Monde
11H13 - vendredi 13 mars 2020

Coronavirus, municipales, islamo-centrisme, banlieue rouge : l’interview vérité de Jean-Christophe Lagarde

 

Jean-Christophe Lagarde, vous êtes le président de l’UDI et député de la circonscription Drancy – Bobigny en Seine-Saint-Denis. Ces élections municipales, sont-ce 34.968 scrutins locaux, ou est-ce également une élection nationale ?

Ce sont 34 000 scrutins locaux parce que dans une commune, au-delà des appartenances ou des préférences politiques, qui ont d’ailleurs été très bousculées ces dernières années, nous sommes toujours en présence d’élections aux enjeux locaux.

Des candidats sont capables, alors qu’ils ne sont pas d’accord sur la politique nationale, de se rassembler pour porter des projets municipaux. C’est en tout cas ce que les candidats UDI ont souhaité faire et ont eu consigne de faire. Il n’y a que l’extrême-gauche et l’extrême droite avec qui nous ne souhaitons en aucun cas travailler, conformément à la philosophie politique de l’UDI.

Deux zones rurales ou deux banlieues n’ont pas les mêmes problèmes et donc doivent avoir des politiques différenciées et des réponses personnalisées. Dans l’ensemble des communes de France, il faut s’adapter au terrain, aux enjeux réels et concrets d’une ville plutôt que d’aller faire de l’idéologie partisane.

En plus, nous ferons plus facilement redémarrer le pays à partir de l’échelon local plutôt qu’à partir de l’échelon national et d’une institution hyper présidentialisée.

 

Donc vous n’appellerez pas le chef de l’Etat à tirer les conséquences politiques d’un éventuel échec de LREM aux municipales ?

Je milite politiquement depuis plus de trente ans, j’ai toujours dénoncé et considéré comme stupide cette idée qu’au moment de l’élection municipale, on votait pour ou contre le gouvernement. Dans ces élections, vous ne changez pas de gouvernement mais vous changez de maire, vous renouvelez ou vous changez l’équipe municipale qui doit gérer votre quotidien.

Dans une démocratie, il y a des échéances. Il y a un moment pour juger le chef de l’état, juger le gouvernement, juger les parlementaires, cela s’appelle les élections présidentielles et les élections législatives. Et il y a un moment pour juger ceux qui gèrent les communes. Ce sont les municipales.

Bref ce n’est pas un référendum pour ou Emmanuel Macron comme ce n’était pas le cas avec François Hollande, Nicolas Sarkozy ou leurs prédécesseurs.

 

Ma réponse à la critique d’islamo-centrisme

Parlons du 93. Pour aller directement aux choses qui fâchent, un grand hebdomadaire a titré et vous a accusé d’islamo-centrisme. Que répondez-vous à ces propos ?

D’abord, ils m’inspirent du dégoût et de la honte pour l’hebdomadaire en question mais surtout pour l’auteure du torchon qui n’est qu’une manipulation politique à un mois des élections municipales, fomentée par une petite bande de fripouilles qui sont des opposants locaux. Ils ont alimenté une journaliste qui a écrit sous leur dictée les rumeurs les plus folles qu’ils font courir depuis des années. Ce torchon sera poursuivi et condamné en justice pour diffamation mais pas avant dix-huit ou vingt-quatre mois, en raison des lenteurs de la justice.

Ce que j’observe simplement, c’est que tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans nos communes en ont fait des gorges chaudes et ont essayé de gagner de l’audience sur notre dos. Tous ceux qui connaissent nos communes et qui y vivent ont ri, ri jaune, parce qu’il n’y a, ni à Drancy ni à Bobigny, pas plus d’islamo-centristes que de voyoucratie ou de dérive salafiste. Les municipalités ne sont pas sous la coupe de qui ce soit, sinon de ses électeurs ou des élus qu’ils se sont choisis.

Ce livre est une cabale qui est née d’un triple racisme de l’auteure et de ceux qui lui ont dicté son livre. Ce racisme est social, ethnique et religieux. Le racisme social, c’est d’affirmer que quand on est dans un quartier populaire et pauvre, on ne peut pas voter autrement qu’à gauche. Sinon, il y aurait un truc… C’est dans les premières pages de ce torchon. Pardon, mais ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on n’a pas la liberté de choix et de conscience. Pendant des décennies dans nos communes, les communistes ont enfermé les gens dans la misère pour mieux pouvoir les utiliser. En revanche, ce que des maires centristes ont fait ces dernières années, c’est investir au maximum dans l’éducation et dans l’accompagnement vers l’emploi pour permettre aux gens d’être autonomes afin qu’ils ne dépendent plus de la mairie.

