Monde
16H24 - lundi 9 décembre 2019

Kohl et Mitterrand : réveillés par la secousse du Brexit. Tribune de Rodolphe Oppenheimer, Président du prix Edgar Faure

 

Antoine Santoni [à droite sur la photo], a été récompensé le 12 novembre par le prix Edgar Faure de littérature politique de l’œuvre engagée aux côtés de Nicolas Sarkozy. Avec son ouvrage intitulé « Le Brexit franco-allemand : mythe ou réalité » (Ed Ramsay). Analyse de Rodolphe OPPENHEIMER, Président du prix Edgar Faure.

 

 

A mes yeux, l’union franco-allemande est l’un des piliers fondateurs de l’Union Européenne : si elle s’effondre, l’Europe elle-même s’effondre. Or, la thèse principale que qui est défendue dans cet ouvrage, c’est que le couple franco-allemand est traversé par une véritable crise de confiance, qui est susceptible, si elle n’est pas vite apaisée, de conduire au délitement des relations franco-allemandes.

Ce délitement, Antoine Santoni l’a appelé « Brexit franco-allemand » et c’est pour moi le Brexit européen fondamental, le point névralgique, et à vrai dire, matriciel de tout Brexit. Du reste, le Brexit britannique n’en est qu’un symptôme révélateur. Pour répondre à cette crise, il nous faut d’abord identifier les points de faiblesse de la construction européenne et se poser la question fatidique : à qui profite le crime, à qui profite – osons le dire – l’Europe ? C’est bien sûr en manière de défi intellectuel que nous présentons les choses ainsi ; et dans cet ouvrage, Santoni cherche à analyser les difficultés nodales qui s’interposent entre l’Europe et son avenir, et d’en passer un certain nombre en revue.

De l’inachèvement de la construction de la zone monétaire, aux blocages persistants dans les relations militaires entre la France et l’Allemagne, en passant par les coups d’arrêt donnés par Berlin à des projets de coopération franco-allemande, les sujets épineux ne tarissent pas. Et pourtant, ces deux capitales sentent bien qu’elles ont besoin de mener la danse européenne ensemble, puisqu’en face d’elles, de grands blocs se tiennent debout et lorgnent non seulement sur chaque parcelle dans le monde, mais aussi sur l’Europe, comme nous l’avons vu avec les immixtions de Trump dans la question du Brexit et son soutien à Boris Johnson.

Comment décortiquer ces « Berlinades » et les mettre à plat pour donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales ? Pour ce faire, il lui est apparu nécessaire de ne pas s’arrêter au seuil des éléments de politique et d’économie qui, quoique essentiels, ne sont pas moins insuffisants : en effet, il faut également prendre en compte, de manière englobante, les blocages culturels entre la France catholique et l’Allemagne luthérienne. Pour illustrer l’importance que revêtent en général les divergences d’ordre culturel, Santoni a fait un choix littéraire original : plutôt que de s’en tenir à un format académique traditionnel, il a préféré réinvestir ses réflexions théoriques dans une intrigue hautement symbolique. Tout découle d’un événement-nucléus : le Brexit, qui réveille le Chancelier Helmut Kohl, et le Président de la République François Mitterrand. 

Inquiet, le couple formule dès le début un ultimatum concernant le message que le Brexit renvoie à l’Europe : « Si nous arrivons à identifier les contours de ce message, le Brexit sera une réussite intellectuelle pour l’Europe. Si nous n’y arrivons pas, ce sera l’arrêt de mort de cette union. La nôtre et donc celle de l’Europe. »

Ils vont alors faire appel au diagnostic de A., Antoine Santoni, qui doit trouver le moyen de réorienter les relations franco-allemandes afin de ne pas entériner leur Brexit : bien au contraire, le Brexit doit être l’occasion d’un véritable réveil européen, un réveil qui doit sonner la mobilisation de l’Europe. Où trouver le nouveau fondement des relations franco-allemandes ? Nous en venons au point essentiel de cet ouvrage qui traverse de part en part les analyses de A… C’est le thème de la confiance : condition sine qua non d’une alliance politique digne de ce nom, cette confiance est vitale et sa rupture catastrophique. 

Pourtant, la crise de confiance est déjà là ; le véritable Brexit a déjà eu lieu. Aujourd’hui le choix est simple : ou redressement de l’Europe, ou affaissement et in fine effondrement de l’Europe. Le Brexit que nous prenons encore pour un cygne blanc, une anomalie, une aberration, risque d’être le nouveau cygne noir des prochaines années si rien n’est fait. Aux gouvernements d’en prendre acte…         

 

Rodolphe Oppenheimer

Président du prix Edgar Faure

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