Monde
13H12 - vendredi 13 mars 2020

Jérôme Coumet : « mes cent premiers jours à la mairie du 13ème arrondissement de Paris »

 

Jérôme Coumet, vous êtes Maire du treizième arrondissement de paris depuis 2007. Le treizième a beaucoup changé depuis cette date-là.Qu’est-ce qui va changer de plus dans l’arrondissement si vous êtes réélu ?

Le 13ème est un arrondissement en pleine évolution, c’est rare qu’un territoire change de manière aussi importante. Il y a plusieurs facteurs : la reconquête de territoires qui n’étaient pas urbanisés, des zones au-dessus des voies ferrées notamment, des rénovations urbaines très profondes. L’arrondissement avait été urbanisé dans l’urgence dans les années 60, puis dans les années 70-80. Et puis est apparue une sorte d’identité culturelle qui n’existait pas, avec l’arrivée de l’université et de lieux de culture. C’est pour moi très important de suivre cette évolution et de l’accompagner.

 

Si vous deviez résumer votre programme pour les six ans à venir, quels termes utiliseriez-vous ?

Essentiellement quatre axes : la transition écologique, le treizième des innovations, la culture et l’accueil des familles.

 

Vous avez fait du treizième la capitale française, sinon mondiale du Street Art : vous vous définissez comment, comme un maire pop rock ? Vous allez bientôt inaugurer une rue David Bowie.

Oui, ça a été décidé lors du dernier conseil municipal. C’est une rue qui reste à créer et qu’il fallait baptiser : elle jouxtera la gare d’Austerlitz.

Suis-je un maire pop rock ? Vous savez, il faut sentir l’air du temps. Pour le Street Art, on a été les premiers à se saisir de ce mouvement et à le faire entrer pleinement dans le domaine urbain avec des grands murs, un musée à ciel ouvert, des événements comme la Tour 13. Je voulais confirmer la dimension culturelle de cet arrondissement qui accueille déjà beaucoup d’ateliers d’artistes, c’est celui à Paris où il y en a le plus, et le Street Art a permis d’accentuer cette nouvelle identité de l’arrondissement.

 

Vous êtes candidat sur la liste d’Anne Hidalgo. Je me trompe peut-être, mais on ne souligne pas souvent la continuité entre les mandats de Bertrand Delanoë et celui d’Anne Hidalgo. Vous avez été Maire avec les deux. Hidalgo aurait-elle oublié l’héritage Delanoë ?

Non, elle et nous en sommes fiers. J’ai travaillé avec les deux, et cette continuité je la vis. Avec Bertrand Delanoë, c’était la nouveauté : on passait de l’ère Tibéri et de la droite à quelque chose de vraiment nouveau. Pour la première fois il y avait une sensibilité de gauche, progressiste qui venait aux manettes  et ça nous a permis d’impulser beaucoup de choses.

Ensuite je n’ai pas vu de grandes différences entre les deux mandatures : je sens bien que maintenant que Bertrand Delanoë s’est retiré, tout le monde s’inspire de lui, et tant mieux.

Mais je peux vous dire qu’à l’époque de Bertrand Delanöe, les débats étaient tout aussi vifs et violents. On ne s’en souvient pas, mais la question du tramway sur les boulevards des Maréchaux a été fortement contestée. Les couloirs de bus aussi ont fait énormément polémique à l’époque, alors qu’aujourd’hui personne n’oserait revenir sur cette orientation.

 

Est-ce que vous craignez le « tout sauf Anne Hidalgo » ?

Ce n’est pas ce que semblent dire les sondages. Non, ce que je crains, c’est que l’on oublie l’importance du vote local, du vote d’arrondissement. Je défends la montée en puissance des mairies d’arrondissements, je ne le dis pas contre Delanoë ou Hidalgo, les deux l’ont accompagnée. Mais le scrutin est un double scrutin, un scrutin local et un scrutin parisien. Le problème que nous rencontrons, nous, maires d’arrondissement, quelque soit notre orientation politique, c’est que la médiatisation ne parle que de Paris. Or moi je défends un projet pour le 13ème, j’ai présenté 134 propositions auprès des habitants et il ne faut pas oublier qu’un arrondissement comme le 13ème est plus grand que la ville de Grenoble et contient presque autant d’habitants que la ville de Lille. Donc beaucoup de choses seront réalisées au niveau local. Après, évidemment, nous faisons aussi campagne sur le plan parisien.

 

Donc c’est d’abord la candidature Coumet ?

Non ce n’est pas « d’abord », mais il ne faut pas oublier que les électeurs votent au plan local, sur des noms et des listes d’arrondissement. Et cela, les sondages ne le mesurent jamais.

 

Il y a beaucoup d’habitants asiatiques dans votre quartier. Or la crise du coronavirus est venue de Chine et il y a eu beaucoup d’inquiétudes et de discriminations qui ont frappé la communauté asiatique. Je lance un forum sur cette question la semaine prochaine. Avez-vous un message à faire passer aux Français d’origine asiatique qui vivent dans le 13ème ?

J’en ai deux. Nous avons été à notre niveau très mobilisés en essayant d’être très protecteurs. Nous sommes allés avec la maire de Paris déjeuner dans des restaurants asiatiques, à plusieurs reprises, avec des représentants de la communauté asiatique pour faire passer un message de solidarité.

Deuxième message : beaucoup de gens ont pensé que l’épidémie pouvait entrer dans notre pays via la communauté asiatique et donc via le treizième arrondissement ! Ce n’est absolument pas ce qui s’est produit. C’est la meilleure réponse qu’on puisse faire.

Par précaution et prévention, des mesures courageuses ont été prises : l’annulation des défilés du nouvel an par exemple. Les personnes qui rentraient de Chine ont été extrêmement disciplinées et se sont auto-contrôlés.

 

On le dit peu mais beaucoup se sont auto-confinées non parce qu’elles portaient le virus mais par prévention ! Il faut le saluer. Aussi bien à Belleville que dans le treizième arrondissement il n’y pas eu de cas de contamination ! Opinion Internationale et moi-même n’arrêtons pas de le rappeler et organisons la campagne « Ensemble contre le coronavirus et les préjugés ».

 

Une dernière question : avez-vous un message à faire passer, un point important à évoquer ?

Oui, je pense qu’une et de la capacité d’absorption de ces problèmes par les villes. Ces élections sont importantes justement parce qu’on est très préoccupés par la capacité des villes à inventer de nouvelles procédures et de nouveaux matériaux.

On parle toujours des catastrophes à venir, mais rarement des solutions d’aujourd’hui : or c’est elles qui permettront d’éviter les catastrophes de demain. C’est intéressant aujourd’hui de voir les enjeux locaux, car c’est localement que beaucoup de solutions pourront être trouvées et expérimentées. Une grande partie des solutions viendront des villes ! Par exemple dans le 13ème, nous avons initié le premier éco-quartier de Paris. D’autres innovations viendront réinventer notre quotidien.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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