Monde
13H16 - vendredi 13 mars 2020

Jean-Pierre Lecoq : mes cent premiers jours à la mairie du 6ème arrondissement de Paris

 

 

Vous êtes maire depuis 1994. Un nouveau mandat peut-il avoir un sens nouveau ou assurerez-vous juste une continué ?

J’ai achevé le mandat de mon prédécesseur décédé en 1994. Par la suite, j’ai été élu, de 1995 jusqu’à cette année. J’ai exercé trois mandats en travaillant à plein temps à côté de mon mandat de maire. Je sais donc qu’il est difficile de gagner de l’argent et facile d’en perdre.

Je suis désormais à la retraite et compte m’investir d’autant plus dans mon mandat de maire que je m’inscrits dans une stratégie de reconquête de la capitale. J’ai écrit un petit livre l’été dernier à ce sujet : « Une certaine idée de Parsi » (éd. Cent mille milliards). De fait, depuis vingt ans, Paris est sous les couleurs rouge, rose et verte avec Delanoë et Hidalgo. Nous en voyons bien les effets : l’abandon de l’espace publique et la faiblesse de la démocratie participative. Il y a également le véritable besoin de réajustement financier sur certaines thématiques oubliées. Imaginez qu’une crue de la Seine arrive juste avant les Jeux Olympique de 2024 alors que presque tous les arrondissements de Paris seront concernés par ces jeux. Voilà un défi auquel il est urgent de se préparer.

 

Que pensez-vous du candidat d’Agnès Busyn à la mairie de 6ème, Gaspard Gantzer ?

J’ai maintenant suffisamment de sagesse pour ne pas vouloir accabler certains candidats. Gaspard Gantzer, dont j’ai apprécié les qualités de sa maman qui est une pédiatre renommée et qui a soigné mes enfants, a voulu être candidat à la mairie de Paris. Il a donc passé son été dans les salles de rédactions à essayer d’affoler la population avec l’incendie de notre Dame, et il a plafonné à 1% dans les sondages. Il y a deux mois, il était candidat dans le 15ème arrondissement, où il jurait qu’il ne se rallierait à personne et il y a deux semaines, il a passé un accord avec Agnès Buzyn pour le 6ème arrondissement. Ce qui a crée la fureur des partisans de Gantzer. On se souviendra aussi de lui comme étant le mauvais communiquant, voir le mauvais génie de François Hollande à l’Elysée ainsi que comme un ancien collaborateur de Christophe Girard à l’Hôtel de Ville.

Les cent premiers jours d’un maire qui est déjà en poste depuis de nombreuses années, ça n’a pas forcément un grand sens symbolique, mais peut-être avez-vous une mesure particulière ou un projet que vous n’avez pas encore réalisé ?

 Tout dépend de la politique de la Mairie de Paris, d’où l’importance de la majorité. Mais je dirai deux choses tout de même, c’est l’importance de redynamiser l’espace public. Je suis aujourd’hui le « technicien de surface du 6ème arrondissement » et je me trouve plutôt efficace en la matière. Je passe beaucoup de temps à faire des photos de tags, de poubelles renversées, de potelets à changer…

Pourtant, lorsque je compare mon arrondissement à d’autres, j’ai beaucoup moins de choses à signaler, donc c’est plutôt bon signe. Dans un autre domaine, je vais donner en exemple Tarnier, qui est un très bel immeuble de 8000m2 situé au sommet de la rue d’Assas, qui se dégrade depuis qu’il a été donné à l’Assistance publique ­— utilisé par le groupe Cochin qui l’utilise comme « cul de basse-fosse » si je puis m’exprimer ainsi — et cela sans l’entretenir puisque les bâtiments ne leurs appartiennent pas. Et chacun sait que la gestion immobilière de l’AP-HP est proche de zéro. Donc voici un combat que je mène depuis dix ans et qui est sur le point d’aboutir.

 

Rachida Dati peut-elle vraiment être maire de Paris, connaissant la complexité de la ville de Paris et le système électoral à trois tours.

Il y a quelques mois, je vous aurais répondu que les chances sont minces. Aujourd’hui la victoire est possible. Mais j’ai été impressionné par la remontada qu’a effectuée Rachida Dati. Aujourd’hui, ce n’est pas gagné compte tenu du deuxième tour, mais nous pouvons l’envisager. Tout dépendra des résultats du premier tour, des alliances et de la capacité à fédérer de Mme Dati.

 

Pensez-vous qu’il soit possible qu’Agnès Buzyn et Rachida Dati puissent être l’une la première adjointe de l’autre ou inversement ?

Je n’y avais pas pensé, je vous félicite pour cette question pertinente. Nous n’avons jamais vu deux têtes de listes s’affrontant et qui se rassembleraient après. Mais dans le contexte actuel, bien que cela semble improbable, avec la situation d’abandon que Paris vit, cette ville mériterait bien une alliance. « Paris vaut bien une messe » pour faire référence à Henri IV.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication

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