur le tabac : 92% …

L’argent n’a pas d’odeur, le sang non plus. Il existe une alliance plurimillénaire entre le pouvoir et la mort. La situation actuelle, ce règne de la chauve-souris nocturne, a mené les drones de l’Etat au-dessus de nos têtes courbées. Pas de quoi pavoiser le 14 juillet ! Car finalement, la grande nouveauté de Machiavel se résume à un geste : ce geste simple mais sec du grand frère qui saisit notre tête pour la tourner vers ce que nous ne voulons pas voir. A aucun prix ! Nous préférons tant le rêve à la réalité ! La grande cérémonie réconciliatrice, le Beaujolais si peu nouveau ! Si nous en avons le temps, relevons les dates de ces élections qui ont porté à notre tête des gens qui à l’évidence, n’avaient rien à y faire. Qui, hormis deux trois « trucs » sans la moindre portée, n’ont pas su quoi faire et surtout, où ils allaient.

Notre pseudo-Jupiter redevenu Henri Queuille ou mieux, Hollande 2. La France ? Une boutique à liquider. Référence Ricœur ? Bon pour la photo. Point barre. Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’ait été précisément guillotiné le roi qui, maître d’une belle marine et de vrais projets, s’interrogea jusqu’au bout, quelques minutes avant qu’on le coupe en deux : – Où est Monsieur de La Pérouse ? L’amiral voguait dans le détroit qui porte son nom, au nord du Japon. Un peu loin, sans doute. Il aura fallu attendre Chirac pour y retourner. Sans navire.

Machiavel ne croit pas au « progrès ». Parce que les hommes ne changent pas, et seule compte la « virtu ». Que ce terme soit intraduisible en dit long sur… nos politiques actuels.

La « politique politicienne », ou la politique sans politique, empiler des décrets et du papier, ces administrations hospitalières délirantes, sans maître, c’est l’art de perdre son temps. Et des vies ! Le temps, cette donnée machiavélienne ! L’intelligence, c’est maintenant, pas demain ! Masques de théâtre, gel des neurones, gants d’équarisseurs … Cesare Borgia, ou l’économie des moyens. Et surtout, avant tout : la réflexion LIBRE. Toutes les options doivent être étudiées.

Faut-il dépecer l’Etat en France ? Provincialiser la nationalité ? Créer des villes libres, des Cités, avec fiscalité attractive ? Non, pourquoi non ? Augmenter la TVA pour éviter la glissade façon Liban Grèce Italie ?

Elire nos juges au suffrage universel ? Bannir nombre de prisonniers et couper à la hache les ministères, leurs 127 services dont 83 inutiles ? Renvoyer les milliers d’enseignants de la rue de Grenelle dans les écoles de Jonzac, Aubervilliers et Bressuire. C’est si simple ! Refonder des régiments, leur donner des fonctions d’urgence sanitaire et de sécurité, retisser la France. Ficher la paix aux entreprises, refonder une industrie et rendre leur dignité aux salariés, aux pauvres, au peuple. Pourquoi est-il interdit de penser en France ? La méthode ? Machiavel !

Alger, 1958, vous vous rappelez : « Je vous ai compris ». Oui, il faut mentir un peu pour ne pas mentir sur l’essentiel. Ça vous choque ? Et la chauve-souris au-dessus de nous, c’est quoi ? Un signe. « J’ignore d’où cela vient, mais mille exemples prouvent que jamais il n’arrive aucun grand changement qui n’ait été annoncé par des devins, des révélations, des prodiges ou des signes » (Sur la Première Décade de Tite-Live, I- LVI).

Nicolas Machiavel, né un 3 mai. Celui qui l’a mieux résumé, c’est Bonaparte : « chaque jour perdu est un risque de malheur pour l’avenir. »

 

Jean-Philippe de Garate