Le racisme ethnique vise les maghrébins. On voit qu’il y a une population ciblée. Quand tu es maghrébin, dans ce torchon, soit tu es voyou, soit tu es islamiste. Mais tu ne peux pas être citoyen, salarié, travailleur, père et mère de famille. Ou alors ce serait l’exception. C’est une insulte à une population entière. C’est une façon d’alimenter le séparatisme, de dire : « on ne veut pas de vous car vous ne pouvez pas être comme nous ». Moi ce qui m’intéresse, c’est ce que les gens font et non ce qu’ils sont.

Enfin, c’est un racisme religieux qui vise la communauté musulmane avec une thèse folle développée dans ce livre qui serait que pour séduire les musulmans dans nos communes, il faudrait être ami avec des barbares antisémites, flatter les bas instincts présupposés de musulmans qui auraient des sympathies, des accointances, une forme de plaisir ou de complicité avec ces barbares qui ont martyrisé, torturé et tué ce pauvre Ilan Halimi. C’est affirmer que si on est ami avec des musulmans, on est de leur côté et on veut tuer tous les juifs, les martyriser, les torturer.

Enfin, deux remarques : l’auteure qui prétend avoir fait une enquête n’a jamais demandé à rencontrer et à échanger avec une seule des personnes qu’elle met en cause, ni moi, ni d’autres. Elle s’est contentée, pour la forme, d’envoyer quatre questions par mail quelques jours avant le bouclage de son bouquin. Qui peut appeler cela une enquête, sans écouter différentes versions ? C’est un mauvais roman ; pas une enquête !

Les journalistes parisiens qui ont relayé ces salissures sont-ils venus auparavant sur le terrain vérifier, enquêter ? Je vous laisse deviner la réponse… S’ils avaient croisé la communauté juive de Bobigny ou de Drancy, ou les autres communautés religieuses, s’ils avaient rencontré des musulmans, ils se seraient abstenus de se rendre complices de ces calomnies ! Il faudra bien faire le procès de cette complicité passive d’un modèle médiatique qui ne fait plus son travail. Le devoir d’un média est d’enquêter, de vérifier, de contrôler, de hiérarchiser. Et ça n’a pas été fait.

Quant au communautarisme, il faut cesser l’hypocrisie française. Il y a des communautés dans notre pays, elles existent et sont d’ailleurs de natures diverses. La première des communautés, c’est celle de la cité, celle du quartier parce que des gens différents vivent ensemble, ce qui crée entre eux de la solidarité.

La deuxième communauté, elle peut être d’origine ethnique ou religieuse, avec une culture partagée. Ces cultures, soit vous les ignorez, vous refusez de les recevoir, vous refusez de les considérer et dans ce cas vous alimentez les séparatismes en leur disant : « vous n’avez rien à faire avec les autres catégories de la population ». Soit vous faites en sorte qu’elles puissent être des interlocuteurs des collectivités locales, de l’Etat, et qu’elles se rencontrent et travaillent ensemble. Alors les barrières disparaissent peu à peu, et la communauté nationale transcende tout çà.

Le communautarisme, c’est quand on enferme les gens dans leur communauté. Nous, nous faisons en sorte qu’elles puissent se rencontrer. Je citerai en exemple le centre culturel berbère que j’ai créé à Drancy il y a dix ans sur l’idée que de nombreux berbères ignorent leur culture et leur identité mais que les Français d’autres horizons l’ignorent également. Aujourd’hui, le Conseil de Paris, à l’unanimité, a décidé de voter la création d’un centre culturel berbère à Paris, comme il existe l’Institut du monde arabe. Je prétends avoir été visionnaire, avec dix ans d’avance. Il y a un mois, il y avait une rencontre entre le cercle des bretons, à qui on ne reprocherait pas de faire du communautarisme, et le centre culturel berbère. Voilà des gens qui ne se seraient jamais rencontrés et pour lesquels nous avons permis d’effacer les barrières qui s’élevaient entre eux.

 

Et de plus la culture berbère est une très belle culture.

En effet, c’est une culture assez proche, dans ses valeurs et dans ses principes, de la culture française. Cela va de la place de la femme dans la société, en passant par la laïcité jusqu’à sa culture culinaire.

J’ajoute que lorsque vous intégrez des représentants de ces communautés sur des listes politiques traditionnelles, classiques, basées sur des idées et non sur des appartenances, vous faites en sorte que chacun puisse se retrouver dans la citoyenneté française. Et vous empêchez les listes ou les candidatures communautaires d’émerger.

 

Requiem pour la banlieue rouge ?

Un des enjeux franciliens de ces municipales n’est-il pas de voir sonner le glas de cette longue histoire de la banlieue rouge. De 2001 à 2014, il y a eu un véritable séisme politique avec la conquête par l’UDI, LR et d’autres centristes de mairies qui étaient tenues depuis un siècle par les communistes. 2020 devrait permettre de transformer l’essai, notamment dans votre département mais aussi dans le Val-de-Marne et dans le Val d’Oise ?

C’est un enjeu moins idéologique que de méthode. Le parti communiste a vécu sur une idéologie. Cette idéologie s’est effondrée il y a trente ans avec la chute du mur de Berlin. Il a voulu remplacer cette idéologie par la paupérisation des populations en les enfermant dans des ghettos sociaux pour les rendre dépendantes des municipalités et des aides qu’elles peuvent accorder en matière de logement, d’aide sociale…

Moi, je suis un communiste à l’envers. Comme disait Mao Tsé Toung, je préfère apprendre aux gens à pêcher que de leur donner du poisson. Et c’est ce que font les municipalités UDI qui ont conquis ces villes-là. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre elles, lorsqu’elles avaient été élues en 2008, ont été réélues dès le premier tour en 2014. La plupart d’entre elles vont être réélues très facilement parce que les gens voient la différence entre ceux qui veulent les asservir en les maintenant dans la dépendance et ceux qui veulent les affranchir en leur permettant d’apporter ce qu’ils sont à notre société.

Au lieu d’en faire des poids, des gens qui coûtent à la société, on arrive, on parvient à en faire des moteurs. C’est bien meilleur pour la société et c’est bien meilleur pour eux. Ils retrouvent la fierté de leur travail, leurs enfants se comportent différemment à l’école parce que des perspectives d’avenir se dégagent. Quand vous êtes enfermé dans un ghetto social, il n’y a pas beaucoup de perspectives d’avenir ni de raisons de s’investir dans sa propre réussite.

 

Vous êtes député de Bobigny et de Drancy. Y a-t-il un enjeu particulier à Bobigny pour ces municipales ?

Bobigny a basculé en 2014, treize ans après Drancy. L’enjeu est simple : les habitants veulent-ils retomber dans le ghetto entretenu par les élus communistes ou socialistes ou veulent-ils continuer à s’affranchir en construisant leur propre vie ?

Après, la ville a aussi des enjeux structurels importants sur l’accompagnement des Jeux Olympiques de 2024, un urbanisme qui permette de recréer enfin un centre-ville, d’accélérer la rénovation urbaine de quartiers.

Il y a enfin un enjeu de dignité : les habitants de la cité de l’Abreuvoir vivent dans des bâtiments qui n’ont même pas de doubles vitrages et pas la moindre isolation extérieure. Est-ce qu’on fait en sorte que les gens retrouvent dignité, liberté et autonomie à travers des opérations d’urbanisme qui permettent de rendre cette ville attractive ? C’est aussi l’enjeu de cette élection.

 

Christian Bartholmé fera-t-il un bon maire ?

Je connais Christian Bartholmé depuis 30 ans. Il a trois atouts : une grande qualité d’écoute des personnes qu’il a en face de lui. C’est un très bon gestionnaire : la ville, sous la municipalité actuelle (et il en est le premier adjoint), s’est à la fois désendettée, a réinvesti dans ses écoles, dans la propreté et son aménagement. Enfin il porte une vision de l’avenir.

Etre maire, je l’ai été pendant 17 ans, c’est en réalité un métier avec deux fonctions. La première, c’est de faire que la ville tourne au quotidien. Un maire, c’est une capacité d’écoute et d’accompagnement de la population en difficulté, une capacité de gestion pour ne pas promettre ce qu’on ne pourra pas réaliser. Mais être maire, c’est aussi se projeter dans une autre ville, c’est-à-dire celle qui existera dans quinze ans, celle que personne ne voit, celle pour laquelle il faut monter des projets.

Je ne donnerai qu’un exemple : au centre-ville de Bobigny, depuis maintenant une trentaine d’années, il y a un centre commercial totalement à l’abandon qui s’appelle Bobigny 2. Pendant un demi-siècle, les communistes n’ont strictement rien fait pour le faire vivre ou le remplacer. En moins de six ans, l’équipe municipale, sous l’impulsion de Stéphane de Paoli et de Christian Bartholmé, et sous sa vision, a réussi à construire un projet qui démarre dans quelques semaines.

Bobigny aura enfin son centre-ville avec un grand cinéma, des logements, des commerces, des zones de rencontre, d’échanges, de convivialité, qui permettront à tous les Balbyniens de se retrouver.

Christian Bartholmé réunit ces trois qualités indispensables pour être maire. Il est même le seul parce qu’il y a des gens qui peuvent paraître plus sympathiques au premier abord mais dont tout le monde sait qu’ils sont incapables de gérer la ville. Certains en ont déjà fait la démonstration par le passé.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication

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